C’est chose faite, la Russie a récemment bloqué l’accès à Roblox sur l’ensemble de son territoire. Officiellement, la décision émane de Roskomnadzor, l’organisme chargé de la régulation des médias, qui affirme vouloir protéger les mineurs d’un contenu jugé “inapproprié“. Dans son communiqué, l’agence évoque du harcèlement sexuel, des risques d’exploitation, des comportements violents… mais surtout en grande partie la présence supposée de “propagande LGBT“. Et c’est bien cette dernière justification qui concentre aujourd’hui l’essentiel du débat.
De tous les problèmes de Roblox
Roblox est depuis longtemps sous surveillance dans plusieurs pays pour des questions de modération et de sécurité. Plateforme hybride entre un jeu vidéo et un réseau social, elle permet à des créateurs de concevoir leurs propres expériences et de les monétiser. Cette liberté a naturellement attiré un public très jeune, ce qui en fait aussi une cible privilégiée pour des dérives potentielles.
Aux États-Unis, plusieurs États ont ainsi engagé des actions en justice contre l’entreprise, l’accusant de ne pas en faire assez pour lutter contre les prédateurs. Roblox, de son côté, a toujours fermement contesté ces accusations, rappelant la mise en place de systèmes de signalement, de modération automatique et de contrôles parentaux.
Mais dans le cas russe, l’affaire est sensiblement différente. Derrière les accusations de protection de l’enfance, un mot concentre l’essentiel de la justification politique : LGBT. Depuis plusieurs années, toute visibilité des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou trans est assimilée dans le pays à de la propagande, parfois même à de l’extrémisme. Une ligne idéologique qui ne repose ni sur des atteintes réelles à la sécurité des joueurs, ni sur des questions financières ou techniques, mais sur une vision strictement morale et idéologique de l’espace numérique.
Aucune preuve publique n’a été apportée d’un danger spécifiquement lié à la simple représentation de personnages LGBTQIA+ dans Roblox. Ce qui est visé ici, ce n’est pas un dysfonctionnement de la plateforme, mais l’existence même de certaines identités. Une justification d’autant plus fragile qu’elle s’inscrit dans une censure plus large. Twitter/X, Meta, Google, TikTok et même Chess.com ont déjà été restreints ou bloqués dans le pays pour des motifs politiques.
L’ironie du sort
Le plus ironique reste que Roblox communique précisément sur des valeurs de création, d’inclusivité et de connexion entre les joueurs. Dans un communiqué transmis à la presse, un porte-parole de l’entreprise rappelle ainsi que la plateforme “respecte les lois locales” tout en affirmant offrir “un espace positif pour l’apprentissage, la création et la connexion“.
Au fond, cette affaire dépasse largement Roblox. Elle illustre une nouvelle fois la manière dont certaines communautés servent de bouc émissaire dans les batailles culturelles et politiques. Et laisse une question en suspens. À force de censurer ce qui dérange plus que ce qui met réellement en danger, que reste-t-il de la protection des enfants que ces mesures prétendent défendre ?
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