Dossier

PS Classic : Pourquoi la nostalgie en 32bits a fait un flop

Jeux Vidéo

Par Henri le

Sortie en décembre dernier, la Playstation Classic a vu son prix chuter très rapidement. Une bonne partie des gamers a boudé la proposition nostalgique de Sony. Tentative d’explication.

Le gamer est nostalgique et les principaux acteurs de l’industrie du jeu vidéo en sont parfaitement conscients. Non content de nous abreuver de reboots et de remakes HD, une partie d’entre eux a décidé de commercialiser les anciennes consoles de leurs répertoires en versions miniaturisées. C’est bien sur le cas de Nintendo, expert dans le domaine, et de sa NES Mini commercialisée en novembre 2016. Une fois n’est pas coutume, le japonais a touché les joueurs en plein cœur et a réussi à écouler 2,3 millions de machines en deux ans. En 2017, rebelote avec la Super Nes Mini. La légendaire machine, qui a accompagné tant de joueurs durant les années 90, a refait mouche : 5,28 millions d’unités vendues.

Un succès qui n’est pas passé inaperçu chez les concurrents. Alors que Sega a décidé de prendre son temps pour nous sortir sa Mega Drive Mini, Sony a rapidement concocté une Playstation Classic, sortie juste avant les dernières fêtes de Noël. 45% moins volumineuse que son illustre aînée, la petite machine dispose de 20 titres préinstallés, mais également d’un prix plus élevé que ses consœurs : 99 euros. Il n’a pourtant pas fallu attendre longtemps pour voir ce dernier chuter drastiquement, face à une clientèle timorée. La firme a même dû recalibrer en vitesse son prix officiel à une cinquantaine d’euros, Walmart la bradant même à 40 dollars… Les raisons de cet échec sont multiples.

La première est technique. Sony a beau avoir soigné la forme, le fond déçoit. Sous le célèbre capot (qui ne s’ouvre plus, évidemment), on retrouve un SoC ARM Cortex A35 cadencé à 1,5 GHz, un GPU PowerVR GE8300, 1 Go de mémoire vive et 16 Go de stockage au format eMMC. Rien d’impressionnant, mais ce qu’il faut pour émuler les titres. Mais l’empressement de la firme à sortir sa console se ressent dès qu’on l’allume. En plus d’être laide, l’interface ne fait pas hommage au glorieux passé de la machine. Alors qu’on s’attendait à un festival de clin d’œil, on se retrouve avec un menu déroulant des plus basiques.

Un aspect bâclé qui se retrouve également dans le traitement de l’image. Les jeux respectent certes leur ratio d’origine (le 4:3), mais aucune amélioration visuelle n’est proposée. Un lissage de l’image aurait pu permettre de finalement mieux rendre hommage aux titres, d’autant qu’ils sont désormais pratiqués sur des écrans nettement plus imposants. Pour ne rien arranger, la moitié du catalogue tourne en 50 Hz et le système de sauvegarde est mal pensé. Des défauts qui ne sont pas rédhibitoires pour le grand public, mais qui trahissent un empressement vénal plutôt que la volonté de régaler les fans de la PlayStation et les vrais amateurs de retro-gaming.

La sélection des titres confirme ce mauvais présage. Non contente de nous faire rentrer dans le monde de la 3D, la PlayStation a permis à Sony d’imprégner des licences phares dans l’imaginaire de nombreux joueurs. Moins puissante (sur le papier) que sa concurrente de l’époque, elle a su se démarquer grâce à la fraîcheur de son catalogue. Une technique qui permettra d’ailleurs à sa grande sœur de s’imposer massivement. Cette PS Classic n’arrive pas à saisir complètement cet aspect. Les (seulement) vingt titres sélectionnés sont certes bons, parfois mythiques, mais certains brillent par leur absence. Comment ne pas faire une place à Gran Turismo, Tomb Raider, Wipeout… Et Crash Bandicoot ? Des solutions existent déjà, mais il s’agit là d’un manquement évident. Ou comment la force de la vraie PlayStation est devenue la principale faiblesse de sa petite descendante.

Le troisième point est plus ouvert à la discussion, mais exige réflexion : Où commence vraiment le rétrogaming dans la tête du grand public ? Une question qui peut paraître stupide pour les amateurs de jeux anciens, mais qui prend tout de même son sens ici. Les premiers titres de l’ère 3D vieillissent mal contrairement à ceux des années 80-90. Les joueurs plus jeunes ou occasionnels ont donc plus de mal à se lancer dans un univers qu’ils trouvent visuellement daté. Si les mécaniques de jeu d’un Spyro ou d’un Twisted Metal pouvaient paraître révolutionnaires il y a 20 ans, elles n’ont fait qu’évoluer depuis. Peut-on en dire autant d’un Contra III, d’un Metal Slug ou d’un Street Fighter II, dont les sprites fascinent encore aujourd’hui ?

Tout comme d’autre forme d’art, certaines générations de jeu semblent mieux résister au passage du temps. Bien sûr, les gamers assidus seront tentés de proposer de nombreux contre-exemples, mais Sony ne les ciblait pas avec cette réédition. Ils ont pour la plupart un émulateur tout aussi fonctionnel, et le catalogue entier de la console s’ils le désirent.

Le marketing a beau faire passer ce type d’achat comme un moyen de transmission aux plus jeunes, il s’adresse avant tout… À l’acheteur. Certains joueurs s’y adonneront probablement de longues heures. Beaucoup d’autres, comme ce fut le cas pour les Amiibo, ont dû accepter d’avoir dépensé un peu trop d’argent pour une figurine.