[Sony Pictures] La France doute de la piste nord-coréenne

Sur le web

Par Elodie le

Une note transmise à l’Elysée par les services de renseignement français remet en cause la version américaine sur l’origine de l’attaque et donc son coupable désigné, la Corée du Nord.

v

C’est le feuilleton qui a alimenté cette fin d’année et qui continue encore à faire parler de lui.
Suite au piratage dévastateur dont a été victime Sony Pictures par ce qui semble être des représailles suite à la sortie annoncée du film The Interview, le FBI, la Maison Blanche et la NSA ont désigné la Corée du Nord comme étant à la manœuvre derrière cette attaque et promis une réponse « proportionnée » et « appropriée ». Officiellement, seules de nouvelles sanctions économiques ont été appliquées.

Si nombres d’experts sont restés perplexes et ont remis en doute cette accusation – certains ont par exemple évoqué la piste d’un ancien employé animé par la vengeance, d’autres l’ont également été concernant la responsabilité des États-Unis dans les multiples coupures d’Internet qu’a eu à subir la Corée du Nord peu de temps après.

france_piratage_sony_doutes_coupable_corée_nord

Ces différents doutes ont alimenté les théories les plus folles, dont celles du complot, très en vogue en ce moment, avec le grand méchant Oncle Sam en instigateur, mais aussi les questions. En effet, comment les États-Unis pouvaient-ils être aussi certains de leur coupable désigné ? Facile, ils espionnaient le réseau nord-coréen depuis de nombreuses années (2010), manque de pot, par suffisance, aveuglement ou simple erreur humaine, ils n’ont « pas été en mesure d’appréhender la gravité » de ce qu’il se passait sur ce réseau depuis plusieurs mois et ont donc laissé passer l’attaque. Ce n’est qu’après enquête et analyse des données collectées qu’ils se sont rendus compte de leur erreur initiale et ont pu accuser la Corée du Nord.

« Aujourd’hui, les enquêteurs pensent que les pirates ont infiltré le réseau de Sony pendant plus de deux mois, cartographiant ses systèmes, identifiant les fichiers critiques et planifiant la destruction des ordinateurs » rapportait alors le New York Times.

Ces affirmations se basent sur des déclarations de hauts responsables américains relayées par le quotidien américain mais également sur de nouveaux documents transmis par Snowden et publiés par Spiegel. Pour des officiers du renseignement US, l’attaque ne serait donc qu’une vengeance de Pyongyang en réponse à l’espionnage de son réseau. La censure, la liberté d’expression, etc. autour du film The Interview ne serait donc qu’un épouvantail.

167947891-94180942

Aujourd’hui pourtant, une note envoyée le 29 décembre à l’Elysée mais aussi à Matignon et dans divers ministères – dont celui de la Défense – par les services français émet des doutes concernant les instigateurs de la cyberattaque.
Les services français se sont penchés sur l’affaire car plusieurs entreprises françaises, partenaires de Sony Pictures, ont été touchées indirectement par le hack, nous apprend l’Express.

S’ils s’accordent sur la « sophistication » de la cyberattaque évoquée par les autorités américaines, dont le butin s’élève à 11 000 gigaoctets de données (soit « 2340 DVD »), ils prennent leurs distances concernant son origine, les indices formels faisant défaut. Et l’Express d’avancer quelques arguments, notamment le peu de discrétion des assaillants.

« L’attitude des attaquants est très inhabituelle, car, d’ordinaire, ces individus veulent rester le plus discrets possible. Cette fois, avec la publication des éléments volés, ils cherchent à détruire une entreprise, mais pour gagner quoi ? » s’interroge Nathan Sigal, analyste pour la société de sécurité informatique CybelAngel.

The-Interview-Franco

Quel intérêt auraient eu les États-Unis à désigner un faux coupable ? Démontrer sa capacité de riposte et ainsi imposer son statut dans le cyberespace nous explique l’Express. Les différentes coupures d’internet en Corée du Nord n’étant qu’une démonstration de force. La DGSE enquêterait donc toujours sur une éventuelle prise de contrôle à distance de routeurs, « comme celui du leader mondial, Cisco », explique encore l’hebdomadaire. Leader qui est américain.

Mais Paris s’inquiète surtout des dommages collatéraux subis par ces entreprises françaises, notamment du CAC 40, touchées indirectement par le piratage et qui a vu nombre de leurs documents sensibles être subtilisés : contrat de post-production, factures, accord commerciaux, traces de procès passés, etc.

Un « secret des affaires » cher à Emmanuel Macron qui se voit donc éventé… Afin d’éviter tout espionnage industriel et économique, la loi Macron actuellement en débat prévoit un amendement qui oppose le « secret des affaires » (« une information non publique, qui fait l’objet de mesures de protection raisonnables », qui a une « valeur économique » et dont la définition restera à la discrétion des entreprises) au travail des journalistes et risquerait d’instaurer un délit d’informer. Ce dont le ministre de l’économie s’est défendu aujourd’hui.

Il est vrai que l’espionnage économique et industriel s’effectue dans surtout dans les journaux, c’est bien connu. L’affaire Sony Pictures nous le prouve…

Source: Source