L’alcool faisant partie de l’histoire humaine depuis 10 000 ans, autant dire que nous avons eu largement le temps de nous raconter toutes sortes d’histoires farfelues à son sujet. Les petites astuces transmises entre amis, les croyances populaires, les remèdes miracles pour éviter la gueule de bois ou pour réveiller quelqu’un qui a un peu forcé sur la bouteille…
Nous connaissons tous au moins une seule de ces « idées incroyables », mais le problème c’est que la plupart d’entre elles ne reposent sur aucun fondement scientifique. Voici trois mythes qui ont la dent dure, que nous allons méthodiquement démonter, à la lumière de la science.
L’ordre des boissons n’a aucune importance pour la gueule de bois
« Blanc puis rouge, rien ne bouge, rouge puis blanc, tout fout le camp », un dicton bien français qui a un charme certain, mais aucune validité scientifique. Il supposerait que selon l’ordre dans lequel vous avaleriez vos boissons, votre organisme encaissera mieux le coup.
Le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA) est catégorique sur ce point : c’est faux. « En général, plus une personne boit, plus la gueule de bois sera sévère », résume l’agence américaine, « et ce, quel que soit le type d’alcool ».
Une équipe allemande de l’université Witten/Herdecke a même mené cette étude, en 2019, avec un protocole très germanique dans l’esprit. Ils ont réparti des volontaires en plusieurs groupes, certains buvant d’abord de la bière puis du vin, d’autres faisant exactement l’inverse, et un troisième groupe consommant uniquement l’un des deux alcools. Chaque participant a ensuite été invité à revenir pour inverser l’ordre de consommation, afin d’éliminer tout biais individuel.
Les chercheurs ont ensuite évalué la sévérité des symptômes le lendemain (nausées, fatigue, migraine, soif, troubles de concentration) à partir d’un questionnaire standardisé utilisé en alcoologie. Résultat : aucune différence entre les groupes. Seul le degré d’ivresse perçu par les participants s’est révélé être le véritable prédicteur de la sévérité de la gueule de bois. Si vous voulez alterner entre les alcools, vous le pouvez, mais en toute modération bien sûr.
L’alcool qui réchauffe : l’illusion thermique la plus mensongère
Lorsque vous sentez un coup de chaud après un verre, c’est tout à fait normal, mais n’y voyez pas le signe que votre corps se réchauffe, c’est l’inverse : il perd même de sa chaleur. Krishna Vakharia, une médecin britannique, explique : « Les joues rouges, la sudation et les bouffées de chaleur nous donnent l’impression d’être plus chauds, alors que notre température interne chute ».
En 2005, cette étude japonaise a démontré qu’après ingestion d’alcool, la circulation sanguine en surface augmentait, suivie d’une brève poussée de sueur. Vingt minutes, la température corporelle se mettait à chuter pour atteindre en moyenne 0,3 °C de moins par rapport aux participants du groupe témoin ayant simplement bu de l’eau.
En réalité, si vous avez chaud après un verre, c’est parce que votre corps envoie soudainement le sang vers votre peau, ce qui libère la chaleur interne au lieu de la conserver, provoquant cette sensation trompeuse de coup de chaud. La prochaine fois que quelqu’un vous tendra une bouteille de vodka en soirée hivernale en vous disant : « Tiens, ça te réchauffera ! », vous saurez à quoi vous en tenir.
Le fameux « café qui réveille »
Voici un autre réflexe bien répandu : donner du café à une personne un peu trop alcoolisée pour la remettre d’aplomb ou la faire dégriser. Cela ne fonctionne évidemment pas, en aucun cas la caféine ne contrebalance les effets de l’alcool.
Cette étude de 2010 menée par la Boston University School of Public Health a soumis 127 volontaires à quatre types de bières : sans alcool, sans alcool mais caféinée, alcoolisée classique, et alcoolisée avec caféine ajoutée. Une fois les boissons consommées, les participants ont été placés dans un simulateur de conduite reproduisant des situations réelles : maintien de trajectoire, capacité à réagir à un obstacle, vitesse, capacité à bien tenir le volant et à rester vigilant.
Les chercheurs ont ensuite comparé les performances de chaque groupe, en mesurant objectivement toutes les erreurs qui avaient été commises. Les boissons caféinées, sans surprise, n’ont rien amélioré du tout : les volontaires se sentaient plus réveillés, mais continuaient à conduire tout aussi mal que ceux qui avaient bu de l’alcool seul. Retenez bien cela : vos seuls alliés si vous comptez dégriser et revenir à vous sont le temps et la patience, et rien d’autre.
Pourquoi l’alcool souffre-t-il autant de ce genre de croyances populaires ? Certainement parce que nous le côtoyons depuis très longtemps, et que nous avons la sale manie de généraliser nos ressentis pour en faire des vérités générales. Sur 10 000 ans, cela ne pardonne pas, et ces fausses interprétations étaient déjà ancrées avant que la physiologie moderne n’apporte de réelles réponses. Et puis soyons honnêtes : un dicton est toujours plus simple à retenir que les conclusions d’une étude scientifique.
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