Passer au contenu

La fin de l’IPTV ? L’Arcom sort l’artillerie lourde pour tout arrêter en France

L’Arcom ne rigole plus. Après des années de lutte hasardeuse contre l’IPTV, le régulateur français vient de remettre un rapport explosif à l’Assemblée nationale.

Le gendarme français de l’audiovisuel en a marre de l’IPTV, ou plutôt du manque à gagner qu’elle provoque. Au menu prochainement, blocages automatisés en temps réel, chasse aux VPN et création d’un délit pénal spécifique. Avec 1,5 milliard d’euros de pertes en 2023, la guerre est déclarée.

Les outils actuels sont dépassés

Les dispositifs en place ne suffisent plus pour contrer l’agilité des pirates, selon le rapport de l’Arcom publié début décembre 2025. Pendant que le régulateur remplissait des formulaires pour faire bloquer un site diffusant un match de Ligue 1, le match était déjà terminé depuis belle lurette. Le streaming illégal ainsi que l’IPTV ont remplacé le bon vieux téléchargement d’antan.

L’IPTV est désormais utilisée par 11 % des internautes français, dont les deux tiers s’y sont mis ces trois dernières années. Ces offres tout-en-un proposent des milliers de chaînes et contenus premium pour quelques dizaines d’euros par an. Face à ce raz-de-marée, l’Arcom tire la sonnette d’alarme.

1,2 milliard d’euros de pertes pour le secteur audiovisuel et 290 millions d’euros pour le sport. L’État aussi trinque avec 400 millions d’euros de recettes fiscales et sociales parties en fumée. Autant dire que ça commence à chauffer sérieusement dans les bureaux du régulateur.

L’Arcom veut mettre en place le blocage automatisé

L’Arcom veut passer à la vitesse supérieure avec un système inspiré des modèles britannique et italien. L’objectif est d’automatiser partiellement les dispositifs de blocage, particulièrement pour les retransmissions sportives en direct. Concrètement, plus besoin de vérification manuelle pour chaque lien. Le système détecterait les flux pirates et les couperait instantanément, pendant le match et non trois heures après le coup de sifflet final.

Cette révolution technique s’accompagne d’un changement de méthode radical. Depuis janvier 2025, l’Arcom a supervisé 5000 blocages, soit la moitié de tout ce qui a été mis en place depuis 2022. Le rythme s’accélère, mais le régulateur veut aller encore plus loin.

Fini la planque des VPN ?

66 % des consommateurs illicites utilisent des VPN ou DNS alternatifs pour contourner les blocages. L’Arcom a décidé de s’attaquer frontalement à ces outils de contournement. Le régulateur a déjà ordonné aux principaux fournisseurs de VPN de bloquer près de 300 sites de streaming sportif illégal à la demande de Canal+ et beIN Sports.

Le régulateur veut carrément interdire la promotion de ces outils de contournement. Fini les influenceurs qui vantent leur VPN préféré pour regarder le foot étranger sans payer. NordVPN a déjà réagi en estimant que cette stratégie s’attaque aux symptômes sans cibler les véritables sources, à savoir les hébergeurs de contenu. Une critique qui met le doigt sur une limite du système puisque les pirates trouvent toujours des parades.

Un délit pénal spécifique pour le sport, les pirates en sueur

Le régulateur propose la création d’infractions pénales spécifiques pour cibler directement les responsables des sites diffusant illégalement du sport. L’objectif est clair, taper plus fort et plus vite contre les sites miroirs qui pullulent dès qu’un site principal tombe.

Martin Ajdari, président de l’Arcom, a présenté ces propositions devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale. Les sanctions pourraient grimper jusqu’à trois ans de prison et 300 000 euros d’amende pour exploitation de contenus sportifs sans autorisation.

600 services IPTV sportifs ont déjà été ciblés par une campagne de blocage en novembre 2025. Orange, Free, SFR et Bouygues Telecom sont mis à contribution pour appliquer ces blocages dynamiques qui permettent d’ajouter de nouvelles adresses au fur et à mesure des contournements.

Et pour les utilisateurs d’IPTV alors ?

Pour l’instant, l’Arcom concentre ses efforts sur les fournisseurs plutôt que sur les utilisateurs finaux, mais la question reste en suspens. Les abonnés identifiés sont rarement poursuivis, mais cela ne signifie pas qu’ils sont inconnus des autorités. Avec ses nouveaux outils techniques, l’Arcom pourrait à l’avenir remonter toute la chaîne.

L’Italie joue les pionniers avec des mesures encore plus radicales. Le gouvernement italien envisage même de rendre publics les noms des utilisateurs d’IPTV illégale, créant une sorte de pilori numérique pour les contrevenants. Une approche qui divise, mais qui montre jusqu’où peuvent aller certains pays européens.

La France semble pour l’instant privilégier une stratégie ciblant les gros poissons. Mais avec 9 millions d’abonnements IPTV estimés d’ici fin 2025, la tentation de frapper plus large pourrait se faire sentir. Les prochains mois s’annoncent déterminants pour l’avenir du streaming illégal dans l’Hexagone.

🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.

Mode