Edward Snowden peut-il obtenir le pardon de Barack Obama ?

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Par Elodie le

Pardon Snowden, c’est la campagne lancée par trois associations de défense des libertés civiles pour demander à Barack Obama de gracier le lanceur d’alerte Edward Snowden, qui révéla au monde entier le système de surveillance et d’écoute de la NSA. Un vœu pieux ?

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Est-ce la campagne de la dernière chance pour obtenir le pardon du président américain pour Edward Snowden ? Le timing semble parfait. L’asile politique obtenu par Snowden court jusqu’à la mi-2017, et si des possibilités de prolongation existent, le lanceur d’alerte n’a jamais caché son souhait de rentrer au pays.

Dans quelques mois, Barack Obama quittera le bureau ovale, remplacé par son ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton ou par le Républicain Donald Trump, avec peu d’espoir que l’un ou l’autre accorde un jour une quelconque grâce au jeune lanceur d’alerte réfugié depuis trois ans en Russie.

La campagne de la dernière chance ?

La première s’est toujours montrée très dure envers l’ancien analyste de la NSA, et le fait qu’il ait choisi la Russie comme pays d’accueil, que la candidate abhorre, ne joue pas en sa faveur. Quant à Trump, il estime tout simplement qu’Edward Snowden est une « mauvaise personne » et qu’il devrait être assassiné.

Le temps presse et la fenêtre de tir est donc réduite pour les soutiens de Snowden. Le 14 septembre, l’ACLU (American Civil Liberties Union), la toute puissante Association américaine pour les Libertés civiles, Amnesty International et l’organisation Human Rights ont donc lancé la campagne Pardon Snowden et ouvert une pétition pour obtenir le pardon présidentiel.

Parmi ses soutiens ? Le cofondateur d’Apple, Steve Wozniak, Lawrence Lessing, le lanceur d’alerte Daniel Ellsberg (Pentagone leaks), George Soros, mais aussi les acteurs Danny Glover (L’Arme Fatale), Daniel Radcliff (Harry Potter), Viggo Mortensen et Susan Sarandon, la réalisatrice Laura Poitras, oscarisé pour le documentaire Citizenfour (notre critique) ou encore Noam Chomsky.

La lettre de la pétition interroge sur les conséquences de ces révélations. Pour ses soutiens, elles ont concouru à plus de transparence, de démocratie et ont servi l’intérêt général, celui des Américains mais aussi des citoyens du monde entier.

Traitre ou héros ?

C’est justement sur ce statut de lanceur d’alerte que tout se joue, cette l’éternelle question en écho : traitre ou héros ?

Trois ans après, les opinions sont toujours aussi tranchées. Du côté de l’administration américaine et du renseignement, c’est un traître à la nation qui a mis des vies en danger, sans que cela n’ait jamais été prouvé. De l’autre, c’est un héros qui a mis un frein aux pratiques décomplexées et illégales de l’agence de sécurité nationale américaine depuis les attentats du 11 septembre.

Avec cette campagne, l’ACLU espère prouver que « les Américains soutiennent Snowden », il lui faudra bien plus que les 60 000 signatures espérées pour fendre le blindage de la Maison Blanche. Même avec d’illustres soutiens et d’autres pontes de la Silicon Valley qui militeraient en ce sens.

La NSA n’a été réformée – a minima – que sous la pression de la communauté internationale et les révélations sur l’espionnage de ses alliés, plus que par acte de contrition véritable.

Snowden souhaite retrouver la mère patrie

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Derrière le pardon présidentiel, c’est également le retour d’Edward Snowden aux États-Unis qui est en jeu. Le jeune homme n’a jamais caché son souhait de retourner au pays, mais pas à n’importe quelles conditions.

Plus que l’absolution, Snowden souhaite bénéficier d’un procès équitable face à un jury populaire, quand il est encore question d’un procès risqué (si ce n’est suicidaire) devant un tribunal militaire pour haute trahison. Snowden reste inculpé d’espionnage, de vol et d’utilisation illégale de biens gouvernementaux, deux de ces délits tombent sous le coup de l’Espionage Act.

En 2013, la cour martiale a condamné Chelsea Manning à 35 ans de prison pour avoir transmis près de 700 000 documents américains classés confidentiels à Wikileaks, contre les 60 ans requis par le procureur militaire pour avoir « trahi les États-Unis ».

Edward Snowden et Glenn Greenwald dans Citizenfour
Edward Snowden et Glenn Greenwald dans Citizenfour

Si la peine de mort a été exclue par Eric Holder, alors Ministre de la Défense, Snowden n’en risque pas moins la prison à vie pour haute trahison. Les États-Unis ont bien voté une loi de protection pour les lanceurs d’alerte des agences de renseignement, mais ont pris soin d’en exclure Snowden.

Procès ou tribunal militaire ?

L’ancien ministre a depuis estimé que « ses actions ont stimulé un débat nécessaire ».

« On peut toujours discuter de la façon dont Snowden a fait ce qu’il a fait, mais je pense qu’il a en réalité rendu un service public en soulevant le débat dans lequel nous nous sommes engagés, et grâce auquel nous avons fait des changements ».
« Il a violé la loi. […] Je pense qu’il doit y avoir une conséquence à ce qu’il a fait. Mais je pense qu’en décidant de ce que devrait être la bonne peine, un juge pourrait prendre en compte l’utilité d’avoir eu ce débat national ». « Il faut qu’il prenne un avocat, qu’il revienne, et qu’il décide de ce qu’il veut faire : aller en procès ou essayer de négocier un accord »

Officiellement, du côté de l’administration Obama et du monde du renseignement, il n’est aucunement question d’infléchir sa position concernant l’ancien analyste. La sécurité nationale prime sur le reste, accorder son pardon à Snowden reviendrait à discréditer le travail des agences de renseignement et faire de lui un lanceur d’alerte.

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Il n’en est toujours pas question. La Maison Blanche vient d’annihiler tout espoir de pardon alors que la campagne n’en est qu’à son commencement.

Le statut de lanceur d’alerte en question

Aujourd’hui, un porte-parole de l’administration Obama réitère les arguments maintes fois déployés : Edward Snowden « n’est pas un lanceur d’alerte », ses révélations ont fragilisé les États-Unis et mis la vie d’Américains en danger (toujours aucune preuve publiée).

« Son attitude a mis des vies américaines en danger. Il devrait rentrer aux États-Unis pour répondre des très graves poursuites dont il fait l’objet », a déclaré Josh Earnest, porte-parole de l’exécutif. Pour être considéré comme un lanceur d’alerte, il aurait dû emprunter la voie réglementaire, celle qui permet aux agents « d’exprimer leurs inquiétudes » tout en protégeant « les secrets de sécurité nationale des États-Unis ».

Il est permis de douter des suites qui auraient été données à cette signalisation. Mais passons.

Avec cette sentence, l’administration américaine adresse également un message aux autres agents qui se sentirait des velléités de transparence. Pas de clémence.

En juillet 2015, Lisa Monaco, conseillère à la sécurité intérieure auprès de la présidence, avait déjà balayé d’un revers de la main tout pardon présidentiel après qu’une pétition en sa faveur avait réuni 167 000 signatures. « En ce moment, il fuit les conséquences de ses actes », avait-elle déclaré, estimant qu’« il devrait rentrer aux États-Unis, pour y être jugé par ses pairs et non pas se cacher derrière un régime autoritaire ».

A part une mobilisation internationale sans précédent, il reste peu d’espoir pour Edward Snowden de se voir accorder une quelconque grâce présidentielle. Si Obama semble enchaîner les mesures et déplacements symboliques (embargo cubain, déplacement au Japon, etc.), Snowden ne semble pas prévu au programme.