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[Test] Harley-Davidson LiveWire : une Harley électrique relativement compacte au style nerveux et agressif

Coup de génie ou hérésie ? L’arrivée d’une Harley électrique n’a pas fini de susciter le débat. Mais nous avons voulu répondre à la seule question cruciale au final : est-elle réussie au point de changer le game ? Réponse après une journée à accumuler les G d’accélération et des sensations assez uniques.

Il aura fallu attendre 6 ans avant de pouvoir enfin se mettre au guidon de la fameuse Harey-Davidson électrique, la LiveWire, présentée sous forme de prototype en 2014 avec la promesse d’une production en série. Un roadster relativement compact au style nerveux et très agressif, loin des ultra-classiques machines US taillées pour les highways sans fin. Ici, capacité des batteries oblige, pas question d’invitation au voyage, mais plutôt, place aux sensations.

À détailler l’engin, on apprécie le souci du détail poussé très loin, à commencer par le moteur longitudinal couleur métal brut, nommé Revelation. Le cadre aluminium, la peinture orange mate de notre modèle d’essai (jaune et noir sont aussi au programme), les suspensions réglables Showa, freins Brembo (300 mm à l’avant) et pneumatiques Michelin XXL spécifiquement développés, tout contribue au look de brute de l’ensemble.

Sur le guidon pourvu de nombreuses commandes, y compris un pratique joystick, trône un écran TFT de 4,3’’, très lisible et exploitable pour y voir toutes les informations de conduite, les réglages possibles et les flèches de navigation – un point encore très rare dans le monde du deux-roues… Le système peut être relié en Bluetooth avec un casque disposant d’écouteurs intégrés pour les instructions de navigation ou pour écouter de la musique, la radio ou des podcasts par exemple.

Mais peut-être vaut-il mieux concentrer 110 % de son attention à la conduite, car voilà un engin qui se déplace à la vitesse de l’éclair. Le chiffre le plus impressionnant est celui de 3 secondes, le temps pour accélérer de l’arrêt à 100 km/h. Du brutal ! Dans une sonorité toute particulière, assez aiguë, la Harley dépose à peu près tout ce qui roule d’une rotation de la poignée droite. Les dépassements se font en un clin d’œil, on s’amuse à simplement renouveler encore et encore des accélérations franchement jouissives, pour le plaisir de cette sensation de voler vers le prochain virage.

Crédit : Harey-Davidson

Assez fermes, les suspensions jouent parfaitement leur rôle et la rigidité de l’ensemble donne tout de suite confiance, quitte à sacrifier un peu l’aspect confort. Même sur petites routes bosselées, même dans un virage plus fermé que prévu, la Livewire réagit sainement, sécurisée par son freinage démoniaque. Il faut dire que les aides à la conduite veillent et, avec plus ou moins de force d’intervention selon le mode choisi, antipatinage, ABS avec capteur d’inclinaison et gestion moteur accompagnent le motard enthousiaste, ivre de cette facilité, sans embrayage ni boîte de vitesses, comme au guidon d’un… scooter.

Il faut dire que les quelque 78 kW (105 ch) sont toujours présents et surtout, le couple moteur de 116 Nm disponible immédiatement pousse fort, très fort à toute sollicitation. Le poids de 249 kilos se fait très facilement oublier et la géométrie bien définie rend cette moto agile sur petite route, maniable en ville et suffisamment stable sur autoroute (la vitesse maximum est limitée à 180 km/h). Voilà une machine qui s’est faite attendre, mais qui arrive à un impressionnant niveau de maturité et d’homogénéité.

Il est aussi franchement amusant de jouer avec les différents modes de conduite, ceux qui sont pré-programmés (route, sport, pluie, éco) ou ceux que l’on peut définir soi-même, jouant sur la puissance, la course de la poignée des « gaz », la régénération au freinage, l’antipatinage… La position de conduite est assez naturelle et un coup d’œil sur l’écran permet de vérifier facilement le mode enclenché, l’autonomie et une visualisation de la puissance réclamée ou la régénération obtenue en temps réel. Un arrêt à un feu rouge ? La moto vous fera ressentir comme un battement de cœur, petit gimmick amusant des gens du marketing de la marque, comme pour affirmer que leur moteur électrique a autant d’âme que les mythiques V-Twins de la marque US. La batterie de 15,5 kWh est affichée avec une autonomie de 158 km sur route qui s’est révélée très réaliste à l’usage, alors qu’en ville uniquement, elle est donnée pour 235 km.

Avec une borne de charge rapide (niveau 3), la recharge de 0 à 80 % peut être assurée en 40 minutes (60 minutes pour atteindre les 100 %). Le câble est intégré sous la selle. Sur une prise domestique, compter une nuit. Une appli connectée permet de voir à distance le niveau de charge, l’autonomie restante et diverses données, dont une alerte en cas de vol. Dommage, elle est à ce jour très mal traduite et parle de vélo et d’équitation au lieu de moto et de conduite…

Reste à gâcher un peu ce beau tableau avec l’évocation de son tarif : 33 900 € pour la bête, clairement un très haut de gamme qui sera réservé à une petite minorité. Mais si nous ne sommes pas prêts d’en croiser à chaque coin de rue, la LiveWire sera sans aucun doute une étape qui restera dans les mémoires. Tesla a réussi à suffisamment marquer les esprits pour changer la perception de la voiture électrique. Performantes, attirantes, cool et ultra-connectées, ses voitures offrent ainsi une expérience réellement différente. À la différence de la marque californienne (et de Zero Motorcycles, dont nous avons essayé le dernier modèle, la SR/S), Harley-Davidson n’est pas un pure player électrique mais sa moto tant attendue et si symbolique pourrait bien être celle par qui le changement arrive. La preuve : les premiers acheteurs sont des fidèles de la marque plutôt que les riches early adopters classiques pour ce type de nouveautés. Le constructeur de Milwaukee y croit et va d’ailleurs lancer d’autres modèles aussi divers que des cyclos urbains et d’autres grosses machines routières. De quoi s’ouvrir des portes en pleine mutation énergétique.