Encelade, cette lune de Saturne connue pour ses geysers de glace et son immense océan souterrain, n’a pas fini de nous émerveiller ; une nouvelle étude vient de démontrer l’existence de réactions chimiques complexes qui pourraient être associées à une activité biologique.
Ces travaux sont largement basés sur la campagne de Cassini, la formidable sonde de la NASA qui a passé plus de dix ans à étudier Saturne et son voisinage. Le 15 septembre 2017, elle a conclu son formidable périple en plongeant droit dans l’atmosphère de Saturne, avec un double objectif : collecter une dernière salve de données sur la géante gazeuse, mais aussi éviter de contaminer ses lunes, à commencer par Encelade.
Si la NASA a pris autant de précautions pour garder cette dernière intacte, c’est notamment parce qu’il s’agit d’un objet infiniment intéressant pour les astrobiologistes. Pendant sa mission, Cassini a permis de confirmer que la croûte gelée d’Encelade cachait un immense océan d’eau liquide. Un peu plus tard, elle a même détecté des signaux compatibles avec une activité hydrothermale au fond de cet océan — un environnement qui, sur Terre, abrite souvent de grandes populations de micro-organismes.

En d’autres termes, grâce à Cassini, Encelade s’est vite imposée comme une des principales candidates pour la recherche de vie extraterrestre. Et huit ans après son saut de l’ange spectaculaire, les chercheurs continuent de trouver de vrais trésors dans la montagne de données qu’elle a collectée ; une réanalyse de ces données, menée par une équipe internationale et publiée dans Nature Astronomy, vient de déboucher sur une découverte fascinante.
Des espèces chimiques complexes issues de l’océan souterrain
Les données en question concernent directement l’océan souterrain d’Encelade, et plus précisément les immenses geysers de glace qui en émergent. Ces derniers projettent régulièrement de grandes quantités de matériel qui provient directement des entrailles de la lune.
Entre 2004 et 2015, Cassini a eu plusieurs occasions d’analyser directement ce matériel, qui a tendance à se disperser dans les anneaux de Saturne. En analysant toutes ces données, les chercheurs de l’époque ont révélé la présence de molécules organiques, c’est-à-dire à base de carbone — des espèces chimiques indispensables à l’émergence de la vie telle qu’on la connaît sur Terre.
Le problème, c’est que ces grains de glace ont souvent passé plusieurs décennies en orbite autour de Saturne. Leur composition chimique a donc largement eu le temps d’être altérée. Pour aller plus loin, l’équipe de l’astrobiologiste Nozair Khawaja a décidé de lancer une nouvelle analyse d’une source beaucoup plus fraîche.
Spécifiquement, ils ont passé en revue les données que Cassini a collectées avec son Cosmic Dust Analyzer en traversant directement ces gigantesques panaches, qui peuvent s’élever à plus de 500 kilomètres au-dessus de la surface. Ces particules n’avaient passé que quelques minutes dans l’espace avant d’être interceptées par Cassini ; leur composition chimique est donc restée pratiquement intacte, et il s’agissait d’un échantillon bien plus représentatif de l’océan souterrain d’Encelade.
En les réexaminant avec de nouvelles méthodes plus fines qu’à l’époque, Khawaja et ses collègues ont identifié de nouvelles signatures chimiques inédites. En plus des composés déjà observés, ils ont trouvé des molécules plus complexes : des hydrocarbures dits aliphatiques, des éthers, et surtout des cycles oxygénés et azotés. Or, sur Terre, tous ces objets jouent souvent un rôle clé dans la formation de composés qui peuvent à leur tour conduire à l’émergence de formes de vie.
« Il existe de nombreuses voies possibles entre les molécules organiques que nous avons trouvées dans les données de Cassini et des composés potentiellement pertinents sur le plan biologique », explique Khawaja dans un billet de l’ESA.
Le futur El Dorado de l’astrobiologie ?
En d’autres termes, plus le temps passe, plus il devient évident que cette petite lune glacée réunit plusieurs des conditions essentielles à l’émergence du vivant : de l’eau liquide en abondance, une source d’énergie probable grâce à l’activité hydrothermale, et désormais une ribambelle de molécules organiques complexes.
Évidemment, il est encore beaucoup trop tôt pour affirmer qu’Encelade abrite effectivement des formes de vie. Mais ces nouveaux éléments ne font que renforcer son statut de laboratoire naturel exceptionnellement prometteur. Il ne reste donc plus qu’à patienter en espérant qu’une des nombreuses missions proposées, comme Enceladus Orbilander ou SWIM, se rende sur place pour répondre définitivement à cette question fascinante.
D’ici-là, nous pourrons au moins continuer d’explorer les fascinantes archives de Cassini, qui n’a toujours pas fini de nous faire rêver huit ans après sa disparition !
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