“En deux ans, les frais de port obligatoires ont nui aux lecteurs et à la lecture dans l’Hexagone, et il est temps de trouver une meilleure voie pour soutenir l’avenir de la lecture de la France” déclare Frédéric Duval, directeur général d’Amazon.fr, dans une tribune alarmante. Depuis octobre 2023, la fameuse loi visant à favoriser l’achat de livres en librairie impose aux consommateurs de s’acquitter de frais de port obligatoires pour les commandes en ligne de livres inférieures à 35€. Mais celle-ci n’a vraisemblablement pas eu l’effet escompté.
“Cette mesure qui devait soutenir les libraires laisse une addition salée aux Français, qui ont déjà déboursé à ce titre plus de 100 millions d’euros auprès des différents détaillants de livres en ligne“ explique le directeur général de la branche française d’Amazon. “Pour quel résultat ? Les ventes de livres continuent de baisser fortement en France, y compris en librairie” ajoute-t-il.
Pour appuyer ses propos, Frédéric Duval avance des statistiques inquiétantes. D’après le groupe GfK, spécialisé dans la collecte et l’analyse de données, la vente de livres neufs en France à diminué de 3% en volume pour la deuxième année consécutive, soit la pire performance dans toute l’Union européenne. Plus marquant encore, le nombre d’acheteurs de livres neufs a quant à lui chuté de 10% en seulement un an. L’IFOP affirme même que plus de la moitié des lecteurs français ont réduit leurs achats de livres neufs en réponse directe à ces frais de ports obligatoires.
Une loi qui ne profite pas aux bonnes enseignes
Les habitudes de consommation des Français ont changé, mais pas comme il le fallait. Pour éviter les frais de port, seuls 26% des acheteurs privilégient finalement les librairies indépendantes, alors que 70% préfèrent se tourner vers les hypermarchés et les grandes enseignes culturelles (FNAC, Cultura…). Ces données mettent en lumière une véritable problématique d’accès à la culture dans l’Hexagone.
Les lecteurs des zones rurales n’ont pas toujours moyen d’accéder à une librairie indépendante possédant les ouvrages qu’ils cherchent sans devoir faire beaucoup de route. Ceux-ci se retrouvent donc face à des frais de déplacement ou des frais de port qu’ils ne peuvent éviter, contrairement aux habitants de grandes villes comme Paris qui accueille à elle seule 20% des librairies françaises pour seulement 3% de la population nationale.
Toujours selon Frédéric Duval, la loi Darcos de 2023 affecte également les petits et moyens éditeurs, ainsi que les auteurs autopubliés, qui comptent essentiellement sur les ventes en ligne pour atteindre leur public et assurer leur viabilité. Le directeur général de la filiale française du géant du e-commerce appelle donc à explorer “les alternatives qui permettent de concilier l’objectif de soutenir un vaste réseau de librairies indépendantes et d’assurer l’égalité d’accès à la culture” avec pour exemple le modèle espagnol, qui propose “des frais de port préférentiels pour les envois postaux de livres, et où les ventes de livres ont progressé de 6% en un an.“
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