C’est une campagne publicitaire qui est à l’origine de tout. En 2024, alors que la France est en pleine controverse sur les PFAS, le groupe SEB et sa filiale Tefal, leaders français des ustensiles de cuisine, se lancent dans une vaste opération de communication commerciale, assurant que leur “revêtements antiadhésifs sont reconnus comme étant sûrs”. Un discours publicitaire jugé mensonger, alors que les polluants éternels inquiètent de plus en plus. Le 9 juillet 2025, France Nature Environnement (FNE), Générations Futures et l’Association citoyenne et laïque des consommateurs (ACLC) ont annoncé avoir saisi le tribunal judiciaire de Paris.
Les PFAS, c’est quoi ?
Les alkyls perfluorés et polyfluorés regroupent plusieurs milliers de produits chimiques, accumulés au fil des siècles dans l’environnement et le corps humain. Surnommés polluants éternels en raison de leur impressionnante longévité, ils sont accusés d’entraîner de sérieux problèmes de santé, comme des lésions hépatiques, des maladies thyroïdiennes, de l’obésité, des problèmes de fertilité et des cancers. Outre l’eau, les PFAS se retrouvent aussi dans certains ustensiles de cuisine contenant des revêtements en Téflon, mais aussi dans les emballages en carton imperméabilisés, comme les pailles en carton, les emballages de pizza. Les cosmétiques et la mode ne sont pas épargnés : les tubes de crème et les tissus imperméabilisés, comme les coupes-vent et les canapés par exemple, sont aussi concernés.
Au cœur de la plainte, les associations dénoncent le message trompeur affiché par Tefal, décliné sur des affiches, des vidéos et le site internet de la marque. SEB mettait en avant l’utilisation du PTFE (polytétrafluoroéthylène, connu sous le nom de Téflon), affirmant qu’il ne contient pas de PFOA, un autre PFAS désormais interdit. Or, selon les plaignants, cette communication omet de mentionner les risques associés au PTFE lui-même, tant pour la santé humaine que pour l’environnement, tout au long du cycle de vie des produits. Plusieurs études récentes pointent les effets nocifs potentiels des microparticules de PTFE, notamment des inflammations et perturbations métaboliques. De plus, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) estime qu’il n’existe pas suffisamment de données pour classer le PTFE comme cancérogène, mais ne le considère pas pour autant comme “sûr” pour la santé.
Un lobbying intense et une loi édulcorée
L’affaire s’inscrit dans un contexte législatif tendu. Au printemps 2024, une proposition de loi visant à interdire les PFAS dans de nombreux produits, dont les ustensiles de cuisine, a été débattue au Parlement. Face à la mobilisation des industriels, dont SEB, les ustensiles de cuisine ont finalement été exclus du texte promulgué en février 2025.
La plainte vise à faire reconnaître le caractère trompeur de la communication de SEB et à obtenir l’interdiction de telles pratiques. Les associations réclament également une information transparente sur la présence de PFAS dans les produits de consommation et sur leurs impacts. Pour le groupe SEB, l’enjeu est de taille. L’affaire pourrait faire jurisprudence et accélérer la transition vers des alternatives plus sûres, déjà disponibles sur le marché.
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