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Sélection : Les 12 bandes dessinées qui ensoleilleront votre automne

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Par Jules le

Au mois d’août, alors que profitant d’un repos bien mérité sous le soleil montpelliérain, je découvrais avec horreur que l’on pouvait vendre un verre d’eau 2 euros en terrasse, une dure réalité me rattrapa. En passant devant une librairie spécialisée en BD et autres romans graphiques en tout genre (la librairie Azimuts, rue St-Guilhem, si vous êtes de passage à Montpellier), je me suis souvenu que le mois de septembre approchait, et avec lui une nouvelle sélection de comics et BD.

De retour à Paris, il était donc impératif de combler le retard accumulé sur les trois derniers mois. Et après une vingtaine de jours de lecture intensive, on vous a fabricoté avec amour une liste de lecture automnale… certes bourrée de one shot, mais que voulez-vous, cette rentrée littéraire est particulièrement riche en œuvres originales. Ah et on vous a dit que cette sélection est une fois de plus complètement subjective ?

Mapple Squares (One Shot)

Mapple est une petite ville de Nebraska qui ressemble aux milliers d’autres qu’a su produire l’Amérique rurale tout au long du XXe siècle. Population locale ? Pas des masses. Activités ? Que d’chie. La confiserie qui faisait tourner la ville, à l’origine des sucreries Mapple Squares, a depuis longtemps fermé ses portes pour laisser sa place à un “institut médicalisé pour la détention d’aliénés mentaux mentaux à tendances criminelles.” Autant vous dire que l’heure n’est pas à la fête pour les deux agents du FBI dépêché sur place pour enquêter sur plusieurs disparitions. Ne vous méprenez pas, malgré son décor, Mapple Squares ne cherche pas à dresser un portrait de l’Amérique profonde, blindée de Rednecks amoureux du bacon et du Second Amendement. Non, pour son deuxième One Shot de la saga DoggyBags, le label 619 nous livre, à travers la plume de David Hasteda et le dessin de Ludovic Chesnot, un thriller sale, poisseux, violent et aux forts relents de pulp qui sait choper le lecteur aux tripes et ne plus le lâcher jusqu’à la fin. Et parce que rien n’empêche d’apprendre en s’amusant, Mapple Squares dispense aux lecteurs une petite leçon d’histoire sur les sectes les plus violentes qui ont sévi aux États-Unis.

Mapple Squares, par David Hasteda (scénario) et Ludovic Chesnot (dessin), chez Ankama sous le Label 619. Sorti le 31 août, 14,90 euros.

Shirtless Bear Fighter ( One Shot)

Original ? Indéniablement. Épique ? Cela va de soi. Rafraîchissant ? À n’en point douter. Drôle ? … Complètement barré.” Autant de qualités que l’on peut trouver à la lecture de Shirtless Bear Fighter. Fils illégitime couché sur papier glacé des films d’action des années 80 et d’une palanquée de nanars, Shirtless Bear Fighter met en scène un homme. Nu comme un ver. Qui vit dans la forêt après avoir été élevé par des ours depuis sa plus tendre enfance. Qui après une trahison des ursidés a décidé de tous les exterminer jusqu’au dernier. Et autant vous dire qu’il est sacrément doué pour ça. Alors quand des ours se mettent à attaquer les grandes villes américaines, il lui faut peu de temps – et beaucoup de pancakes et de sirop d’érable – pour accepter de filer un coup de main au gouvernement. Mais qui a bien pu envoyer ces ours terroriser la population ? Un pulp aussi drôle que génial, imaginé par le duo Jody Leheup et Sebastian Girner, illustré et mis en scène par le coup de crayon dynamique de Nil Vendrell.

Shirtless Bear Fighter, par Jody Leheup, Sebastian Girner (scénario) et Nil Vendrell (dessin), chez Hi Comics. Sorti le 19 septembre, 17,90 euros.

The Wolf Among Us (Tome 1)

On vous a déjà parlé de Fables dans notre sélection du début de l’année, et de tout le bien que l’on en pense. L’arrivée du premier tome de The Wolf Among Us est donc la parfaite excuse pour se rouler à nouveau comme un sagouin dans l’univers de Bill Willingham. À la petite différence que ce nouveau spin-off s’inspire directement du jeu éponyme développé et publié par Telltale Games en 2013. Pour tous ceux qui n’auraient pas mis la main sur ce (très bon) point & click épisodique, The Wolf Among Us se place en préquelle de l’oeuvre de Bill Willigham, à une époque où Blanche-Neige n’est pas encore adjointe au maire. On y suit Bigby Wolf (le grand méchant loup devenu shérif de Fableville) dans son enquête après le meurtre odieux d’une Fable. Si l’intrigue se déroule comme une histoire policière somme toute classique, et ne dévie jamais vraiment du scénario du jeu, elle comporte suffisamment de rebondissements pour tenir le lecteur du début à la fin. “J’ai déjà fini The Wolf Among Us, ça va m’apporter quoi de lire le comics ?” entends-je certains s’exclamer au fond. Eh bien déjà la possibilité de découvrir le coup de crayon de 6 (!) dessinateurs pour presque autant de styles graphiques différents. Mais surtout de voir les scénaristes Matthew Sturges et Dave Justus approfondir le background des personnages, et de lever légèrement le voile sur l’arrivée des Fables dans le monde réel à l’époque coloniale américaine.

The Wolf Among Us, tome 1, par Matthew Sturges, Dave Justus (scénario), Steve Sadowski, Eric Nguyen, Shawn McManus, Andrew Pepoy, Travis Moore et Christopher Mitten (dessin), chez Urban Comics. Sorti le 6 juillet, 19 euros.

Negalyod (One Shot)

Confidence pour confidence, ce n’est pas le scénario de Negalyod qui a retenu notre attention. Récit d’anticipation assez classique, ce dernier conte les péripéties de Jarri, un berger devenu révolutionnaire par la force des choses qui va participer au renversement du régime autoritaire qui domine un monde futuriste. L’attrape-rétine de Negalyod est incontestablement le dessin de Vincent Perriot (qui officie aussi comme scénariste). Sa patte n’est pas sans rappeler celle de Moebius, avec des vastes paysages qui invitent au dépaysement, ou des villes à l’architecture complexe qui cherchent à perdre le lecteur. Un “hommage” sublimé par le travail de la coloriste Florence Breton, qui maîtrise à la perfection le nuancier de chaque couleur. On se surprend donc à se laisser guider par ces cases superbement travaillées et mises en scène le long des 200 pages qui composent Negalyod, sans réellement faire attention à la trame principale. Les enjeux de Jarri sont bien mignons, mais nous, on préfère clairement profiter du panorama.

Negalyod, par Vincent Perriot (scénario et dessin) et Florence Breton (couleur), chez Casterman. Sorti le 5 septembre, 25 euros.

Apocalyptigirl (One Shot)

Lancé au début de l’année, Paperback continue d’étoffer son catalogue. Après Mech Academy et Magnus, le label dédié aux comics de Casterman mise une nouvelle fois sur une oeuvre de science-fiction. Mais ici, pas question de combat de robots géants avec des kaijus, ou d’androïdes dépressifs devenus incontrôlables. Non au risque de vous choquer, Apocalyptigirl prend place sur une Terre post-apocalyptique. Le comics met en scène Aria, une jeune femme qui tente de survivre tant bien que mal au milieu des ruines et des bandes de mutants vindicatifs. Accompagnée de son chat Réglisse, elle essaye de remettre à neuf un vieux mecha de combat. Il lui arrive parfois de penser aux raisons qui ont poussé l’humanité à s’autodétruire. Il est surtout question d’une mystérieuse et incroyable énergie, le Photon Magistral, qui a permis aux hommes d’acquérir un niveau technologique et une puissance inimaginable, et bien entendu toutes les dérives qui vont avec. Comme pour Negalyod, ce n’est pas l’intrigue imaginée par Andrew MacLean qui fait la force de Apocalyptigirl (même si elle connaît un rebondissement bienvenu dans les dernières pages), mais la direction artistique choisie par l’auteur américain biclassé dessinateur. Les aplats de couleurs mêlés à un coup de crayon semi-réaliste, et à l’originalité de la mise en scène, donnent un résultat graphique somme toute intéressant et appréciable.

Apocalyptigirl, par Andrew  MacLean, chez Paperback. Sorti le 29 août, 14 euros.

Motor Girl (One Shot)

Après nous avoir régalés avec Stranger in Paradise ou Echo, Terry Moore revient, et se surpasse, avec Motor Girl. Dans ce one shot, l’auteur américain s’amuse de la fine frontière qui sépare la réalité de l’imaginaire tout en livrant un récit poignant, et profondément humain. Malgré sa petite vie tranquille dans une casse automobile perdue au fin fond du désert américain, Samantha est loin d’avoir eu une existence de tout repos. Triple vétéran de la guerre en Irak, elle a été tour à tour blessée, capturée et torturée lors de son dernier séjour sur place. Pour tenir, elle s’est inventé Mike, un ami imaginaire personnifié par un gorille de 2m de haut. Ami qu’elle a ramené avec elle sur le territoire de l’Oncle Sam, et avec qui elle converse régulièrement. Sauf que tout change lorsque la nation du feu attaque une poignée d’extraterrestres font leur apparition dans les environs. Samantha et Mike se demandent alors s’ils sont rentrés en contact avec une autre forme de vie, ou si ces petits hommes verts ne sont que le fruit de l’imagination de la jeune femme. D’autant que des agents du gouvernement commencent à rôder en ville. Sous couvert d’une histoire mâtinée de SF, Terry Moore montre surtout la longue et difficile reconstruction d’une femme touchée par de profonds traumatismes. Poignant, qu’on vous disait.

Motor Girl, par Terry Moore, chez Delcourt. Sorti le 22 août, 19,99 euros.