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Marathon sur PS5 : pourquoi j’en ai eu rapidement ras les baskets !

C’était le nouveau poids lourd de Bungie (Destiny, Halo) et une entrée triple A pour le studio dans l’extraction shooter. Pourtant, après quelques heures, je me suis rendu à l’évidence… je ne relancerai pas Marathon. Petit bilan de la course.

Pour l’anecdote, il faut savoir qu’un membre de la rédaction propose souvent de se joindre à lui pour enfiler un jogging et aller courir un dossard sur le dos « pour le boulot » selon lui. Inlassablement, les réponses varient entre le « non » et le « absolument hors de question », mais le gars reste optimiste et continue de croire qu’un jour, quelqu’un abandonnera sa compétition d’aquaponey et lui dira oui. Finalement, il a épousé la nature de sa proposition, celle d’une course d’endurance et non de vitesse.

Une anecdote qui n’a, en apparence, strictement aucun lien avec le sujet du jour. Marathon n’est pas tant un jeu vidéo sur cette « fabuleuse » activité sportive qu’un quatrième opus ressuscitant un univers lancé dans les années 90 par Bungie, prenant ici la forme d’un extraction shooter spatial. Sauf que le titre entend s’apprécier sur la longueur et que cette course a rapidement eu raison de mon endurance.

Marathon sur PS5 : pourquoi j'en ai eu rapidement ras les baskets !
© Bungie

Il n’est donc pas question ici de vous faire un test d’un Marathon maîtrisé sur le bout des ongles, mais de revenir point par point sur toutes ces petites choses qui seront venues à bout de ma patience, mon seul plaisir ayant été provoqué par mon renoncement.

Un Marathon de longue date

Revenons d’abord ensemble sur la genèse du jeu. Il est développé par Bungie, le studio responsable d’Halo et de Destiny devenu depuis quelques années propriété de Sony et donc de PlayStation. Ce qui n’empêche pas Marathon de sortir également sur Xbox Séries et PC. Le titre a connu un développement particulièrement long pour un extraction shooter, sur plusieurs années avec des reports de date de sortie. L’alpha du jeu avait été particulièrement sévère avec nos espoirs et des réorganisations internes laissaient entendre que malgré la campagne promotionnelle, il ne restait plus grand monde de « Destiny et Halo » chez Bungie et encore moins sur Marathon.

Heureusement, l’équipe marketing a fait un gros travail depuis des mois pour faire remonter l’attente et on commençait à apercevoir une lumière au bout du tunnel, et ce, malgré la sortie encore récente d’un énorme concurrent direct, Arc Raiders. À quelques jours de la sortie, j’ai pu mettre la main sur la manette PS5 à l’occasion d’un Serveur Slam, sorte de version bêta quasi-finalisée gratuite avec des serveurs dédiés, pour tester le jeu sans temps mort et permettre à l’équipe de corriger encore quelques défauts.

Marathon sur PS5 : pourquoi j'en ai eu rapidement ras les baskets !
© Bungie

Concernant l’histoire, ce Marathon s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs. Nous sommes en l’an 2893 et l’humanité a reçu un message du vaisseau colonisateur perdu, le Marathon (ceux qui auront joué à la trilogie initiale comprendront). Alors que l’instance dirigeante UESC part enquêter sur ce mystère, les puissantes corporations engagent des Runners, des mercenaires synthétiques abritant des consciences humaines, pour piller les ressources de ces colonies lointaines au nez et à la barbe de l’UESC. Entre les Runners et les factions corporatistes, la compétition est lancée !

Un choix audacieux qui va diviser

Je ne vais pas faire semblant, je n’ai jamais joué aux jeux originaux, mais le titre se joue très bien sans connaître particulièrement le lore. Les principaux éléments du récit sont très bien décrits en préambule et le reste se découvre sur le terrain. Soit le principe du genre. L’extraction shooter étant un sous-genre du FPS invitant le joueur à explorer la carte pour accomplir des missions et accumuler du loot avant de s’échapper. Sur zone, on affronte aussi bien des ennemis IA que d’autres joueurs, alliant ainsi PVE et PVP. Un mécanisme récemment remis au goût du jour par la popularité d’Arc Raiders.

Marathon sur PS5 : pourquoi j'en ai eu rapidement ras les baskets !
© Bungie

Je vais commencer par parler de l’éléphant dans la pièce, celui au cœur de l’identité de Marathon : sa direction artistique. Bungie a fait un choix très tranché visuellement, porté sur un aspect cubique, sorte d’hommage aux premiers jeux, avec un environnement très coloré, très fluo. À une époque où les jeux triple A ont tendance à se ressembler graphiquement, éviter les prises de risque, on ne peut pas nier que Marathon se démarque ostensiblement de la masse. Il serait de mauvaise foi de ne pas saluer l’initiative et de ne pas la mettre au crédit du studio.

Une direction artistique si différente qu’elle a pour contrepartie de ne pas autoriser le juste-milieu. C’est-à-dire que soit on aime, soit on déteste. Je ne m’en cache pas, j’ai détesté. Je n’ai pas réussi à m’immerger dedans, au-delà des défauts de l’environnement sur lesquels je reviendrai. Le jeu m’a visuellement donné mal à la tête, trop saturé, y compris dans ses cinématiques ou temps de chargement très épileptiques. Je ne m’y suis jamais senti à mon aise et à partir de là, je savais déjà que l’expérience n’allait pas être agréable.

Marathon se tire plusieurs balles dans le pied

Toutefois, Marathon pouvait se rattraper ailleurs et rester un excellent jeu si je passais outre son envie de m’aveugler. Sauf que si vous avez déjà vu ou lu quelques retours, vous savez que la pièce pouvait accueillir un second éléphant : son interface. Avant d’aller sur le terrain, c’est la première connexion qu’on a avec le jeu et ce menu n’a littéralement rien d’intuitif.

Marathon sur PS5 : pourquoi j'en ai eu rapidement ras les baskets !
© Bungie

Il est confus, extrêmement surchargé, on ne comprend pas immédiatement où on est, l’utilité de tel ou tel objet, les polices d’écriture et les icônes n’ont pas de cohérence graphique et j’ai arrêté de compter les sous-menus inutiles ou trop ressemblant à un autre. On alterne entre le surplus d’information et une totale absence. La soie, par exemple, est une « monnaie » utilisable lors du futur passe de combat. Comment je le sais ? Je suis allé chercher sur internet puisque le jeu ne me l’expliquait pas et je ne comprenais pas pourquoi on me l’indiquait en rouge.

Aucune option de comparaison dans l’inventaire (ou je ne l’ai pas trouvée), un arbre de compétences caché, une armurerie (boutique de faction) où les objets de santé sont ridiculement hors de prix, des free box (un équipement basique gratuit) qu’il faut penser à déséquiper, des récompenses de mission qu’il faut manuellement et individuellement récupérer… La liste des « contraintes » continue de s’allonger et oblige le joueur à explorer à fond les recoins de ces menus, la nature de chaque objet, la différence subtile entre deux armes. Bref, la patience est une vertu, la persévérance aussi.

Marathon sur PS5 : pourquoi j'en ai eu rapidement ras les baskets !
© Bungie

Là encore, je touche un point qui peut faire débat. Depuis quand l’exigence est fondamentalement devenue un défaut ? Pour ma part, je n’ai rien contre un peu de défi, au contraire. Sauf que là, je n’ai même pas encore réellement commencé à jouer que Marathon fait surchauffer la casserole. Je sens moins une volonté consciente de m’obliger à une certaine discipline qu’à une sorte de gros foutoir qui ne se dit pas.

Une ligne d’arrivée trop floue

Et le jeu dans tout ça ? Là encore, j’ai eu l’impression d’un manque de cohérence globale, sur chaque aspect du gameplay. Et si certains détails peuvent encore être corrigés, ou le seront une fois le titre sorti, le chantier me semble trop majeur pour que plusieurs choix de Bungie demeurent.

Sur les deux cartes que j’ai pu tester, j’ai été frappé par la disparité des environnements. J’ai pu retrouver des intérieurs travaillés, notamment avec des codes couleurs spécifiques par moment, comme des extérieurs vides, sans âme, avec un manque de finition dans les textures. Les cartes ont beau ne pas être très grandes, il est difficile de s’y repérer, de savoir ce qu’il peut y avoir d’utile à faire ou à looter. Je me suis retrouvé plusieurs fois à errer sans but ou à suivre bêtement mes deux coéquipiers.

Marathon sur PS5 : pourquoi j'en ai eu rapidement ras les baskets !
© Bungie

Bien qu’il y ait différentes classes de personnages (assez classiques), leurs spécificités ne sont pas assez marquées pour peser en combat, y compris dans les compétences actives ou passives. Les mouvements sont rigides, avec une barre d’endurance ridiculement courte où notre personnage se retrouve épuisé après un double saut, devenant un poids mort pendant plusieurs secondes ensuite. Une capacité de mouvement qui ne colle pas au TTK (time to kill) incroyablement rapide. Il suffit de quelques balles pour mettre un vrai joueur au sol. Quand on en croise.

Difficile de dire si c’est parce qu’il s’agissait de Server Slam (bien que l’on semblait nombreux dessus), mais j’ai croisé très peu de joueurs ennemis sur mes phases de jeu. Et lorsque l’on en croise, il faut ensuite savoir faire la différence entre joueurs alliés et adversaires ou entre ennemis réels ou IA. Tout est facilement confus. Il y a néanmoins un détail majeur pour différencier ces deux derniers : l’IA est beaucoup moins facile à mettre au sol. Autrement dit, j’ai trouvé la dimension PVE et la dimension PVP extrêmement mal calibrées, rendant les deux tout aussi inintéressantes. Au passage, sur console, l’aide à la viser bien appuyée va pas mal relancer le débat console vs PC.

Marathon sur PS5 : pourquoi j'en ai eu rapidement ras les baskets !
© Bungie

Le son, lui aussi, n’a pas de cohérence puisque l’on peut entendre le bruit lourd de robots adverses d’assez loin, là où les tirs se font plutôt lointains et qu’il est délicat de différencier le nombre d’ennemis et leurs directions à leurs pas. On peut penser se retrouver face à un adversaire, alors qu’ils sont bien plus. Le son des armes est étrangement homogène et je n’ai que rarement eu l’occasion de comprendre ce que je me prenais dans la tête.

Un nouveau Concord ?

Je pense sincèrement que Marathon est le genre de jeu qui peut s’apprécier avec le temps et que son originalité, son exigence, lui permettent de se démarquer de la masse ou des jeux plus accessibles. D’ailleurs, c’est pour ça que j’ai évité de trop le comparer à des titres comme Apex Legends ou à Arc Raiders alors que les points communs sont nombreux, souvent au désavantage de Marathon. Simplement parce que je pense que le jeu de Bungie ne se destine pas au même type de joueurs.

Néanmoins, il est impossible de nier que, pour ma part, je n’ai pris aucun plaisir à lancer des parties et il n’y a pas une fois où je me suis amusé en jeu, y compris quand les événements devenaient plus rythmés. Je me suis ennuyé et j’ai trouvé constamment le temps long, vivant l’expérience comme une contrainte.

Je n’ai pas apprécié la direction artistique, je n’ai pas compris pourquoi assumer cette dernière pour accoucher d’un gameplay si simpliste derrière. En définitive, je me suis juste posé une question : est-ce que Marathon a quelque chose qui le différencie vraiment de ses concurrents, à son avantage, dans sa conception, hors sa DA ? Pas de ce que j’ai pu voir.

En l’état, j’estime, à ma modeste échelle, que le succès de Marathon aurait été plus facile à percevoir dans un modèle free-to-play. Là, à 40 euros le jeu, il est délicat de supposer qu’il parviendra à attirer une grosse communauté de joueurs alors que la concurrence est déjà bien en place.

L’autre question est sur l’avenir des triple A, constamment dépassés ces derniers temps par des titres au budget bien moins conséquent. Marathon a malheureusement tout pour devenir un nouveau Concord et se voir enterrer prématurément, plaçant ainsi un voile très noir sur l’avenir de Bungie.

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Notre avis

Avec seulement une grosse dizaine d'heures au compteur, cet avis ne doit pas être pris pour argent comptant et reflète davantage une sensation, une expérience de jeu plutôt qu'un retour complet sur un Marathon poncé de bout en bout. Néanmoins, cette expérience a été suffisamment désagréable pour nous pousser à y mettre prématurément un terme. Le jeu de Bungie accuse du retard sur tous ses concurrents et a fait des choix, ou une absence de choix, trop prédominants, se coupant sans doute d'une frange importante de joueurs, dont nous faisons partie.

Les plus

  • Une direction artistique originale

Les moins

  • Une interface non intuitive
  • Un manque d'équilibrage PVP / PVE
  • Un gameplay basique
  • Des environnements vides et peu cohérents
  • Il ne se passe rien

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