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Pokémon vient-il d’éliminer tout risque de concurrence avec ce dépôt de brevet ?

Nintendo et The Pokémon Company ont décroché un nouveau brevet américain qui fait grincer des dents dans l’industrie du jeu vidéo.

Le 2 septembre dernier, l’Office américain des brevets et des marques (USPTO) a accordé à Nintendo et The Pokémon Company un brevet faisant polémique dans le domaine du JV. Sur le papier, ce document semble donner aux géants japonais un contrôle total sur la mécanique d’invocation de personnages secondaires.

La nouvelle a immédiatement provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Comment peut-on breveter une mécanique aussi ancienne que les JRPGs eux-mêmes ? Des dizaines de franchises utilisent ce système depuis des décennies, de Final Fantasy à Digimon en passant par Persona. Kirk Sigmon, avocat spécialisé dans les brevets de jeux vidéo, qualifie cette situation d’« échec embarrassant du système de brevets américain ». Seulement, la réalité est un peu plus nuancée que ça.

Un brevet technique et non pas conceptuel

La véritable portée de ce brevet réside dans ses détails techniques. Nintendo n’a pas breveté l’idée générale d’invoquer des créatures pour combattre. Le document protège un système très spécifique qui ressemble à la mécanique de gameplay introduite dans Pokémon Écarlate et Violet appelée « Let’s Go »

Le brevet décrit une logique où le jeu décide automatiquement du type d’interaction à déclencher selon le contexte. Quand un joueur envoie son Pokémon directement sur un autre, un combat classique s’engage. Sinon, le Pokémon se déplace automatiquement et combat de façon autonome en mode auto battle. Cette distinction technique change complètement la donne. Charles Duan, professeur de droit spécialisé en brevets logiciels, explique que ce système rappelle davantage les mécaniques militaires de StarCraft que les invocations traditionnelles des RPG. Dans ce jeu de stratégie, les joueurs donnent des ordres d’attaque-déplacement à leurs unités, qui agissent ensuite de manière semi-autonome.

Le brevet ne menace donc pas directement les mécaniques d’invocation existantes, tant qu’elles n’utilisent pas exactement la même logique technique. Un développeur peut toujours créer un système où le joueur contrôle directement ses créatures invoquées, ou dans un système de combat au tour par tour plus classique.

Une technique pour détruire Palworld ?

Ce dépôt de brevet s’inscrit clairement dans la guerre que mène Nintendo et la Pokémon Company contre Palworld et plus récemment encore, l’exemple du studio derrière Genshin Impact. Le jeu de Pocketpair, surnommé « Pokémon avec des armes », a connu un succès phénoménal en début d’année 2024, malgré le fait qu’il ai été prouvé que le studio réutilisait des assets venant directement de Pokémon. Face à cette menace directe, Nintendo a sorti l’artillerie lourde et poursuit déjà le studio japonais devant les tribunaux nippons pour violation de brevets.

Le timing de ce nouveau brevet américain n’a rien de surprenant. Déposé en mars 2023, soit plusieurs mois avant la sortie de Palworld, il semble taillé sur mesure pour couper l’herbe sous le pied du concurrent. D’ailleurs, Pocketpair a déjà modifié certaines mécaniques de son jeu pour éviter d’éventuelles poursuites aux États-Unis. L’inquiétude dépasse largement le cas Palworld. Florian Müller, activiste spécialisé en propriété intellectuelle, souligne que ce brevet crée une zone d’incertitude juridique massive. Même des jeux techniquement différents pourraient risquer des poursuites, simplement parce que la formulation du brevet reste suffisamment large pour diverses interprétations.

Souvenez-vous de l’exemple Warner Bros avec le système Nemesis

Nintendo n’invente rien avec cette approche. Warner Bros a ouvert la voie en 2021 en décrochant un brevet sur le système Nemesis de Middle-earth l’ombre du Mordor. Cette mécanique révolutionnaire permettait aux ennemis de se souvenir de leurs rencontres avec le joueur, évoluant en conséquence pour créer des rivalités personnalisées uniques. Le studio avait bataillé six ans pour obtenir ce brevet et l’une des innovations les plus marquantes du jeu vidéo reste maintenant verrouillée jusqu’en 2036.

Le gâchis devient encore plus flagrant depuis que Warner Bros a fermé Monolith Productions, le studio créateur du système. Cette mécanique géniale dort maintenant dans les tiroirs juridiques, privant l’industrie de cette excellente mécanique. Est-ce qu’une mécanique de gameplay devrait vraiment pouvoir faire l’objet d’un brevet ? Il y a de quoi se poser la question ici.

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