Snapchat et Instagram génèrent anxiété et dépression chez les jeunes

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Par Elodie le

Anxiogène Instagram et Snapchat ? C’est ce que révèle une étude menée sur les plus jeunes utilisateurs de ces réseaux sociaux. Pourtant très populaires auprès des adolescents, ils concourraient à leur mal-être via une dépréciation de leur vie par rapport à celle, forcément plus enviable, des autres.

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capture d’écran

Masochistes les adolescents ? Alors que Snapchat reste le réseau social le plus populaire auprès des adolescents (16,5 ans de moyenne d’âge) et que la part des 12-24 ans à utiliser Snapchat ou Instagram ne cesse d’augmenter, une étude menée par la Royal Society for Public Health (RSPH) indique que les deux réseaux sociaux sont les pires en matière de bien-être et de santé mentale pour les 12-24 ans.

Les causes ne sont pas à chercher bien loin : la tyrannie du like, la dictature du cool, une société tournée vers l’image et la recherche de la perfection, des corps, mais aussi des vies, le tout passé sous une bonne couche de filtres.

Dictature du like et dépression

1479 adolescents de 14 à 24 ans appelés à s’exprimer ont répondu à une série de questions sur la santé et le bien être ressentis en utilisant divers réseaux sociaux (sentiment de solitude, anxiété, dépression ou au contraire, compréhension, compassion, soutien, etc.). En fonction des réponses données, une note était attribuée au réseau social : YouTube arrive en tête des réseaux sociaux à l’impact le plus positif, suivi sur le podium par Twitter et Facebook. Snapchat et Instagram arrivent bon derniers, deux réseaux sociaux résolument tournés vers l’image et l’apparence.

capture d’écran – RSPH

Rien d’étonnant à cela pour Shirley Cramer, directrice du RSPH, il y a un lien entre les réseaux sociaux et la santé mentale des jeunes.

« Les plateformes qui sont censées aider les jeunes à se connecter entre eux peuvent effectivement alimenter un problème de santé mentale ».

Un risque pour la santé mentale des jeunes

En 25 ans, le taux d’anxiété et de dépression chez les jeunes a augmenté de 70 %. et les témoignages recueillis par l’étude sont édifiants :
« Cela augmente mon niveau d’anxiété [..] je suis constamment préoccupé par ce que les autres pensent de mes publications et de mes photos », indique l’un. Un autre indique que le temps passé sur ces applications est du temps perdu pour réviser, faire ses devoirs ou interagir avec les membres de sa famille et ses amis. Bonus : le temps de sommeil perdu par nuit.

Enfin, une autre personne interrogée estime que la plateforme Instagram amène « les filles et les femmes à penser que leur corps n’est pas aussi bien que celui des gens qui ajoutent des filtres ou modifient leurs photos pour le rendre « parfait ».

Comparaison et désespoir

Une utilisation excessive des réseaux sociaux qui conduit à un autre mal selon la RSPH, le « désespoir par comparaison » :

« Le fait de voir en permanence des amis en vacances ou sortir peut amener les jeunes à se sentir exclus alors que d’autres profitent de la vie. Ces sentiments peuvent provoquer une attitude de « désespoir par comparaison » chez les jeunes. »

N’importe quelle vie peut paraître banale à côté d’un compte passé sous filtre où les moments sont spécialement choisis pour mettre en valeur sa propre personne.

Me, myself and I

En 2016, 3 Français sur 4 assuraient partager leur bonheur sur les réseaux sociaux, selon un sondage Ipsos commandé par l’Observatoire du bonheur. Un bonheur qui peut générer un sentiment d’exclusion.

Dans le même temps, 1 personne sur 10 déforme la réalité sur les réseaux sociaux pour s’attirer plus de likes ou enjoliver la réalité de son existence (mentir sur son activité, l’endroit où l’on se trouve, etc.)

L’étude de la RSPH estime ainsi que « Les attentes irréalistes provoquées par les réseaux sociaux peuvent pousser les jeunes à des sentiments de gêne, de mauvaise estime de soi et une recherche de perfection qui peut prendre la forme de troubles d’anxiété. »

Responsabilité et sensibilisation

Loin de jeter l’opprobre sur les réseaux sociaux, la RSPH appelle surtout à une responsabilisation des différents acteurs pour limiter les dérives, via des campagnes de sensibilisation par exemple, et ne manque pas de souligner les aspects positifs que l’on peut tirer de l’utilisation de tels outils (liberté d’expression, estime de soi notamment).

L’identification des photos retouchées sur les plateformes serait une avancée pour la Royal Society for Public Health.

En Europe, le Parlement européen étudie la possibilité d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, mais dans un souci de protection des données personnelles et de la vie privée des internautes les plus vulnérables.

Les réseaux sociaux sont aussi à la manœuvre pour juguler le phénomène de harcèlement en ligne, comme le bodyshaming. Facebook a récemment mis en place une I.A. capable de prévenir les suicides en détectant les publications jugées inquiétantes.

De son côté, Instagram permet désormais de désactiver les commentaires sur certains posts.