Passer au contenu

Blacksheep, le “Shein de l’optique” arrive en France et les opticiens ne sont pas prêts !

Après une ouverture annoncée puis avortée au BHV, la marque chinoise Blacksheep va finalement arriver à Paris.

Le titre de “Shein des lunettes” n’est pas forcément flatteur, alors que la France est en pleine polémique autour de l’enseigne de fast fashion. Pourtant, la jeune pousse de l’optique fondée par le Français Pierre Wizman offre une vision prometteuse du marché. Au mois d’octobre, Blacksheep s’était fait remarquer en annonçant son arrivée prochaine au BHV Marais à Paris. Le fabricant promettait un corner de 200 m² où les visiteurs pourraient essayer plus de 3000 modèles de montures, toutes issues d’usines chinoises, à des tarifs inédits : montures à moins de 3€, verres à 5€, et progressifs à 25€… Les prix annoncés fracassent littéralement tous les repères du secteur français, historiquement habitué à des marges et à des intermédiaires lourds.​

Le 4 novembre, la Société des Grands Magasins (SGM), propriétaire du BHV Marais, a démenti tout partenariat avec Blacksheep, qualifiant l’annonce de “mensongère” et précisant qu’aucun accord commercial n’avait été conclu. Cette clarification officielle a jeté un froid sur les hypothèses de collaboration et soulevé de nombreuses questions sur la stratégie de communication de la start-up.​ Pas de quoi décourager la nouvelle marque, qui a finalement annoncé son installation quelques rues plus loin.

Un modèle économique révolutionnaire

Au-delà du buzz, Blacksheep incarne une mutation profonde dans le secteur de l’optique. La marque assume sa fabrication chinoise, et entend supprimer les intermédiaires entre le consommateur et l’usine. L’enseigne, dans sa communication, revendiquait une transparence totale : le magasin prévoit de diffuser en direct, sur grand écran, les images des ateliers de production en Chine. Une démarche destinée à balayer les soupçons sur la chaîne de fabrication et à instaurer un nouveau rapport de confiance sur les conditions de travail des employés d’usine qui sero impliqués dans le projet. Dans un communiqué officiel, la marque confirme sa volonté de prendre le marché à contrepied : “Parler ouvertement de production, de prix réels, et d’un Made in China assumé reste encore inhabituel dans un secteur où la vérité inspire moins qu’elle n’inquiète“.

Les réactions des professionnels historique ne se sont pas fait attendre. Certains acteurs de l’optique, déjà soumis à la pression des discounters ou des changements de comportement des consommateurs face aux vendeurs en ligne, voient dans cette offensive une remise en cause de leur propre modèle. Il faut dire que les fabricants historiques ont toujours joué sur le caractère premium des lunettes. Aux prix des verres correcteurs, s’ajoute celui des montures, qui atteignent facilement les 300€ chez les grandes marques. Chez Krys par exemple, les modèles s’échelonnent entre 30€ et 510€ en fonction de la marque.

Des lunettes à 10€ vraiment ?

La promesse de Blacksheep est belle, mais elle est à tempérer. Sur le site, il est possible de choisir sa monture et d’entrer sa correction pour obtenir un devis immédiat. Nous avons essayé avec une correction importante, et la facture grimpe rapidement : comptez environ 90€ pour une monture et ses verres adaptés, flanqués des meilleures options possibles. La facture s’alourdit, mais elle reste loin des prix du marché actuel : à titre de comparaison, notre paire actuelle achetée en 2023, avec une monture basique et des revêtements similaires (anti-lumière bleue, verre affiné, etc), nous est revenue à plus de 800€.

Cette annonce dans le sillage de Shein pourrait bien transformer le visage de l’industrie optique en France. Si le BHV a choisi de préserver son image et de prendre ses distances, le succès de Blacksheep dans son nouveau showroom devrait faire figure de précurseur.

🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.

Mode