La fin d’une époque ? Véritable phénomène dans les années 2010, Funko est en fin de carrière. C’est du moins ce qu’avance l’entreprise face à ses investisseurs, alertant sur sa probable incapacité à continuer de produire ses produits au cours des 12 prochains mois. En cause, une baisse drastique des ventes autant qu’une hausse des droits de douane. Cet “environnement commercial difficile” pourrait contraindre l’entreprise à fermer ses portes courant 2026. Retour sur la possibilité fin d’un phénomène de pop culture.
Succès fulgurant en 2010
Funko a été fondée en 1998 dans le garage de Mike Becker. Au départ, ce collectionneur de jouets proposait des tirelires abordables à l’effigie de la mascotte des restaurants américains Big Boy. Après avoir déposé le bilan, faute de succès, il transforme son activité et se rapproche d’Hollywood pour obtenir le droit de fabriquer des figurines à tête oscillante à l’effigie d’Austin Powers. 80 000 exemplaires seront vendus et rapidement, d’autres personnages de la pop culture font leur entrée dans la gamme. Du Grinch à Tony le tigre en passant par la mascotte des Cheerios, les licences deviennent de plus en plus nombreuses. En 2007, Funko ajoute Star Wars dans son catalogue et entre presque dans la cour des grands.
C’est néanmoins en 2011 que Funko se forgera une solide réputation auprès des collectionneurs de figurines. La gamme Pop! Vinyl va rendre la marque célèbre à l’échelle mondiale. La marque vient de signer pour une collaboration avec DC Comics. L’éditeur de comics veut une gamme de produits “uniques, très stylisés et joyeux” pour immortaliser ses héros. Les équipes de Funko vont alors décider de s’emparer d’un concept qui prenait la forme de peluche dans ses ateliers. Ces petites figurines avec une tête démesurément grande et une inspiration japonaise rencontrent un franc succès… mais pas auprès des geeks. Les premiers clients de Funko ne s’y retrouvent pas. Mais Funko ne s’adresse pas vraiment à eux avec ces produits, la marque veut attirer les enfants et les personnes qui n’étaient pas collectionneurs.
En 2012, la marque a vendu pour 20 millions de dollars de marchandises. Dès lors, les Funko Pop! s’invitent partout dans les librairies, chez les vendeurs de jeux vidéos et même dans les supermarchés aux États-Unis. Forte de nombreuses licences, Funko s’invite dans les bibliothèques de millions de consommateurs et devient un objet de collection. Jouant sur la rareté, la firme fait naître un engouement autour de certaines éditions limitées. Dans le même temps, d’autres figurines sont distribuées massivement à travers le globe.
Perte d’intérêt
Les Pop! sont produites en masse. En 2023, la marque doit se résoudre à vendre un surplus de stocks anciens pour faire de la place dans ses locaux. Des figurines sont proposées à des prix cassés chez des revendeurs, comme chez Action où il ne faut débourser que 3,99 euros pour s’offrir des personnages secondaires de films grand public. Elles sont commercialisées entre 16 et 18 euros via les circuits classiques. Mais voilà, pour ce troisième trimestre 2025, le géant doit se rendre à l’évidence. L’engouement n’est plus le même. L’entreprise enregistre un chiffre d’affaires net de 250,9 millions de dollars. Une baisse de 14% par rapport à l’an passé. Cela représente une perte nette d’environ 1 million de dollars. Selon les données du cabinet d’études de marché ICv2, les ventes aux États-Unis ont chuté de 20% sur un an.
Cette baisse de la demande, ajoutée à la hausse des droits de douane et la réduction des stocks chez les détaillants, met Funko dans une situation très compliquée. La société affiche une dette de 250 millions de dollars et pourrait se retrouver en défaut de paiement. Elle a déjà modifié son accord de crédit à deux reprises pour obtenir un allégement. L’entreprise qui pesait des milliards de dollars est maintenant dans la tourmente.
Recentrage
Pour traverser cette mauvaise passe, Funko envisage maintenant une acquisition par un tiers. Elle espère aussi de nouveaux financements. Il subsiste “un doute important quant à sa capacité à poursuivre son activité au cours des 12 prochains mois”. En attendant, la firme va recentrer ses activités sur des gammes de produits plus confidentielles, comme les Bitty Pop, les minifigurines, ou encore les Pop Yourself qui permettent aux clients de réaliser un produit à son effigie. Reste à voir si cela suffira à sauver Funko, qui détient aussi la marque de bagagerie Loungefly.
Pourtant, le marché des jouets pour adulte est en croissance nette. Des magasins dédiés viennent d’ouvrir en France, comme les King’Dultes qui offrent aux collectionneurs une destination dédiée aux figurines, aux jeux de société et aux maquettes. Funko n’arrive visiblement pas à se faire une place sur le marché, alors que de nouveaux phénomènes ont éclos. On pense évidemment aux Labubu, véritable sensation à travers le monde. Un succès que Pop Mart doit beaucoup aux réseaux sociaux. Dans le paysage depuis plus longtemps, Funko ne peut pas profiter de la même plateforme pour attirer de nouveaux clients.
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