On pensait connaître la musique. Une console sort, puis au fil des années, son prix fond comme neige au soleil grâce aux améliorations de fabrication. Sauf que cette fois, c’est la tendance inverse qui se met en place, au grand dam des joueurs qui attendaient des baisses de prix avant de sauter le pas. La Xbox Series X affiche désormais 599,99 € contre 499,99 € à son lancement en novembre 2020. La PS5 Digital Edition grimpe à 499,99 € au lieu des 399,99 € initiaux. Du jamais vu.
Mat Piscatella de Circana Research, Piers Harding-Rolls d’Ampere Analysis et Chris Dring de GamesIndustry.biz sont analystes dans le domaine du JV et pour eux cela ne fait aucun doute, le marché des consoles traverse une crise inédite. Est-ce là le signe de la fameuse disparition des consoles qui est prophétisé depuis plusieurs années maintenant ?
La fin d’un modèle économique, maintenant au détriment du joueur
Microsoft et Sony ont toujours vendu leurs consoles à perte. Le principe était simple, il suffisait pour eux de perdre de l’argent sur le matériel pour en gagner sur les jeux et les abonnements. Cette stratégie fonctionnait quand les ventes explosaient. Problème, Microsoft ne doit pas vendre suffisamment comme le montre sa disparition des rayons parmi les plus grandes chaînes de distribution. Sans volume suffisant, impossible de compenser les pertes sur le hardware par les revenus des logiciels.
Les constructeurs privilégient maintenant la rentabilité immédiate. Fini le temps où on acceptait de perdre une centaine d’euros par console vendue en espérant se refaire plus tard. Cette époque appartient au passé selon Harding-Rolls, qui ne croit plus au retour des baisses de prix traditionnelles. Le cycle qui voyait les consoles perdre 50 % de leur valeur en fin de vie est bel et bien game over.
Les facteurs externes s’accumulent
L’inflation mondiale frappe depuis plusieurs années maintenant. Les tarifs douaniers américains de l’administration Trump alourdissent les coûts de production et d’importation. Les guerres commerciales perturbent les chaînes d’approvisionnement. Sony et Microsoft pointent tous deux ces conditions macroéconomiques difficiles pour justifier leurs hausses.
Mais est-ce que les deux constructeurs jouent franc-jeu ici ? L’ancien président de Blizzard, Mike Ybarra, refuse cette explication. Pour lui, Microsoft utilise les tarifs comme prétexte pour masquer des problèmes de rentabilité bien plus profonds. Les constructeurs choisissent d’augmenter les prix plutôt que d’absorber les coûts supplémentaires.
Les consoles deviennent un produit de luxe
Le vrai drame se joue ailleurs. Les consoles ne représentent plus la porte d’entrée dans le gaming. Ce rôle revient désormais aux smartphones et tablettes. Les consoles sont devenues des produits premium pour un public vieillissant qui a les moyens de se les offrir, la Gen Z représentant une infime partie des ventes de machines traditionnelles Xbox, PlayStation et Nintendo. Cette transformation des usages pose trois questions cruciales aux fabricants. Comment faire passer les joueurs du mobile vers les consoles ? Comment satisfaire une base de joueurs qui vieillit ? Et aussi, qu’est-ce qui différencie encore une console d’un PC ?
Pour Microsoft notamment, cette génération de machines accuse un retard de vente sur les précédentes. Aux États-Unis, les chiffres flirtent avec les pires années récentes. Un marché mature qui stagne pendant que les prix grimpent, ça dessine un cercle vicieux redoutable. La firme de Redmond a d’ailleurs pris une décision radicale en publiant ses jeux sur PlayStation 5. Quand on ne vend pas assez de consoles, autant vendre ses jeux à la concurrence. Cette stratégie affaiblit un pilier historique du business étant donné que les exclusivités restent encore un important moyen de levier pour favoriser l’achat d’une plateforme plutôt qu’une autre.
Est-ce la fin des consoles ?
Les analystes n’excluent pas de nouvelles hausses de prix. Personne n’ose prédire une baisse en 2025. Le seul point positif vient de la Nintendo Switch 2, qui cartonne avec plus de 6 millions d’unités vendues depuis sa sortie. Cette success story ne change rien au fond du problème, les consoles traditionnelles risquent prochainement de se heurter à un mur si la tendance continue dans ce sens.
Sony et Microsoft préparent leurs prochaines machines, mais dans quel contexte vont-elles débarquer ? Avec des consoles actuelles qui coûtent plus de 600 euros, le modèle traditionnel vacille sérieusement. Il faut cependant rester prudent sur les prévisions fantasques telles que « les consoles c’est fini ». Les usages dans le gaming mute simplement vers un écosystème fragmenté où les consoles restent présentes, mais ne dominent plus. Les consoles de salon deviennent une option premium parmi d’autres plutôt que le centre névralgique de l’industrie.
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