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Nihon, go ! Épisode 1 : Dix conseils indispensables pour un premier voyage au Japon

culture geek

Par Benjamin Benoit le

Écrire sur le Japon, consommer Japon, consommer pop-culture Japon, aller à Japan Expo, c’est une chose. Avoir la chance d’y aller, c’en est une autre. Otaku convaincu, j’ai pu faire le premier voyage en mai 2018. Pour ceux qui voudraient la version longue et des informations complémentaires, tout le récit est dans ce podcast. Mais cet été, je vous raconte en cinq étapes (cet article est la première) ce que vous pourrez en tirer à votre tour et, peut-être, vous donner envie de vous lancer dans le grand bain. Si votre serviteur s’y est débrouillé, tout le monde peut le faire ! Votre billet d’avion est réservé, votre itinéraire est déterminé ? Très bien, mais on va juste revenir sur dix points qui devraient vous aider.

Crédit : Benjamin Benoit

1) Attention avec AirBNB

Votre premier réflexe est de trouver des spots où dormir. Ryokans, auberges de jeunesse, capsule hôtel « pour ne pas mourir bête » ou nuit au karaoké/manga café en point de chute de secours, vous aurez le choix selon votre budget et votre capacité à limiter la casse. Le meilleur plan reste AirBNB, qui peut s’avérer une bonne carte avec un peu d’avance, de bon sens et de curation. Seulement voilà, durant la première semaine de juin, le nombre de logements disponibles est passé de 62 000 propriétés à 13 800. Une dégringolade causée par la loi « minpaku », qui entrave une énorme zone grise juridique sur la sous-location. Finis, les propriétaires véreux qui louent tout un immeuble ou un étage à des étrangers de passage. L’éxécutif nippon force maintenant les « bailleurs » à rentrer dans les clous. Licence obligatoire, pas plus de 180 nuitées par an, et quelques règles impossibles : les copropriétaires doivent obtenir l’accord de leur syndic.

Gardez le minpaku en tête. Les conséquences d’une baisse drastique des locations sont évidentes, et les extrêmes vont s’amplifier. Les mauvais plans peuvent proliférer (imaginez devoir faire zéro bruit et passer par une porte dérobée en permanence) et le bon marché va se raréfier. Prudence !

Crédit : Benjamin Benoit

2) Évitez les regrets

Vous le verrez : aller et revenir du Japon semblera quelque chose d’assez simple, comme prendre un train particulièrement long – parce que vous arrivez au coeur des choses. Passé un vol interminable, vous allez marcher comme jamais. Et voir des choses. Plein de choses nouvelles. Et vous rentrerez, et comme tout le monde, vous aurez le post-partum du Japon. Vous aurez le pays chevillé au corps et serez obsédés par le deuxième voyage, qui devrait procurer une plus grande sérénité d’esprit. (Et le deuxième voyage est celui où on commence à voir les failles, paraît-il).

Mais ne soyez pas dans l’expectative du voyage deux.

Si, devant 20 000 photos à prendre, portes à franchir, endroits à visiter, restaurants à tenter, vous avez la moindre envie noyée par la fatigue et un besoin pressant de se poser ; posez-vous la question. « Suis-je physiquement capable de la faire ? N’est-ce pas trop demander à mon état physique ? » Si la réponse est « oui » puis « non »…

FAITES-LE.

Vous êtes au bout du monde. Vous ne savez peut-être pas quand vous aurez votre vengeance. Faites le petit effort supplémentaire, en avant et carpe diem.

Crédit : Benjamin Benoit

3) Restez connectés

Se passer d’Internet au Japon sera problématique. Sauf contre-indication ou détox digitale absolue, il vous faudra une connexion en permanence pour vous repérer. Trois solutions s’offrent à vous. La voix du très débrouillard : squatter en permanence les réseaux wifi gratuits des konbinis. Ils sont partout, certes, mais pas terrible en cas d’urgence. La deuxième se trouve sur place ou en amont : une carte SIM prépayée peut faire le taf si vous saurez évaluer et doser vos usages sur place. Voici un exemple parmi d’autres. Mais le plus pratique sera la commande, au préalable, d’un Pocket Wifi à retirer à l’aéroport ou à acheter sur Amazon (celui-ci fait parfaitement l’affaire). Il se déchargera vite, et ça nous mène à la nécessité d’emporter un adaptateur, et de pouvoir y brancher plusieurs appareils (comme, au hasard, un portable et un Pocket Wifi).

Un Pocket Wifi, qui va convertir le signal 4G d’une carte SIM en Wifi.

4) Commandez votre JR Pass (si c’est nécessaire)

Les transports en commun au Japon, c’est un sacré bazar, paraît-il. Oui et non. Oui car quelques compagnies privées partagent un réseau très dense, et non car cela fait plus d’une décennie qu’elles se sont mises de concert pour mutualiser offres et titres de transport. Dans les métropoles et pour en rejoindre d’autres, vous verrez la dichotomie entre la compagnie JR – pour Japan Rail – et le reste. Les trains sont ponctuels à l’extrême et les tickets sont chers, c’est pourquoi il est possible d’acheter à l’avance un JR Pass. Une, deux, ou trois semaines d’aller- retours illimités (exceptés les Shinkansens de type Nozomi et Mizuho, les plus rapides) pour environ 240, 380 et 480 euros. Vous ne pourrez pas l’utiliser sur les autres compagnies, mais vous le verrez, tout ça est très intuitif. Et il vous est destiné : seuls les étrangers en vacances ont droit au Rail Pass. Disponible à l’achat là-bas depuis un an, il est conseillé de passer par un revendeur agréé.

Vous déciderez de vos dates de validités en le retirant là-bas. Au préalable, vous n’aurez qu’un bon qui atteste de votre achat et un coup sur l’application Hyperdia vous permettra de regarder ce que coute votre trajet sans, et de comprendre quand il faudra « activer » votre pass pour une utilisation optimale. Sachez qu’un pass d’une semaine est déjà amorti en un aller-retour Kyoto/ Tokyo… et qu’il existe des pass régionaux si vous vous concentrez sur un coin précis.

5) Les applications indispensables

Dégainez votre smartphone, et téléchargez dès à présent…

  • Hyperdia (Android, iOS): Le « Vianavigo » local, mais lui vous dira toujours ce qu’il en est avec grande précision. Hyperdia est votre Bible pour les transports en commun : où aller, combien ça coûte, passer par la compagnie JR ou pas, quand, quel quai, etc. En anglais, avec un design moche et balourd (et encore, vous n’avez pas vu la tête des sites internet), mais super utile.
  • Google Trad (Android, iOS) : ne sert pas souvent, mais il peut aider. Téléchargez la langue japonaise au préalable, prenez en photo les kanjis qui vous troublent, l’application devrait pouvoir fournir une traduction pas trop fantaisiste. Attention à ne pas trop s’y fier pour des menus, par exemple… et de bien spécifier à l’application que, par exemple, vous ne voulez pas envoyer vos photos à Google.
  • Yurekuru Call (Android, iOS) : va vous prévenir de l’arrivée imminente d’un séisme, et vous donnera un coup d’avance pour vous protéger si ça arrive. L’application est accompagnée de quelques conseils de base à retenir.
  • Maps.Me (Android, iOSest un incontournable si vous avez une connexion limitée à Internet, voire rien du tout. L’application vous propose de télécharger des cartes au préalable, que vous pourrez utiliser sur place avec le GPS de votre smartphone.
  • Et enfin, une application comme Yelp (Android, iOSfait tout à fait le taf pour trouver un bon restau. Personne ne vous conseillera mieux qu’un local, mais vous saurez répondre à tel ou tel désir ardent. Envie de manger un okonomiyaki ? Yelp vous dira où et quand, avec plus de précision que Google et consorts.

6) Achetez quelques guides, renseignez-vous

Vous pouvez lire des tartines disponibles partout. Galoper de vidéos YouTube en vidéos YouTube, et lire plein d’articles érudits sur Internet. Comme pour tout, Reddit a une bonne page dédiée, avec une impressionnante Foire Aux Questions. Sorti d’Internet, deux livres ont attiré mon attention.

  • Kotchi Kotchi ! le Guide du Voyageur au Japon (Éditions Issekinicho, 21 euros) Idéal pour un premier voyage. Très illustré, didactique, « simple » sans jamais vous prendre pour une andouille, ce livre disert est concentré sur les petits détails pratiques qui réjouiront les grands anxieux, comme votre serviteur. Comment payer dans le métro ? Dans un bus ? Aller dans un onsen ? Si vous êtes du genre à regarder les pages « sécurité » d’un guide traditionnel, ou que vous adorez compulser les pages Wikitravel des pays à risques (faites-le, c’est une expérience), Kochi- Kochi est parfait. Vous y trouverez des conseils basiques et utiles pour le quotidien, quelques suggestions d’itinéraires et des recommandations. Un excellent complément à…

  • La toute nouvelle édition du Lonely Planet Japon (édition du 8 janvier 2018, autour de 32 euros) est d’enfer. Très détaillé, ce guide est un compagnon idéal pour des voyages touristiques, mais qui explore bien plus que les « spots » habituels. Prenez-le une fois, il vous resservira le plus vite possible, je l’espère pour vous.

7) N’oubliez pas votre SUICA

Si les tentatives de porte-monnaie électroniques ont connu un échec retentissant en France, ce dispositif fait partie intégrant du quotidien nippon. Suica, Pasmo et moult noms selon la région dans laquelle elle est émise, marcheront presque partout, en tout cas dans tous les réseaux ferrés. Tous les distributeurs proposent une version anglaise très intuitive – 500 yens de caution à récupérer n’importe quand, et vous avez votre carte que vous pourrez recharger partout. Prendre le métro, mais aussi le monorail, payer des victuailles au konbini, s’offrir une boisson dans l’un des 53 milliards de distributeurs du pays – la famille des cartes SUICA peut tout faire. Bénies soit-elles. (Attention, notez bien que rentrer dans un métro avec une telle carte demande de sortir d’une autre gare, sinon les portiques resteront fermés et il faudra expliquer la situation. Un peu lourd en cas de fausse manoeuvre).

8) Apprenez quelques mots

Soyons clairs : sans parler anglais, vous êtes kaputt. Parler eigo sera le minimum pour vous débrouiller dans vos déplacements – il est omniprésent dans les grandes villes et les transports (un peu partout, donc). Mais il faudra éviter les lost in translation et converser un minimum avec une nation coincée dans un cercle vicieux en ce qui concerne l’apprentissage des langues étrangères. Tout effort sera apprécié, et vous ferez peut-être lever quelques sourcils, mais au moins vous serez fixés au quotidien. Toujours dans ce podcast, j’énumère le vocabulaire basique pour se déplacer et se nourrir. Pour le reste, un guide de conversation comme JAPAN, de Kiriko Kubo et illustré par Nachié Enomoto – à commander en librairie – fait très bien l’affaire. Apprenez les rudiments des chiffres, claquez des « sumimasen », des « oneigai shimasu » et des « daijobu » à tout bout de champ. Et bientôt, vous vous retrouverez dans ce genre de situation où une phrase apprise par coeur et bien sortie mènera à une réplique de votre interlocuteur, puis à votre défaite. Sumimasen. Mais vous avez montré que vous essayez.

Crédit : Benjamin Benoit

9) Corollaire : Ne soyez pas un baka gaijin, ne soyez pas Logan Paul

« L’étranger crétin » est un véritable phénomène. Du genre à faire n’importe quoi pour sa chaîne YouTube, quitte à briser des tabous sociétaux et moraux. Vous, en personne de bon aloi, avez lu moult articles sur les bases d’une société où tout est codifié. Ne jamais frauder ou briser les règles, faire la queue, comprendre comment marche une maison japonaise et sa manière de hiérarchiser les choses (attention aux chaussures et à la manière de prendre un bain, par exemple) et moult petits détails que vous comprendrez vite. Personne ne traversera au rouge, même sans voiture à l’horizon. Sortir du rang rime avec « mis au ban ». On ne fait pas n’importe quoi dans les temples (littéralement la maison des Dieux) – on signale ses tatouages si on va dans un bain public (réservés aux Yakuzas, ça effraie les petits vieux) et on les masque s’ils sont acceptés.

Tout ça relève du bon sens.

Crédit : Benjamin Benoit

10) L’ultime conseil : Miyajima by night

Notez bien, et c’est l’ultime conseil d’un otaku ayant une connaissance extrêmement superficielle d’un pays après un premier voyage. Si je ne devais retenir qu’une seule chose à faire, c’est sans conteste l’île de Miyajima (le quartier de Yanaka, à Tokyo, serait un bon numéro deux). Parfaite étape ou géniale conclusion d’un voyage introductif, à quelques encablures d’Hiroshima. Un coup de ferry (de la compagnie JR, qu’on peut donc emprunter avec le pass idoine) et vous voici sur une île sacrée. Vous y trouverez le fameux torii, un géant qui fait la joie des touristes, des photographes et de vos followers sur Instagram. Les pieds dans l’eau quand la marée monte, ce torii est la porte de l’Itsukushima-Jinja, un temple sur pilotis. Montez un peu dans l’île, et vous voilà aux portes du Daisho-in, le plus bouddhiste des complexes bouddhistes. Des centaines et des centaines de statues vous entourent. Si la motivation est là, l’ascension du Mont Misen est à portée. Mais l’indispensable moment à capturer se fait quand la nuit tombe. Il faut dormir sur place, et donc y mettre les moyens. Mais si vous restez sur l’île quand la nuit tombe, il n’y aura presque plus de touristes. À vous le torii géant avec une lumière changeante, et à vous tout seul. Vous voici seuls au bout du monde, à contempler un site rentré au patrimoine mondial de l’UNESCO. Introspectif ou à partager, c’est inoubliable.

Vous avez bien tout ? Vous avez changé vos Yens ? Passeport à jour ? Pensez à acheter un portemonnaie sur place dès qu’un vous plaît, vous arrivez dans un pays qui préfère les espèces aux cartes bancaires. Et kiffez bien, surtout.