Bouygues Télécom et Orange en route pour le mariage !

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Par Elodie le

À en croire Le Canard Enchaîné, 2016 sera peut-être l’année du mariage attendu entre Bouygues et Orange, deux opérateurs télécoms parmi les poids lourds du secteur. Une réponse à Patrick Drahi ?

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Stéphane Richard et Martin Bouygues – crédits : Éric Piermont – AFP

Et si le mariage annoncé depuis début décembre via les indiscrétions de l’agence Bloomberg n’avait pas uniquement pour objectif de s’imposer sur le marché des télécoms ?

En effet, le mois de décembre a bruissé de rumeurs actant un rapprochement futur entre Orange et Bouygues Télécoms.

Le premier souhaitant s’offrir la filiale télécoms du groupe Bouygues, qui détiendrait alors une participation entre 10 et 12 % du capital d’Orange. Mais Le Canard Enchaîné va plus loin et voit la main de l’Elysée dans ce flirt avancé.

En effet, selon le palmipède, l’État, aurait des vues sur TFI, propriété de Bouygues et comprise dans la dot de la mariée : « le groupe Orange, dont l’État français détient 23 %, étudie une participation de 10 % dans la chaîne de Martin Bouygues ».

Avec ce mariage, l’État deviendrait actionnaire de la première chaîne privée du pays et resterait actionnaire principal d’Orange, même avec des parts tombant sous la barre des 20 %.

Selon un acteur du marché qui s’est confié au Canard sous couvert d’anonymat : « Les politiques se contrefichent de l’accord sur les télécoms. Tout ce qui les intéresse, c’est TF1. Ils raisonnent encore comme il y a 30 ans. Dès qu’on parle du 20 heures, ils ont les yeux qui brillent. »

Un argument qui expliquerait le refus de Bouygues d’accepter l’offre à 10 milliards d’euros proposée par SFR Numericable, mais qui souffre pourtant de plusieurs démentis, dont celui de Nonce Paolini, toujours patron de TF1, devant le CSA. Pour le Canard, ces démentis ne sont qu’illusion afin que cela « n’entrave pas la décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel de laisser LCI, la chaine d’info de TF1, passer en gratuit sur la TNT ».

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Autre son de cloche pour le JDD : sa source « au cœur des négociations » exclue désormais TFI de l’équation : la veille de Noël, les deux groupes auraient signé un accord de confidentialité ne prévoyant pas d’inclure la chaîne dans le deal. Les discussions devraient reprendre à la mi-janvier pour un accord conclu dans les trois mois à venir. Bouygues serait ainsi valorisé 10 milliards d’euros pour une participation portée à 15 % d’Orange.

État ou pas, le rapprochement entre Bouygues et Orange est le signe de la vigueur du secteur des télécoms français pour les observateurs. Les opérateurs du secteur appellent de leurs vœux la constitution d’un marché de la téléphonie à 3 opérateurs, leur permettant ainsi de revoir leurs marges et stopper une guerre des prix qui fut dévastatrice pour l’emploi.

Déjà mastodonte du secteur, Orange deviendrait un groupe encore plus important. Ce qui pourrait intéresser Bruxelles, mais aussi l’ARCEP, l’autorité de la concurrence, qui aura un droit de regard sur cette alliance. Celle-ci a déjà condamné le groupe à une amende de 350 millions d’euros pour abus de position dominante sur le marché pro.

Bruxelles pourrait de son côté réclamer d’importantes contreparties avant de donner son accord : Orange étant déjà leader du secteur, sa position n’en sera que renforcée, le nouvel ensemble verrait des parts de marché dépasser les 50 %. Free et SFR seraient donc « indispensables pour remplir les contraintes concurrentielles », précise le JDD. C’est « la clé de l’opération réside dans un accord avec Xavier Niel, le patron de Free« .

Dans ce cas de figure, Xavier Niel est appelé à mettre (encore) la main à la poche pour récupérer le réseau de Bouygues Télécoms. « S’il joue les radins, il prend le risque de faire capoter le deal, prédit un négociateur au Canard. Or, tous les opérateurs ont intérêt à une consolidation du secteur. » Au moment de la tentative de rachat de Bouygues Télécoms par Altice (Numericable-SFR), Free s’était porté acquéreur des infrastructures de Bouygues pour un peu moins de 2 milliards d’euros.

Si la source du JDD estime qu’on pourrait « demander à Free de racheter tout ou partie des 600 boutiques de Bouygues« , il serait plus logique que Free soit intéressé par le réseau de Bouygues, qui a déjà déployé la 4G, alors que son contrat d’itinérance avec Orange arrive à son terme en 2017.

Si l’État et les différents opérateurs sont prêts à publier les bans, les syndicats se montrent moins enclins à la fête, Bouygues ayant déjà essuyé un plan de restructuration lors de l’arrivée de Free sur le marché mobile en 2012. De son côté, Orange se serait engagé à ne pas effectuer de coupe dans les effectifs de Bouygues.

Le gouvernement s’est refusé à tout commentaire et les précédents démentis n’ôtent pas cette persistante odeur de dragées.