Le coronavirus du COVID-19 aurait muté chez des visons au Danemark

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Par Felix Gouty le

Le Danemark a pris la décision d’abattre 15 à 17 millions de visons d’élevage après la contamination avérée d’au moins 12 personnes par le biais d’un de ces animaux. Ces derniers auraient été infectés par le coronavirus SARS-CoV-2, lequel aurait muté.

Crédits : toadienaulls / Pixabay.

À chaque fois qu’un virus se réplique pour se multiplier et conquérir d’autres cellules cibles puis d’autres hôtes, il mute. Certaines mutations n’ont aucune incidence sur son fonctionnement ou sa forme. D’autres, plus rarement, ouvrent plus largement son champ des possibilités d’infection. L’une de ses mutations, qui donnent ainsi lieu à des souches différentes d’un même virus, est actuellement en circulation au Danemark après que le coronavirus SARS-CoV-2 ait infecté des visons.

D’une zoonose à l’autre

Cette semaine, les autorités danoises ont recensé au moins 12 personnes contaminées par ces mustélidés de cinq élevages distincts. Le Danemark est en effet le premier producteur mondial de fourrure de vison. Face à cette nouvelle souche, transmise d’un nouvel animal à l’humain, il a cependant pris la décision d’abattre les 15 à 17 millions de visons du pays. Par ailleurs, le nord du Jutlang, une région de l’ouest du pays, et ses sept communes (Laesø, Frederikshavn, Hjørring, Brønderslev, Jammerbugt, Thisted et Vesthimmerland) ont été mises sous cloche jusqu’à nouvel ordre.

Comme le remarque un article très complet du site de France Info sur le sujet, ce n’est en réalité pas la première fois que le coronavirus du COVID-19 parvient à infecter des visons. Plusieurs élevages aux Pays-Bas, en Espagne, aux États-Unis et, même, déjà en juin au Danemark ont été fermés ces derniers mois et ont été accompagnés, chez le premier, d’un abattage massif de ces animaux. Une étude avait même été menée, par la suite, soulignant que les conditions d’élevage (favorisant une grande densité d’animaux, susceptibles d’attraper le virus) et la propension de cette espèce (Neovison vison, majoritaire dans les élevages) à attraper des virus respiratoires humains réunissaient des conditions idéales pour une telle transmission. Néanmoins, les cas de transmission zoonotique (d’une espèce à une autre, en l’occurrence d’un vison à un humain) relevés au Danemark sont les premiers.

Une nouvelle souche virale qui inquiète

Désormais guéris selon les autorités de santé locales, ces malades ont malgré tout porteurs d’une souche qui différerait légèrement de la plupart des souches virales de COVID-19 en circulation à l’heure actuelle parmi la population humaine européenne. Le ministre danois de la Santé, Magnus Heunicke, a déclaré que cette mutation du coronavirus SARS-CoV-2 issue des visons « ne réagit pas autant aux anticorps [anti-SARS-CoV-2 formés par l’immunité humaine ; ndlr] que le virus ‘normal’ : les anticorps ont toujours un effet, mais ne sont pas aussi efficace. » La Première ministre, Mette Frederiksen, se dit très inquiète d’une éventuelle propagation en masse de cette nouvelle souche virale. « Le virus muté via les visons peut créer le risque que le futur vaccin (contre le COVID-19) ne fonctionne pas comme il le doit », a-t-elle déclaré selon France Info.

Les quelques vaccins actuellement en préparation se basent en effet sur d’autres souches du virus, encore en circulation mais datant pour certaines d’il y a plusieurs mois. Rien n’est donc sûr quant à son efficacité contre le virus muté danois. Cependant, il faudrait d’abord que cette nouvelle souche se propage en masse dans la population humaine et pour cela, en quelque sorte, qu’elle s’y plaise assez pour « remplacer » les souches actuelles. « Le fait que quelques mutations aient été observées chez les visons ne changera pas les souches en circulation chez l’homme, estime le François Balloux, professeur en génétique à Londres, sur Twitter (et relayé par le média français). Si elles favorisaient la transmission du virus vers l’homme, (ces souches) auraient déjà une haute fréquence (parmi la population). »

Grippe aviaire : le retour d’une autre maladie zoonotique ?

Par ailleurs, comme le rapporte Le Monde, les autorités françaises ont placé 46 départements en alerte de risque élevé de contamination à la grippe aviaire (due, notamment, par la grippe de type A souche H5N1). Tous les éleveurs de volaille des régions concernées doivent éviter au maximum les contacts avec les animaux, de confiner ceux qui évolueraient à l’air libre et, pour les autres, de placer, si besoin, des filets de protection. L’épizootie actuelle (une épidémie animale) se serait propagée par le biais d’oiseaux sauvages migratoires, partis de la Russie et du Kazakhstan cet été pour rejoindre l’Europe de l’ouest dont, notamment, les Pays-Bas.