En 2023 déjà, nous commmencions à nous questionner sur l’empreinte carbone démesurée de l’IA, une technologie alors toute neuve pour le grand public. Nous avons, heureusement, depuis, ouvert les yeux sur le fardeau écologique qu’elle fait peser sur les épaules de notre planète. Eau, électricité, émissions de gaz à effet de serre : le secteur de l’intelligence artificielle est devenu une industrie assoiffée et atrocement polluante, dont le carburant n’est autre que nos ressources les plus vitales.
Une nouvelle étude, publié le 17 décembre dans la revue Patterns par le chercheur Alex de Vries-Gao vient de confirmer que nous avons laissé entrer le ver dans la pomme. En croisant les rapports de durabilité (volontairement flous) de Google, Meta ou Microsoft avec les statistiques de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), le data scientist démontre que l’IA a siphonné entre 312,5 et 764,6 milliards de litres d’eau par an en 2025. C’est l’équivalent de la consommation mondiale annuelle d’eau en bouteille. Voilà le prix de notre petit confort numérique, lorsqu’on demande à ChatGPT de nous générer des images de chat ou à Gemini de nous faire une to-do-list.
L’omerta des assoiffés : quand les gros poissons de l’IA camouflent leur hold-up
Pour paraître fréquentables, les géants de la Silicon Valley ne jurent que par leur consommation d’eau directe, celle qui coule dans les circuits de refroidissement de leurs data centers. Un grand arbre qui cache une forêt de cadavres : cette étude révèle que la consommation indirecte (nécessaire pour produire l’immense quantité d’électricité dévorée par ces monstres) est en réalité 3 à 4 fois supérieure aux déclarations officielles.
L’hypocrisie atteint son paroxysme lorsque Google refuse de rapporter ces chiffres sous prétexte qu’elle ne « contrôle pas » les centrales électriques. Un argument d’une lâcheté absolue quand on connaît l’existence du Greenhouse Gas Protocol. C’est un règlement mondial qui oblige les entreprises à déclarer leur pollution selon trois niveaux : le Scope 1 (émissions directes), le Scope 2 (énergie achetée) et le Scope 3 (fournisseurs).
Pour le CO2, Google applique le Scope 2 sans broncher : la firme avoue volontiers que l’électricité qu’elle achète pollue. Mais quand il s’agit de l’eau utilisée par cette même centrale pour produire cette même électricité, elle invoque soudainement l’ignorance. Elle sait pertinemment compter le carbone des autres pour s’acheter une conscience zéro carbone, mais devient amnésique dès qu’il faut admettre que l’IA assèche les ressources naturelles en eau.
Ainsi, en refusant d’appliquer la même logique du Scope 2 à l’eau, Google raye d’un trait de plume les trois quarts de son empreinte réelle. Tant que le litre d’eau ne figure pas au bilan, il est considéré comme gratuit et infini : un braquage savamment organisé.
Le monstre de carbone : une mégalopole virtuelle qui nous étouffe
Si l’IA avait une haleine, elle empesterait le charbon brûlé : selon les données de l’étude, tous les systèmes d’intelligence artificielle confondus ont recraché jusqu’à 79,7 millions de tonnes de CO2 en 2025. Pour mettre ce chiffre en perspective, c’est 52,68 % supérieur au bilan carbone annuel d’une mégalopole comme New York (52,2 millions de tonnes). Impossible, dès lors, de ne pas considérer cette technologie comme reposant sur une gigantesque infrastructure parasite, accaparant désormais près de 20 % de l’électricité mondiale des data centers.
Pour s’alimenter correctement, le secteur a aujourd’hui besoin de 23 GW, soit l’équivalent de la consommation électrique totale du Royaume-Uni. Elle pèse donc (sur ce point) aussi lourd qu’une puissance mondiale, le tout pour faire tourner des modèles dont l’utilité réelle est souvent inversement proportionnelle à leur coût écologique.
L’IA est donc devenu un trou noir énergétique que les gouvernements refusent de réguler correctement, de peur de rater le train d’une supposée croissance, qui paradoxalement, nous emmènera, un jour ou l’autre, au casse pipe. La complaisance politique face à ce délire est une trahison pure et simple. Alors qu’on nous demande toujours plus d’effort pour moins polluer, compter nos litres d’eau, acheter des voitures électriques à tout prix, ces mêmes décisionnaires (qu’on ne citera pas mais vous aurez bien une idée) déroulent le tapis rouge à des entreprises qui font carburer leur data centers à plein régime.
De Vries Gao, dans son étude, appelle évidemment à la régulation et à la transparence, mais soyons sérieux deux secondes. Espérer que cette industrie s’auto-régule, c’est comme demander à un loup de surveiller un poulailler pour sauver les gallinacées qui s’y ébattent : une erreur de jugement qui confine à la complicité criminelle. Si rien n’est fait pour briser cette spirale, nous aurons sacrifié beaucoup trop… pour obtenir quoi, au juste ? Un assistant capable de rédiger des mails corporatifs sans âme ou un algorithme qui génère des vidéos de chiens qui font du surf ? Le ratio entre le sacrifice des ressources de notre planète et la futilité des services rendus est une insulte à l’intelligence humaine, la vraie. Peut-être restera-t-il quelques chatbots qui nous générerons des poèmes sur la fin de l’humanité en quelques secondes. Quelle admirable prouesse, pour une espèce qui n’aura même plus de quoi se désaltérer en le lisant.
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