
Le temps. L’usure. Le nerf de la guerre. Patiemment, petit à petit, les autorités américaines grignotent du terrain et enchaînent les procédures pour parvenir à leurs fins dans cette affaire qui les oppose au site Megaupload et à son fondateur Kim Dotcom, accusé de téléchargement illégal et donc de violation du droit d’auteur, mais aussi d’avoir fait perdre pour près de 400 millions de dollars à l’industrie cinématographique.
Pour Andrus Nõmm, cette condamnation est le fruit de trois ans de bataille. Trois années au cours desquelles il s’est battu contre son extradition réclamée par les États-Unis suite à son arrestation en 2012 aux Pays-Bas pour infraction au copyright, pour finalement être arrêté, la semaine dernière… dans l’État de Virginie aux États-Unis.
L’ancien développeur du site, de 2007 à janvier 2012 – date de la fermeture de Megaupload par le FBI – a ainsi renoncé à la bataille juridique autour de son extradition aux Pays-Bas pour accepter une procédure de plaider coupable aux États-Unis. Dans un document de la justice américaine est précisé qu’Andrus Nõmm a accepté et reconnu l’ensemble des chefs d’accusation : la violation des droits d’auteur et le caractère illicite de certains contenus hébergés sur la plateforme Megaupload (films, séries, musiques), qu’il a lui-même téléchargés à titre personnel, se rendant coupable de téléchargement illégal.

En outre, il n’a pas contesté les 400 millions de dollars de dommages causés par Megaupload à l’industrie culturelle, puissant lobby aux États-Unis, dont une partie a porté plainte en avril 2014, tout comme les 175 millions de dollars engrangés par le site au bénéfice de sa direction.
« Cette condamnation est une étape importante dans ce qui est la plus grande affaire d’infraction au copyright de l’histoire des États-Unis » s’est réjoui le procureur général adjoint, rappelant que l’ensemble des anciens responsables de la plateforme sont également poursuivis pour violation de copyright.
« Nous avons l’intention de veiller à ce que tous les responsables [de MegaUpload, ndlr] soient tenus pour responsables de s’être enrichis illégalement en volant le travail de création des artistes et des auteurs américains », a-t-il poursuivi.
Finn Batato (directeur marketing), Bram Van der Kolk (développement et infrastructures réseau), Mathias Ortmann (directeur technique) et Kim Dotcom (CEO et fondateur de Megaupload) résident tous en Nouvelle-Zélande où ils attendent leur procès en extradition vers les États-Unis prévue pour le mois de juin. Deux autres coaccusés, Julius Bencko (graphiste) et Sven Echternach (directeur commercial) sont toujours recherchés.

L’extradition de Kim Dotcom est une série à rebondissements à elle toute seule (raid de sa villa filmé, crainte d’une extradition car « ruiné », procédure repoussée mais mise sous pression des autorités sur lui et son entourage).
Ce dernier a d’ailleurs réagi aux mésaventures de son ancien collaborateur en dénonçant la justice américaine qui pousse un « développeur innocent à plaider coupable » après trois ans de procédure abusive.
The US Justice system: An innocent coder pleads guilty after 3 years of DOJ abuse, with no end in sight, in order to move on with his life.
— Kim Dotcom (@KimDotcom) 13 Février 2015