Depuis quelques jours, Netflix n’a plus vraiment la cote auprès de ses abonnés français. Longtemps brandie comme une menace, la fin du partage de compte a finalement été actée dans l’Hexagone le 23 mai dernier. Depuis cette date, les squatteurs ne peuvent plus accéder à son catalogue, l’accès à un profil étant réservé aux personnes vivant sous le même toit que le payeur. Selon ses estimations, dans le monde, pas moins de 100 millions d’utilisateurs ne paient pas leur propre abonnement. Ces usagers fantômes – qui en profitent gratuitement ou qui parfois partagent la note – représentent un important manque à gagner pour l’entreprise qui connaît quelques difficultés financières depuis un an.
Pour assurer la pérennité de son modèle économique, le service de streaming argue qu’il est essentiel de passer par de telles mesures. Cela n’empêche pas certains abonnés de largement partager leur mécontentement sur les réseaux sociaux, et même de quitter le navire en signe de rébellion. Autre réaction, plus surprenante cette fois-ci, la France Insoumise envisage de s’emparer du problème. C’est le député Louis Boyard qui l’a annoncé sur les réseaux sociaux. À travers une vidéo, il explique vouloir déposer une proposition de loi visant à empêcher Netflix d’appliquer de telles restrictions.
Parmi les arguments en faveur d’une telle mesure, on retrouve évidemment l’inflation et la hausse de la pauvreté en France. Estimée à 5,1 % par le ministère de l’Économie, la hausse des prix à la consommation pèse lourd sur les ménages français. Les dépenses culturelles comptent ainsi parmi les premières sacrifiées. “La vérité, c’est que lorsque l’on est deux ou trois sur un même compte, c’est que l’on n’a pas forcément les moyens de se payer son propre accès. Les jeunes en sont un bon exemple”. Selon une étude Kantar, publiée en janvier 2023, les 25-34 ans représentent 19 % des utilisateurs du service en France. Les 15-24 ans sont de leur côté 20 %. Les CSP+ (ayant un pouvoir d’achat supérieur à la moyenne) représentent 35 % des clients de l’entreprise américaine. Fait plus surprenant, seulement 13 % des usagers du service de streaming sont des étudiants.
TU DUM 🎶 @NetflixFR veut interdire le partage de compte ?
Je vais déposer une proposition de loi pour l’empêcher de le faire.
La pauvreté explose. Cette entreprise qui paye si peu d’impôts en France ne vous taxera pas davantage.
Partagez vos comptes et vive la solidarité ✌️ pic.twitter.com/hyfMpVuK5H
— Louis Boyard (@LouisBoyard) June 1, 2023
1,3 milliard de dollars de bénéfice net en 2022
Le député mentionne aussi le chiffre d’affaires de l’entreprise en 2022. L’année a été très difficile pour Netflix qui a récolté 8,16 milliards de dollars et réalisé un bénéfice net d’1,3 milliard. Cela représente une baisse de 18 % sur une année. Selon certains analystes, ces résultats tièdes ne pourraient d’ailleurs pas être compensés par la mise en place du partage de compte payant et de l’arrivée de la publicité sur l’offre low-cost. C’est du moins ce qu’indiquait Paul Verna à Insider Intelligence (relayé par Ouest France) en janvier dernier.
Reste à voir désormais si la proposition de Louis Boyard signera le retour du partage de compte dans nos vertes contrées. Une chose est certaine, une vague de départ est à prévoir au cours des prochaines semaines. Netflix ne s’en inquiète pas outre-mesure. La plateforme indiquait récemment à ses actionnaires s’attendre à de nombreuses résiliations sur les marchés concernés avant un retour à la normale et une nouvelle hausse de son nombre d’abonnés. C’est le catalogue et l’intérêt du public pour celui-ci qui jouera.