Edward Snowden, espion à la solde de Moscou ? En tout cas, ce livre l’affirme

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Par Elodie le

Un vulgaire espion à la solde de Moscou. Voici, le portrait dépeint par un journaliste d’investigation dans son livre à sortir sur Edward Snowden, le lanceur d’alerte qui a révélé les petits secrets de l’agence de sécurité nationale américaine, la toute puissante NSA.

Snowden - Oliver Stone
Snowden – Oliver Stone

Mensonges. Pour Edward Jay Epstein, le journaliste d’investigation qui a enquêté pendant trois ans sur Edward Snowden, son récit n’est que mensonges et dissimulations.

Et plus encore, « de tous les mensonges qu’Edward Snowden a raconté depuis son vol massif des secrets de la NSA et son voyage en Russie via Hong Kong en 2013, aucun n’est plus provoquant que la prétention selon laquelle il n’a jamais eu l’intention de s’engager dans l’espionnage, et n’était qu’un ‘lanceur d’alerte’ souhaitant exposer la collecte massive d’informations par la NSA », tance Epstein dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal intitulée : La fable d’Edward Snowden.

Une enquête à charge

Dans son livre à paraître ce mois-ci aux Editions Knopf, How America Lost Its Secrets: Edward Snowden, the Man and the Theft, et dont il livre un résumé dans le quotidien américain, Edward Jay Epstein remet totalement en cause la version donnée par Edward Snowden et les deux journalistes auxquels il a confié les documents subtilisés, la documentariste Laura Poitras et Gleen Greenwald, qui travaillait alors pour le quotidien britannique The Guardian.

Depuis sa fuite d’Hawaï où il travaillait comme analyste au sein de la société Booz Allen Hamilton pour le compte de la NSA et de la CIA, Edward Snowden n’aurait fait que dissimuler sa véritable mission.

1- Snowden avait l’intention de voler des documents militaires

Pour Epstein, le récit dépeint par Snowden, le film d’Oliver Stone sorti en novembre (notre critique) selon lequel le jeune homme s’est improvisé lanceur d’alerte à mesure qu’il découvrait les pratiques de surveillance de la NSA est fallacieux.

Snowden
Snowden

Pour lui, Snowden s’est intentionnellement fait engager chez Booz Allen Hamilton pour dérober des documents militaires ultra-sensibles. Il en veut pour preuve la quantité (1,5 million de documents) et la qualité des documents subtilisés à la NSA ainsi qu’une obscure interview donnée par Snowden à un journal Hong kongais en juin 2013.

Verizon et Prism, les premières révélations préfigurant le scandale, ne seraient que l’arbre qui cache la forêt. des révélations pour donner le gage de sa bonne foi aux journalistes en prétendant dénoncer la surveillance des communications électroniques des Américains et des citoyens du monde entier afin de masquer ses réelles intentions : l’interception de documents sensibles que la Russie et d’autres nations étrangères ont tenté de subtilisé « sans grand succès » depuis la création de la NSA en 1952, comme l’estiment les militaires qui ont enquêté sur la fuite à la demande du Pentagone.

Il aurait ainsi compromis « des secrets qui protègent les troupes américaines à l’étranger » et des secrets qui assurent la défense des États-Unis contre le terrorisme et les États ennemis, selon les conclusions d’un rapport déclassifié le 22 décembre dernier par la Commission du Renseignement de la Chambre des représentants.

Mais ce n’est pas tout.

2- Snowden accueilli et protégé par la Russie

Pour ceux qui considèrent Snowden comme un traitre, son choix de destination est très révélateur. Pourtant, Edward Snowden a toujours expliqué qu’il était en partance pour l’Amérique Latine quand le gouvernement américain a révoqué son passeport, l’obligeant à s’arrêter en Russie où il a finalement obtenu l’asile politique après trois semaines d’errance à l’aéroport de Moscou.

Snowden
Snowden

Il a aussi assuré qu’il n’avait conservé aucun des documents transmis aux journalistes. Que nenni pour Epsein. Non seulement le gouvernement américain aurait révoqué son passeport alors qu’il se trouvait toujours à Hong Kong, mais Snowden a reçu la « protection du gouvernement russe » et a utilisé les documents encore en sa possession comme monnaie d’échange.

Sans visa valide, Snowden a nécessairement bénéficié de la complicité de la compagnie aérienne Aeroflot à bord de laquelle il se trouvait au moment de sa fuite. Une compagnie qui serait « contrôlée » par la Russie.

Mieux encore, son exfiltration aurait été commanditée par Moscou avec l’accord de Poutine, après que Snowden a rencontré des responsables russes à Hong Kong, comme l’a admis le président russe lors d’une conférence de presse en septembre 2013. Une équipe de sécurité aurait alors été chargée de récupérer l’ex analyste à sa sortie de l’avion.

Wikileaks, que l’on soupçonne de liens étroits avec Moscou depuis la publication des messages piratés du Parti démocrate au cours de la campagne présidentielle américaine, aurait tenté de brouiller les pistes en achetant plusieurs billets d’avion. Sarah Harrison, l’avocate de Wikileaks, aurait été dépêchée sur place par Assange pour payer les dépenses de Snwoden et l’escorter jusqu’à Moscou.

3- Snowden s’est servi des documents de la NSA comme monnaie d’échange

Epstein prétend enfin que Snowden n’a pas détruit les documents en sa possession après les avoir donnés aux journalistes. D’ailleurs, il ne leur en aurait donné qu’un « certain » nombre selon Anatoly Kucherena, l’avocat russe de Snowden, également soupçonné de lien étroit avec le Kremlin. Et les services secrets russes ne seraient pas restés en reste, le vice-président du comité de défense et de sécurité de la Douma (le parlement russe) a assuré même que « Snowden a partagé des informations. C’est ce que font les services de sécurité ». Tentative de déstabilisation des États-Unis ou pure honnêteté, qui sait ?

Quoi qu’il en soit, cela expliquerait pourquoi d’autres révélations ont fuité après l’arrivée de Snowden à Moscou, comme l’écoute du portable de la chancelière allemande par la NSA.

Snowden, en intelligence avec la Russie ?

Epstein est certain que Snowden continue d’avoir des contacts avec le renseignement russe. Une pratique de « débriefing » classique selon le journaliste pour qui « source d’espionnage » est une « description de poste » qui convient bien à Snowden, quand le terme « lanceur d’alerte » parait bien glavaudé.

Une tribune à charge qui accrédite au moins la thèse du Congrès américain qualifiant Edward Snowden de « mythomane » toujours à la solde du renseignement russe. Deux théories réfutées par le principal concerné :

« Après trois ans d’enquête et des millions de dollars, ils ne peuvent présenter aucune preuve de mauvaise intention, d’influence étrangère, ou de préjudice. Waouh ».

Dans un autre tweet, Snowden n’hésite pas à répondre à Epstein en expliquant que Barton Gellman, deux fois primé du prix Pulitzer, la plus haute distinction journalistique US, et spécialiste de la surveillance, a vigoureusement et définitivement détruit sa théorie conspirationniste dans plusieurs tweets (29 au total).

Alors, héros, traître et/ou espion ? Quoiqu’il en soit, cette enquête tombe à un moment opportun : la chambre des Représentant vient de déclassifier son rapport qualifiant Snowden de mythomane en intelligence avec l’ennemi, quelque mois à peine après la campagne demandant le pardon d’Obama pour l’ancien analyste et quelque jours seulement après les sanctions américaines contre la Russie dans le cadre du piratage de l’élection américaine.