Fin octobre 2025, la CODA (Content Overseas Distribution Association) a publié une lettre officielle destinée à OpenAI. Derrière cet acronyme se cachent les plus gros calibres de l’entertainment japonais avec le Studio Ghibli, Square Enix, Bandai Namco, mais aussi Sony Music, Toei Animation ou encore Kadokawa.
Leur grief ? Sora 2, le générateur de vidéos par IA d’OpenAI et DALL-E le générateur d’image pillent du contenu qui ressemble sans aucun complexe à leurs œuvres. On parle de vidéos générées qui reprennent l’esthétique du studio Ghibli, des personnages qui sentent le plagiat à peine masqué, toujours avec le fameux filtre jaune si caractéristique de l’IA. Selon la CODA, cette reproduction massive pendant l’entraînement de l’IA constitue une violation pure et simple du droit d’auteur japonais.
Le problème dépasse largement Sora 2. Depuis le lancement de GPT-4o en mars 2025, les réseaux sociaux se sont retrouvés inondés d’images au style Ghibli. Sam Altman, le PDG d’OpenAI, arbore même sur son profil X un portrait dans ce style si particulier. Un clin d’œil qui passe mal au Japon, où on ne plaisante pas avec la propriété intellectuelle.
Le gouvernement japonais monte lui aussi au créneau. Le ministre de la Stratégie en matière de propriété intellectuelle et d’IA, Minoru Kiuchi, a qualifié les anime et manga de « trésors irremplaçables » représentant la fierté culturelle du pays. Son collègue du numérique, Masaaki Taira, a menacé de prendre des mesures restrictives si OpenAI refuse de coopérer. On sent que Tokyo commence vraiment à perdre patience.
Le choc des cultures juridiques
OpenAI joue sur un système d’opt-out. Concrètement, l’entreprise utilise tout ce qu’elle trouve sur internet pour entraîner ses modèles et c’est aux ayants droit de venir réclamer après coup pour faire retirer leurs œuvres. Une approche très américaine du « on fonce, on verra après ».
Le Japon fonctionne à l’exact opposé. Leur système juridique exige une autorisation préalable avant toute utilisation d’œuvre protégée. La CODA enfonce le clou puisque dans le droit japonais, on ne peut pas échapper à une accusation de violation en se contentant de dire « désolé, on arrête maintenant ». Le mal est déjà fait. Cette collision frontale entre deux visions du droit crée un casse-tête monumental. OpenAI se retrouve coincé entre son modèle économique et les exigences légales d’un des marchés culturels les plus importants au monde. Les créateurs japonais ne demandent pas la lune, ils veulent juste qu’on leur demande la permission avant de vampiriser des décennies de travail créatif.
La situation devient d’autant plus délicate qu’OpenAI multiplie les procès aux États-Unis. George R.R. Martin et d’autres auteurs ont déjà lancé des class actions contre l’entreprise. La Motion Picture Association monte au créneau. Même la succession de Martin Luther King Jr. et le syndicat des acteurs SAG-AFTRA tapent du poing sur la table. Sam Altman tente de calmer le jeu en promettant des « contrôles plus granulaires » pour les détenteurs de droits. Il évoque même un système de partage des revenus. Le problème, c’est que ces annonces arrivent toujours après le lancement des produits, jamais avant. Une tactique qui commence sérieusement à agacer tout le monde.
Nintendo observe la scène d’un œil attentif. Le géant de Kyoto, pourtant connu pour défendre ses licences comme un Snubull, reste étrangement silencieux malgré les milliers de vidéos de Pikachu et Mario générées par Sora 2. Un silence qui en dit long sur la complexité du dossier et le rapport de force avec un mastodonte valorisé à 500 milliards de dollars.
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