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[Test] Yooka-Laylee [PS4, XBO, PC]

Tests et Impressions

Par Mathieu le

Vous souvenez-vous de Banjo-Kazooie ? Sorti le 31 juillet 1998 sur nos Nintendo 64, le titre avait sû faire oublier aux possesseurs de la console de Nintendo qu’ils devraient faire l’impasse sur Spyro, Crash et consorts en proposant un jeu de plateforme ô combien agréable. À l’inverse de ses concurrents directs, le titre misait surtout sur l’aspect coopération entre les deux héros pour réussir à faire vivre aux joueurs une aventure agréable dont on se remémore avec nostalgie.

Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux à espérer un nouvel épisode après le « Nuts & Bolts » sorti en 2008 sur Xbox 360. Mais au lieu de faire prospérer ce duo, aussi sympathique soit-il, les développeurs de chez Playtonic Games, studio fondé par des anciens de chez Rare, ont décidé de nous sortir Yooka-Laylee. Sur le papier, on sent tout de suite qu’il s’agit en réalité d’une vraie fausse suite, attendue depuis près de dix ans. Mais est-ce suffisant pour faire battre nos petits cœurs de joueurs ?

Un homme qui fait plaisir

Tout débute par un constat. Yooka-Laylee ne s’inspire pas simplement de ses prédécesseurs et notamment du duo phare de la Nintendo 64. Il en est l’âme même. Au bout de quelques minutes, les possesseurs du premier Banjo-Kazooie vont comprendre de quoi je veux parler. Les mécaniques du jeu, l’univers présenté, la mise en scène et même les doublages : tout nous rappelle aux belles heures de notre jeunesse (pour ceux qui avaient 10 ans en 1998). Mais nous nous attarderons sur ces points légèrement plus tard.

Débutons par les personnages du jeu. Yooka est un lézard dont le meilleur ami n’est autre que Laylee, une chauve-souris violette. On peut donc penser que les créateurs des personnages ont fumé quelque chose d’étrange mais ça ne s’arrête pas là. Vous rencontrerez durant votre aventure un serpent vendeur de techniques nommé Trowzer, un ennemi principal qui ressemble à une guêpe en surpoids nommé Capital B ou alors son acolyte en recherche constante de reconnaissance, un canard enfermé dans un bocal appelé Dr Quack. Vous l’aurez vite compris, l’ambition des développeurs de Playtonic Games est clairement de proposer un univers enfantin mais, et c’est une confirmation après à peine une heure de jeu, aussi complètement loufoque.

Si le character design de ces personnages a laissé de nombreux internautes perplexes ces derniers mois, le fait est qu’il se fond parfaitement dans l’univers et l’ambiance qui nous sont dépeints. On tombe très rapidement sous le charme de ces animaux difformes, de ces êtres ignobles et de ces créatures étranges, jusqu’au point de s’attacher à eux et leurs personnalités exaspérantes. Il faut d’ailleurs noter que Yooka-Laylee est l’un des rares jeux à sortir sur PS4 et Xbox One qui a l’intelligence d’allier un univers malicieux qui peut donc convenir à de jeunes joueurs mais qui présente assez de maturité pour être également apprécié par les plus grands (les joueurs PC ont eux plus l’habitude).

Une prise en main facile

Ne nous voilons pas la face, le titre de Playtonic Games, qui a été financé en partie via Kickstarter (plus de 2 millions de livres récoltées), est un véritable hommage aux jeux de plateformes sortis il y a deux décennies. Le gameplay ressemble à s’y méprendre à celui de Banjo-Kazooie mais la comparaison ne s’arrête pas là. Dans sa forme et dans son fond, il tire partie des séries phares de la PS1 et de la N64. On retrouve ainsi des références à Crash Bandicoot, à Spyro le dragon, à Rayman et même à Mario dans Yooka-Laylee. Que du beau monde, n’est-ce pas ? L’objectif était finalement assez simple pour les développeurs : réussir à retranscrire une vision du jeu de plateforme qui a fait les belles heures des anciennes consoles tout en modernisant la recette pour faire venir de nouveaux joueurs.

Et de ce côté là, le pari est réussi. Les mécaniques de jeu sont simples, les mouvements, techniques et autres supports de combat s’apprennent rapidement et au fur et à mesure de l’aventure, selon nos choix. On court partout, saute, double saute, frappe, roule et avale tout ce qui bouge, comme si on retrouvait une partie de nous, enfouie et disparue depuis longtemps. Notre ami Trowzer le serpent nous vend des « techniques » contre des plumes, dispersées un peu partout dans les cinq mondes du jeu. Chacune d’entre elles a des retombées directe sur notre façon d’évoluer dans les environnements du jeu puisque certains de vos objectifs ne seront atteignables qu’avec une technique particulière.

[nextpage title= »Beau, mais pas que »]

Venons-en d’ailleurs à l’histoire du jeu et à votre objectif principal. Capital B et son acolyte le Dr Quack ont décidé d’aspirer tous les livres du monde afin de trouver celui qui renferme les Pagies. Ces dernières renferment de fabuleux pouvoirs qui pourraient changer la face de la planète. Au total, il y en a 145 d’éparpillées dans les différents mondes du jeu. Votre but ? Les retrouver pour contrer le machiavélique plan du Capital B et de certaines personnes qui ont l’air de tirer les ficelles d’encore plus haut. Vous vous retrouvez embringué dans cette histoire contre votre gré, alors que vous comptiez tranquillement faire la sieste. Voilà. Fin. Simple mais intelligent et prenant. Playtonic Games a donc joué la recette du « méchant pas beau » , du duo de héros « feignants mais toujours là » et de la « magie qui fait prospérer le monde » . Cela suffit à notre bonheur, avouons-le, car un scénario complexe n’est clairement pas ce que l’on demande à ce type de jeu.

Beau, mais pas que

Yooka-Laylee se dote d’une bande originale enivrante, parfaite pour un jeu de plateforme et qui correspond magistralement aux différents univers dépeints. Les doublages sont quant à eux du même acabit que pour Banjo-Kazooie avec des onomatopées exprimées à voix haute (gra-gra-gra dira la chauve souris tandis que le lézard s’exprimera à coups de bzzz-bzzz-bzzzz). Une signature spéciale qui montre à quel point le jeu se différencie de ses concurrents. C’est d’ailleurs l’une des forces du titre : son humour et son auto-dérision. L’ensemble des confrontations entre les différents personnages, qu’ils soient alliés ou ennemis, est marqué de joutes verbales et de blagues. Tandis que Yooka est le timide du duo, Laylee n’hésite pas à se moquer des autres créatures qu’il rencontre, que ce soit leur look, leur langage ou bien leur attitude.

Évoquons désormais l’aspect technique du titre. Beau, coloré et doté d’une direction artistique maîtrisée, Yooka-Laylee est une véritable réussite graphique. Avec ses textures soignées, bien que parfois un peu limitées, il nous fait voyager et retranscrit avec brio les plaines tropicales, comme les marais pluvieux ou les montagnes enneigés. Les possesseurs d’une PS4 Pro ne verront quant à eux que peu de différences avec la version PS4 ou Xbox One tant le titre est parfaitement optimisé. Notons tout de même des petits défauts avec des ombres à la qualité douteuse et un petit peu d’aliasing par ci, par là. En revanche, les arrières plans sont bien souvent sublimes et la distance d’affichage est très confortable, ce qui est un vrai bon point, surtout lorsqu’on a besoin de découvrir les vastes zones qui se dressent face à nous.

Des défauts dommageables

Attentions toutefois, le titre de Playtonic Games a aussi ses défauts. La volonté du développeur de vouloir rendre hommage aux jeux de plateforme des années 90/2000 donne l’impression qu’il n’a pas pris en compte certaines avancées majeures dans le jeu vidéo. Ainsi, alors que les mondes dans lesquels nous évoluons paraissent bien plus vastes qu’avant, nous n’avons aucun repère à notre disposition. On pense ici à, par exemple, une mini-carte qui nous aurait permis de nous retrouver lorsqu’on se sent parfois perdu. On aurait aussi apprécié de pouvoir placer des repères sur certains objectifs précis afin d’évoluer à notre convenance dans l’aventure. Le problème, c’est que tout se fait un peu à l’improviste. Les défis qui se dressent face à nous surviennent de façon aléatoire, « au petit bonheur la chance », comme on dirait.

En effet, à aucun moment il n’est pas possible de revenir vers un PNJ précédemment rencontré de façon directe, il vous faudra toujours vous rappeler du chemin emprunté et de l’emplacement exact du début de la mission. Un vrai frein lorsqu’on souhaite collecter un maximum de Pagies une fois un ensemble de techniques débloqué. Le joueur pourra ainsi se sentir parfois perdu, délaissé, sans savoir où aller ni quels sont ses objectifs précis. À cela s’ajoute également un problème, assez récurent dans ce type de jeu, de caméra. Cette dernière s’emballe parfois, ne nous permettant pas d’être au coeur de l’action, surtout lorsqu’il s’agit de combattre un boss ou de faire une course.

Ces détails gênent en 2017 car, au-delà de vouloir être un véritable hommage aux jeux de plateforme, Yooka-Laylee aurait dû aussi en corriger les défauts et les erreurs du passé. Dommage qu’il se contente souvent de faire tout son possible pour être une expérience de qualité sans pour autant être novateur sur certains points importants pour les joueurs actuels.

Si vous vous lancez dans l’aventure, attendez-vous à un défi de taille : au total, 145 pagies, plus de 1 000 plumes et divers objets secrets à collecter. Ajoutez à cela diverses missions et défis, des combats de boss, des quiz et vous verrez la durée de vie grimper en flèche. Comptez une quinzaine d’heures si vous foncez comme le diable de Tasmanie et le double pour faire un vrai tour complet du jeu. Vous aurez donc de quoi faire.

Notre avis

Le jeu de plateforme est de retour et Yooka-Laylee en est le porte étendard. Très belle surprise de ce début d'année, le titre de Playtonic Games mélange habilement l'ensemble des ingrédients qui nous ont fait aimer ce type d'expérience tout au long de notre vie vidéo-ludique. Non dénué de défauts, Yooka-Laylee reste tout de même une aventure qu'il faut vivre et apprécier à sa juste et savoureuse valeur.

8 / 10