Ce qu’il faut retenir des propositions du mathématicien Cédric Villani sur l’intelligence artificielle

Le mathématicien et député LREM, Cédric Villani, a présenté son rapport commandé par le gouvernement en septembre dernier et dans lequel il détaille ses propositions en faveur du développement de l’intelligence artificielle, à l’heure où inquiétudes et enjeux s’entremêlent.

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Présente partout, objet de fantasmes, l’intelligence artificielle est sur toutes les lèvres. Saluée pour sa recherche, la France n’en reste pas moins à la traine face aux géants technologiques américains ou chinois. Ces derniers investissent nos contrées, à l’instar de Facebook et Google qui ont tous deux installé leur laboratoire de recherche en intelligence artificielle, mais sans que la France parvienne à capitaliser sur leur venue à hauteur du bénéfice qu’ils en retirent (recherche, compétences, optimisation fiscale).

En septembre dernier, le gouvernement Philippe commandait un rapport sur l’IA au lauréat de la prestigieuse médaille Fields (le Nobel des mathématiques), Cédric Villani, afin de « dresser une feuille de route sur l’IA ». Le rapport de 240 pages met en exergue quatre domaines de développement dont le développement économique et industriel appelle avec instance une aide de l’État : la santé, la mobilité (transports), l’environnement et la défense et la sécurité.

La France doit s’imposer

Autant de secteurs « dans lesquels notre industrie peut sérieusement envisager de jouer un rôle de premier plan au niveau mondial et concurrencer les géants extra européens ».

L’un des enjeux qui ressort de son rapport est la nécessité de favoriser l’accès aux données et leur interconnexion pour développer services et applications. Aujourd’hui, cet accès est rendu très contraignant par les autorisations qu’il requiert. Or, l’intelligence artificielle a besoin d’importantes bases de données pour fonctionner. C’est notamment le cas de tous les projets de machine learning.

Le rapport préconise donc de mettre en place « une politique de la donnée offensive qui vise à favoriser son accès, son partage et sa circulation » en France, mais aussi à l’échelle européenne.

Une politique offensive sur les données

« [La France] doit pouvoir rivaliser avec la Chine et les États-Unis, tout en protégeant ses citoyens et en montrant la voie sur les questions éthiques, environnementales et de transformation sociale », explique-t-il au Monde.

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Dans le secteur de la santé, Villani prône « la mutualisation des données », mais pas la création d’un mégafichier rassemblant l’ensemble des données anonymisées des Français.

Mais c’est surtout dans le domaine de la recherche que l’accent doit être mis. En effet, si l’excellence de nos chercheurs n’est plus à démontrer, les infrastructures françaises ne permettent pas de les retenir.

La recherche doit être valorisée

Si le rapport mise sur un triplement du nombre de personnes formées aux technologies de l’intelligence artificielle d’ici 2020, afin de doter la France des meilleurs spécialistes, encore faut-il les garder, alors qu’ils représentent un vivier de choix pour les multinationales de la tech.

Villani appelle à la création d’« un réseau de recherche d’excellence », véritables « zones franches de l’IA » avec « allègement drastique des formalités administratives du quotidien, compléments de salaire conséquents, aides pour l’amélioration de la qualité de vie », où se croiseraient les spécialistes – français et étrangers – de plusieurs disciplines.

L’IA au service de l’humain

Pour le Dr Laurent Alexandre, auteur du livre La Guerre des Intelligences, « quand on a un tsunami technologique, il y a plein de gens à former à des métiers qu’on ne connait pas encore, il faut que le système de formation soit très réactif et fasse de la veille technologique. Il faut des spécialistes de l’intelligence artificielle au sein de l’Éducation nationale ».

Contrairement à Stephen Hawking hier, et Elon Musk encore aujourd’hui, Cédric Villani ne se dit pas effrayé par l’intelligence artificielle, bien au contraire : « Elle apportera des améliorations aux citoyens : de meilleurs diagnostics, des transports améliorés, autonomes ou pas, des consommations d’énergie moins importantes. Mais, comme toute technologie, si elle est mal utilisée, elle ne sera pas bénéfique ». Il prévient cependant, « L’IA ne peut pas être une nouvelle machine à exclure », que ce soit par le biais des algorithmes ou par le manque de mixité dans le secteur : « Ce manque de diversité peut conduire les algorithmes à reproduire des biais », insiste le rapport.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement qui présentait, ce jeudi 29 mars lors du sommet sur l’IA au Collège de France, son plan pour l’intelligence artificielle made in France.