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Plagiat ou pas ? On a lu le livre pour enfant qui accuse le loup d’Intermarché

L’affaire a fait grand bruit ces dernières semaines, mais les accusations sont-elles fondées ?

C’est l’un des sujets qui aura marqué Noël 2025. Après la diffusion d’un court-métrage sur le vivre-ensemble, Intermarché s’est retrouvé au cœur d’une accusation de plagiat ubuesque. Le studio à l’origine du projet – réalisé entièrement sans IA – a été accusé par l’auteur jeunesse Thierry Dedieu de plagier son album Un Noël pour le loup, publié en 2017 chez Seuil. Alors, plagiat ou pas ? On a voulu en avoir le cœur net, en comparant les deux productions.

Oui, il y a des ressemblances…

Publié en 2017 chez Seuil Jeunesse, Un Noël pour le loup de Thierry Dedieu raconte l’histoire d’un loup triste et solitaire, marqué par son passé de prédateur, et rejeté par les autres animaux de la forêt. Pour se faire pardonner, il décide d’organiser un réveillon avec ses proies habituelles, et cuisine un banquet végétarien somptueux, à grand coup de bougies, nappes et cadeaux personnalisés pour chacun.

Jusque-là, l’histoire est effectivement similaire à la publicité proposée par Intermarché. Sauf que dans le conte de Thierry Dedieu, le prédateur est privé de happy end. Le jour J, personne ne vient : les animaux observent de loin, terrifiés, tapis derrière les arbres. Le loup, déçu, improvise une fête solo, mimant les rôles de ses invités absents pour ouvrir les présents et feindre la joie dans une conclusion douce-amère. À l’inverse, le court-métrage propose une fin plus optimiste sur le vivre-ensemble, où tous les animaux sont finalement réunis pour fêter Noël.

… mais difficile de parler de plagiat

Thierry Dedieu dénonce une copie quasi conforme de la pub virale d’Intermarché avec son livre. Le problème, c’est que si les similitudes existent bel et bien, les différences sautent aussi aux yeux. De plus, le trope (schéma récurent dans la fiction) du prédateur en quête de rédemption n’est pas franchement original. C’est même un ressort narratif universel, qui est attesté dès le XIXe siècle par Alexandre Afanassiev dans son étude des contes populaires russes. Interrogé par la rédaction, un représentant d’Intermarché nous confie d’ailleurs que plusieurs autres auteurs se sont manifestés suite à la diffusion du court-métrage, preuve que la direction prise par le conte animé relève plus de l’archétype universel que de l’idée originale.

​​​Concernant les similitudes visuelles avancées par l’auteur, beaucoup relèvent encore une fois des archétypes classiques que l’on peut retrouver dans à peu près n’importe quelle histoire de Noël : la forêt enneigée, le banquet féérique, les animaux imaginés dans un style graphique épuré… Thierry Dedieu n’avait pas fait preuve d’une originalité fracassante en 2017, et Romance, le studio à l’origine du court-métrage ne fait que suivre la dynamique des récits hivernaux.

Un très bon coup de communication

Dans l’état actuel des choses, difficile de prouver le plagiat intentionnel du livre de 2017. Si la justice est officiellement saisie, il y a fort à parier qu’elle donne raison à Intermarché et à Romance plutôt qu’au plaignant.

De son côté, Dedieu avait proposé de participer officiellement à la (re)création d’un spot inspiré de son histoire, sans obtenir de réponse positive de la part du studio d’animation. Reste que pour l’auteur, c’est un coup de communication inespéré à quelques jours de Noël. ​Un Noël pour le loup est en rupture de stock sur la plupart des stores en ligne, et s’il avait connu une certaine popularité au moment de sa sortie en 2017, il s’offre désormais une résonnance internationale grâce au court-métrage, visionné plus d’un milliard de fois.

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