Bruxelles soupçonne Facebook de l’avoir dupé lors du rachat de WhatsApp

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Par Elodie le

La Commission européenne soupçonne le réseau social de lui avoir intentionnellement fourni des « informations trompeuses » lors du rachat de WhatsApp concernant un éventuel croisement de données utilisateurs. Facebook risque une amende de plusieurs millions de dollars.

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Retour en arrière. En février 2014, Facebook s’offre l’application de messagerie instantanée WhatsApp pour 16 milliards de dollars (19 si on compte les 3 milliards de dollars en actions préférentielles octroyés aux employés de WhatsApp). Seize fois la mise apportée par Facebook pour acheter Instagram deux ans auparavant.

Une emplette à prix d’or que Menlo Park entendait bien rentabiliser. Comment ? Mark Zuckerberg et les fondateurs assuraient alors que la monétisation ne passerait pas par des bandeaux publicitaires. Service premium, fonctions payantes, le boulevard des possibles restait néanmoins ouvert.

Des intentions dissimulées ?

Le fondateur et CEO de WhatsApp, Jan Koum se voulait rassurant envers ses utilisateurs, avalés par le géant de la publicité ciblée Facebook : l’application restera autonome, « Voici ce qui va changer pour vous, les utilisateurs : rien ». Promis, juré. Mais ça, c’était avant.

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En août dernier, c’est la polémique : WhatsApp met à jour ses conditions d’utilisation et sa politique de confidentialité avec. Résultat ? L’application partagera désormais certaines données utilisateurs avec sa maison mère. Facebook récupérera ainsi de précieuses données, dont le numéro de téléphones des utilisateurs de WhatsApp, afin d’offrir de « meilleures suggestions d’ami »,» mais aussi « des publicités plus pertinentes » pour ceux possédant également un compte Facebook. Autrement dit, des publicités toujours plus ciblées, les revenus publicitaire concourent à plus de 90 % du chiffre d’affaires de Facebook. Ceci, expliquant cela.

Si WhatsApp laisse la possibilité de refuser ce transfert, la pilule passe mal. Le Royaume-Uni est le premier à dégainer en interdisant cette synchronisation des données, suivi par les CNIL européennes (le G29) qui font part de leur « vive préoccupation », forçant Facebook à faire marche arrière et à suspendre (temporairement) la collecte des données utilisateurs de WhatsApp en Europe.

Mensonge ou négligence

Affaire classée ? Relancée plutôt. La Commission européenne se demande désormais si Facebook ne lui aurait pas menti lors du rachat de WhatsApp en masquant intentionnellement ses velléités concernant les données de l’app.

La redoutable commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager, a indiqué dans un communiqué que « les entreprises ont pour obligation de donner des informations précises et justes lors des enquêtes de la Commission », tout en annonçant l’ouverture d’une enquête à ce sujet.

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« Dans ce cas précis, notre opinion est que Facebook nous a donné des informations incorrectes ou trompeuses durant notre enquête sur son acquisition de WhatsApp ». Facebook aurait prétendu que le croisement des données utilisateurs entre le réseau social et l’application était techniquement impossible.

« Dans sa notification de l’opération en août 2014 et en réponse à une demande d’information, Facebook a indiqué à la Commission qu’elle ne serait pas en mesure d’associer automatiquement et de manière fiable les comptes d’utilisateur des deux sociétés », explique la Commission.

Une amende salée à la clé

Cette information a été « prise en compte lors de son examen », mais la Commission ne s’est pas reposée « exclusivement » dessus pour valider l’opération et ne remet donc pas en cause l’acquisition. Elle juge le procédé de Facebook comme « intentionnel ou de négligence ».

De son côté, Menlo Park assure avoir informé la Commission qui craignant plutôt une interopérabilité des services – utiliser WhatsApp pour poster un statut sur Facebook par exemple – notamment du fait de l’introduction du chiffrement de bout-en-bout sur l’application de messagerie instantanée (effectif depuis avril 2016). Le réseau social, qui plaide la « bonne foi », a jusqu’au 31 décembre pour présenter ses arguments à la Commission européenne.

Facebook s’expose à une amende de 125 millions de dollars, soit 1% de son chiffre d’affaires au moment du rachat. Peccadille pour le réseau social aux milliards d’utilisateurs et tout autant en chiffre d’affaires, mais un boulet supplémentaire à ajouter à ceux que traîne déjà Facebook en Europe.

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