Pourquoi votre cerveau ne peut pas gérer le smartphone au volant

Science

Par Anne Cagan le

Vous avez l’impression d’être un pro du multitâche ? Vous vous trompez.

Image par natura_photos de Pixabay

On surfe en marchant, on textote aux toilettes…armés de nos smartphones, nous avons le sentiment d’être de vrais pros du multitâche. Mais clairement, les autorités ne partagent pas cet avis. Vendredi 22 mai, de nouvelles mesures sanctionnant l’usage du téléphone au volant sont entrées en vigueur. Les conducteurs qui s’exposent en effet désormais à un retrait de permis de 72h à un an. Une sanction trop sévère ? Pas sûr. Comme nous l’explique David Strayer, chercheur en sciences neuronales et cognitives à l’université de l’Utah, “les humains sont mauvais en multitâche. C’est lié à l’organisation de notre cerveau. En réalité, nous ne traitons pas les tâches simultanément. Nous switchons de l’une à l’autre”. Et le fait de basculer d’une tâche à l’autre peut être plus ou moins ardu, selon leur degré de complexité, notre état de fatigue etc.

Les conducteurs aguerris se diront bien sûr que piloter sa voiture n’a rien de sorcier. La conduite est en effet une activité que l’on peut jusqu’à un certain degré “automatiser” à mesure qu’on la pratique. C’est ce qui fait qu’une personne expérimentée n’a plus besoin de réfléchir à la façon dont elle va s’y prendre pour passer une vitesse. “Mais cette sensation d’aisance peut être trompeuse, nous confie Paul Brazzolotto, docteur en psychologie cognitive et chargé d’étude au sein de l’agence de conseil COG’X. La conduite reste une activité très complexe au cours de laquelle nous devons traiter énormément d’informations”. David Strayer pointe d’ailleurs plusieurs études suggérant que les conducteurs “multitâche” ont tendance a observer un périmètre plus restreint de la route. Ils tentent généralement moins souvent d’anticiper ce qui peut se passer (en vérifiant la présence de piétons à l’approche un passage par exemple) et ont plus de mal à identifier des objets situés dans leur champ de vision. Ils ont également tendance à moins bien évaluer la vitesse des véhicules approchant ou leur éloignement. Plus inattendu, nous précise le chercheur en sciences neuronales et cognitives à l’université de l’Utah, lorsque conducteur a terminé son activité parallèle, il continue d’être distrait “pendant au moins 27 secondes”.

Le problème c’est que les smartphones sont également gourmands en ressources cognitives (traitement d’infos auditives lors d’un appel, de données visuelles avec les messages, etc.). D’où les risques élevés lorsqu’on tente de mélanger ces deux activités. Rassurons cependant ceux qui ont de long trajets : écouter la radio ou un audiobook pose moins de problèmes. “Et s’il s’agit de musique sans paroles ou dans une langue qu’on ne connaît pas, l’impact sera encore réduit” nous précise le docteur en psychologie cognitive Paul Brazzolotto. Son dernier conseil pour éviter les accidents routiers : “Ne pas négliger les pauses. On pense toujours que c’est pour lutter contre la fatigue mais pas du tout, enfin pas uniquement. C’est parce que l’attention décroît mécaniquement quand on fait la même tâche et que l’on sollicite donc les mêmes zones cérébrales pendant plusieurs heures. Pour les redynamiser, il faut en utiliser d’autres pendant un moment.” Une courte balade sera le mieux pour recharger les batteries. Mais bon, si vous vous jeter un œil à votre smartphone avant de reprendre la route, on ne dénoncera personne…