Test

[Test] Amnesia Rebirth : voyage au centre de l’horreur cosmique

Jeux Vidéo

Par Victor le

Dix ans après Amnesia : The Dark Descent, Frictional Games est de retour sur le marché très concurrentiel des survival-horror en vue subjective. Le premier Amnesia avait fait le bonheur (ou plutôt la terreur) de beaucoup de fans du genre ainsi que d’un certain nombre de youtubeurs. Rebirth assure-t-il la relève d’un des jeux les plus effrayants de l’histoire ? Réponse dans ce test (réalisé sur PS4).

Studio indépendant suédois, Frictional Games s’est taillé une réputation dans le monde du jeu vidéo en proposant des titres repoussant toujours plus loin les limites de l’horreur. Alors oui, le survival-horror n’est pas vraiment un genre marginal dans l’univers vidéo-ludique (Resident Evil, Silent Hill, Dead Space… les franchises spécialistes du genre sont pléthoriques) mais les créations de Frictional Games ont toujours su tirer leur épingle du jeu. D’abord avec la série Penumbra (Penumbra: Overture, Penumbra: Black Plague & Penumbra: Requiem, parus en 2007 et 2008), qui est malheureusement passée presque inaperçue. Ensuite, la consécration, avec Amnesia : The Dark Descent, toujours considéré aujourd’hui comme une référence dans le domaine du survival-horror. Sorti en 2010, le jeu a rapporté au studio dix fois plus que son coût de développement, le tout sans presque aucune publicité (sans compter toutefois celle du youtubeur désormais célèbre PewDiePie, qui peut d’ailleurs remercier le jeu qui a grandement contribué à sa popularité). Les années qui suivent, Frictional Games se concentre sur un autre projet et confie au studio « The Chinese Room » le développement d’une suite pour Amnesia, A Machine for Pigs, sortie en 2013. En 2015, c’est le périple abyssal SOMA qui met de nouveau en avant le talent du studio suédois, qui démontre définitivement sa capacité à angoisser le gamer. Cinq ans de développement plus tard, c’est au tour d’Amnesia : Rebirth de faire revivre la licence horrifique. Dix ans après The Dark Descent, Rebirth parvient-il à sublimer la franchise ? Réponse ci-dessous.

Une narration complexe mais captivante

Pour un jeu comme Amnesia, dont le gameplay est limité à quelques interactions avec l’environnement (on va y revenir), l’histoire a évidemment une importance cruciale. Rappel des faits dans un premier temps : dans Amnesia : Rebirth, vous incarnez Anastasie « Tasi » Trianon qui, après un crash d’avion en plein désert algérien, se réveille sans presque aucun souvenir des événements récents. Très vite, ses péripéties vont l’amener très (très) loin des contrées désertiques et, peu à peu, elle va reconstituer sa mémoire. Comme le personnage que vous incarnez, vous commencez le jeu en étant relativement confus. Vous ne savez pas ce que vous faites là, pourquoi des événements étranges se produisent autour de vous, ni où sont passés les autres passagers de l’avion.

Vous l’aurez compris, Amnesia porte très bien son nom. Le jeu prend alors la forme d’un puzzle qui se reconstitue peu à peu, mais pas tout seul : pour comprendre tous les tenants et les aboutissants de l’histoire, vous devez vous impliquer. Autrement dit, il faut lire un maximum de documents que vous trouverez ici et là et bien regarder autour de vous pour enclencher les différents flash-back qui mettront en lumière votre passé.

À chaque nouvelle découverte, votre journal s’enrichira (via des dessins et des dialogues que vous pourrez regarder à tout moment) et l’histoire prendra in fine tout son sens. En apparence compliquée, la narration est en réalité extrêmement claire si vous faites attention à votre environnement. Cerise sur le gâteau, les chargements -un peu longs, certes- sont mis à profit, tantôt en racontant le passé de Tasi à Paris, tantôt en proposant un résumé de l’aventure si vous reprenez le jeu après une longue pause. Par ailleurs, l’histoire vous proposera divers choix moraux et, à l’issue de 6 à 8 heures de jeu (selon votre rythme), plusieurs fins seront disponibles. Autre précision, il n’est pas nécessaire d’avoir joué aux deux premiers Amnesia pour suivre les aventures de Tasi, mais c’est évidemment toujours mieux pour saisir les références et placer l’histoire du jeu dans l’univers de la licence.

Et l’horreur dans tout ça ?

L’histoire, c’est bien joli, mais on joue aussi à Amnesia parce qu’on a cette tendance étrange et sadomasochiste à se faire peur. D’abord, vous en vous en doutez, une grande partie de votre progression se fera dans la pénombre. C’est tout simplement votre pire ennemi (même si les monstres remplissent aussi en partie ce rôle), et vos seules armes sont des allumettes (limitées à 10 dans votre inventaire, vous obligeant à les utiliser pour allumer des torches par exemple) et une lanterne à huile qui s’épuise (très) vite. Bien sûr, le jeu vous laisse voir dans le noir mais c’est fortement déconseillé. Sans source lumineuse, la santé mentale de Tasi décline à une vitesse folle : en premier, des bruits (insupportables) d’insectes qui fourmillent autour de vous, puis des chuchotements incessants qui vous donnent l’impression d’être constamment observé, et enfin, les hallucinations visuelles (on a précisé que le jeu est déconseillé aux cardiaques ?).

Tous ces éléments ajoutés aux bords de l’écrans qui se noircissent vous permettent par ailleurs d’évaluer la santé mentale de Tasi sans ATH et sans nécessité d’aller dans le menu, un très bon point pour l’immersion.

L’autre élément horrifique central, ce sont bien évidemment les monstres. Ces derniers ne vous lâchent pas et le simple fait de les entendre suscite l’effroi. Car oui, comme dans Amnesia TDD et SOMA, Frictional Games prouve avec ce jeu qu’il reste un virtuose de l’ambiance sonore. Du bruit de mobilier anormal au râle immonde des créatures dans votre dos, tout est fait pour vous mettre extrêmement mal à l’aise. Pour contrebalancer ce tableau pour le moins angoissant, notons tout de même qu’Amnesia Rebirth propose un dépaysement total, puisque votre aventure vous amènera à explorer les vestiges de différentes civilisations déchues. Certaines phases du jeu sont vraiment grandioses, malgré le retard technique évident du jeu.

Un gameplay daté et qui peine à innover ?

On le rappelle, Frictional Games est un studio indépendant qui n’a absolument pas les moyens de développer un triple A. Fort de ce constat, on peut pardonner à Amnesia : Rebirth son retard technique (graphismes en-deçà des standards actuels, temps de chargements fréquents et un peu longs…). En revanche, il est dommage que Rebirth n’innove que très peu par rapport à The Dark Descent, et qu’il conserve même certains de ses défauts.

Par exemple, une des caractéristiques des jeux de Frictional est la possibilité, pour le joueur, de manipuler presque tous les objets de l’environnement (chaises, tables, objets en tous genres etc.). Le problème, c’est que la plupart du temps, ça ne sert strictement à rien à part si vous souhaitez faire le ménage dans certaines pièces un peu désordonnées. Le gameplay a quant à lui très peu évolué depuis le premier Amnesia il y a dix ans. Il se résume toujours à gérer vos « ressources lumineuses » (huiles et allumettes), à enchaîner les parties de cache-cache avec les monstres (flippant certes mais assez basique), ou encore à résoudre des énigmes plus ou moins compliquées. Bien sûr, on ne demande pas aux petits gars de Frictional de nous mettre un fusil d’assaut dans les mains (ce serait une hérésie), mais ils pourraient tout de même proposer une autre manière d’échapper aux créatures infâmes qui veulent notre peau.

Quelques mentions honorables cependant : la possibilité de se coucher pour se cacher, un nouveau moyen assez ingénieux pour « rassurer » son personnage, le niveau d’huile de la lanterne indiqué directement sur cette dernière (plus besoin d’aller dans le menu) ou encore les courses-poursuites avec les monstres qui vous plongent dans un état de stress phénoménal. Ne vous inquiétez pas (ou inquiétez-vous plutôt), les quelques défauts cités ci-avant ne nuisent absolument pas aux qualités évidentes du titre qui remplit parfaitement son dessein, c’est-à-dire vous flanquer la trouille de votre vie.

Notre avis

Vingt-cinq personnes et quelques stagiaires. C'est l'effectif complet de Frictional Games, qui continue de tutoyer les sommets du jeu vidéo horrifique. L'art de l'épouvante a été manié avec virtuosité par des romanciers comme H.P. Lovecraft. Il trouve ici une forme d'aboutissement à travers cette expérience vidéo ludique unique qu'est Amnesia : Rebirth. Laissez donc tomber YouTube et Twitch et prenez vous-même votre souris ou votre manette pour profiter au mieux de l'expérience. Privilégiez un bon vieux casque, une luminosité minimale, et plongez au cœur de l'horreur cosmique.

8 / 10
Les plus
Les moins
  • Promesse tenue, Amnesia Rebirth est magnifiquement effroyable
  • Le jeu est un véritable dépaysement, on navigue d'un univers à un autre
  • Une ambiance sonore somptueusement angoissante
  • Une histoire qui vous prend aux tripes et offre une très bonne continuité à la licence Amnesia
  • Techniquement en retard
  • Gameplay qui a très peu évolué depuis le premier Amnesia, il y a dix ans
  • Temps de chargement un peu longs