Le gouvernement et les acteurs du secteur bancaire s’apprêtent à généraliser le retrait d’espèces directement en magasin, une pratique déjà encadrée mais encore limitée à certaines enseignes et clients spécifiques. À terme, plus de 27 000 commerces pourraient devenir de véritables relais bancaires de proximité, notamment dans les zones rurales où les distributeurs se font rares.
Une disparition progressive des DAB traditionnels
En 2024, seule une commune sur cinq dispose encore d’un distributeur, et la tendance est à la baisse depuis plusieurs années. Pour éviter une fracture de l’accès au cash, la Fédération bancaire française et plusieurs réseaux comme La Poste ou le Crédit Agricole veulent élargir ce service. Les clients d’une carte bancaire, quelle que soit leur banque, pourront retirer entre 20 et 100 euros lors d’un passage en caisse, tout simplement en insérant leur carte dans le terminal du commerce et en saisissant leur code.
Le principe n’est pas nouveau car certains supermarchés et stations-service proposent déjà ce service, mais sous conditions et souvent réservé aux clients qui règlent un achat. La nouveauté, à partir de 2026, tient à l’universalité du dispositif : le retrait sera possible sans obligation d’achat et dans un réseau beaucoup plus dense, couvrant à la fois bureaux de poste, relais de banques mutualistes et petits commerces partenaires. Un coup de pouce bienvenu pour des villages privés de distributeurs depuis parfois plus de dix ans.
Une nouvelle source de trafic pour les commerces
La rémunération pour assurer ce service n’est pas encore harmonisée et dépend aujourd’hui des accords entre chaque point de vente et sa banque partenaire. Beaucoup espèrent que l’encadrement annoncé permettra de garantir un revenu fixe ou une commission sur chaque retrait, histoire de compenser les éventuels risques de gestion de trésorerie et de sécurité.
L’enjeu est aussi technique puisque l’Union européenne a imposé de nouvelles règles d’accessibilité pour les distributeurs automatiques installés à partir de juin 2025, afin de mieux répondre aux besoins des personnes en situation de handicap. Les points de retrait en magasin devront eux aussi se conformer à certaines normes pour garantir la confidentialité et la sécurité des opérations, notamment lors de la saisie du code confidentiel, un point sensible dans un environnement qui n’est pas un guichet bancaire classique.
Reste à savoir si cette ouverture du “cash-in-shop” suffira à enrayer la baisse continue de l’usage des espèces. Les paiements par carte, sans contact ou mobile, représentent désormais près d’un acte sur deux en France, mais une large majorité de Français disent rester attachés au liquide pour leurs dépenses courantes. À moyen terme, la capacité à maintenir un accès facile au cash est devenue un symbole de lutte contre l’exclusion bancaire et un enjeu politique, surtout dans les zones rurales où le commerce de proximité joue déjà un rôle de service public.
En attendant, l’expérimentation lancée ces derniers mois semble convaincre les enseignes partenaires. Si le modèle trouve son équilibre économique, le retrait d’espèces en magasin pourrait s’imposer comme le chaînon manquant entre la banque classique et le commerce de demain.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.