Chine/Russie : « Pas de piratage entre nous ! »

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Par Elodie le

La Chine et la Russie ont conclu un pacte de cybersécurité établissant la promesse mutuelle de ne pas hacker l’autre. Entre les deux pays faisant partie des nations pirates, la promesse est belle. Et l’ennemi commun ?

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L’une est officiellement accusée par le FBI d’opérer de l’espionnage économique envers les entreprises stratégiques américaines via des cyberattaques massives et répétées, l’autre est soupçonnée d’être derrière l’attaque informatique subie par la Maison Blanche et le Département d’État et attribuée à des hackers « russophones », la Chine et la Russie, pays alliés à l’international, ont décidé de renforcer cette alliance autour d’un « cybersecurity pact » révèle le Wall Street Journal.

Et le quotidien de s’interroger : « Si la communauté du renseignement américain estime que la Russie représente une plus grande menace de cyberespionnage que la Chine, que fera-t-elle de ça ? »

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Il ne s’agit pas de s’aider mutuellement contrer des attaques informatiques venues de l’extérieur, mais bien de promettre de ne pas se hacker mutuellement. Un pacte de non-agression 2.0 en somme.
Outre un échange technologique et d’information entre les organismes d’application de la loi, ce pacte, publié mercredi sur le site du gouvernement russe, prévoit également que les deux pays contrent les technologies qui pourraient « déstabiliser l’atmosphère politique et socio-économique interne », « troubler l’ordre public » ou « interférer avec les affaires intérieures de l’État ». Ce qui peut s’avérer bien vaste : réseaux sociaux, blog, lanceur d’alerte, etc.
D’autant que les Etats-Unis s’inquiètent déjà du “Grand Canon” chinois, outil très sophistiqué de cyber-censure découvert il y a peu par des chercheurs de l’université de Toronto (découverte documentée ici).

« Cette nouvelle cyber-capacité empêche les internautes d’avoir accès à des contenus hébergés à l’extérieur de la Chine. Nous avons demandé aux autorités chinoises d’enquêter sur cette activité, et de nous fournir le résultat de leurs investigations » a précisé le porte-parole du département d’Etat, Jeff Rathke.

Pour le Wall Street Journal, il fait peu de doute que ces deux puissances souhaitent opérer un changement de paradigme autour de la gouvernance d’internet, dominée par les États-Unis. Il y a un an, Vladimir Poutine affirmait publiquement qu’Internet était, originellement, « un projet de la CIA ».

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Carte des cyberattaques en temps réel – Norse

Depuis la crise ukrainienne, la Russie semble tourner le dos à l’Europe et plus encore aux États-Unis, faisant dire à quelques commentateurs qu’un retour à la Guerre Froide est bel et bien acté. Son rapprochement avec la Chine et l’absence remarquée (et critiquée), ce week end, de plusieurs pays occidentaux, dont les États-Unis, la France et l’Allemagne, aux commémorations russes de la victoire de 1945, en représailles aux soutiens du leader russe aux séparatistes ukrainiens, n’a fait qu’alimenter le débat.

Les révélations d’Edward Snowden ont également alimenté l’animosité entre les États-Unis et ces deux puissances, la Chine et la Russie souhaitent toutes deux opérer un contrôle plus serré d’Internet. L’année dernière, le ministre russe de la Communication, Nikolai Nikiforov a déclaré que la Russie se préparait à un plan d’action dans le cas où le segment russe d’Internet serait fermé de l’extérieur.

Si les États-Unis et la Chine font tout pour ne pas s’accuser trop frontalement d’espionnage, leurs relations économiques interdépendantes explique aisément cela, rappelons tout de même qu’en mai 2014, 5 militaires chinois ont été inculpés pour espionnage industriel aux États-Unis contre six entreprises US, jetant un froid dans leur relation.

Par ailleurs, rien ne dit si ce pacte de cybersécurité s’est opéré autour d’un ennemi commun…

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