L’annonce de Nvidia détaille le lancement du logiciel NVIDIA DRIVE AV, il s’agit d’une pile logicielle complète basée sur l’IA et conçue pour transformer les voitures de série en machines capables d’assister le conducteur dans des trajets complets en environnement urbain et autoroutier. Cette technologie de niveau 2 (avec des capacités parfois qualifiées de L2++) exploite une architecture dite dual stack qui combine des modèles IA d’apprentissage profond et une pile classique de sécurité pour garantir une redondance des systèmes, un point particulièrement sensible dans ce type de technologie critique.
Concrètement, la Mercedes CLA équipée de ce système est déjà capable de naviguer point-to-point dans des environnements complexes, avec reconnaissance des feux, des piétons, des obstacles et des intersections, tout en guidant le conducteur d’un point A à un point B sous supervision humaine, les mains restent sur le volant, mais l’IA prend en charge la conduite la majorité du temps.
Face à Tesla : une vraie démo, une vraie comparaison
Ce qui rend l’annonce particulièrement significative, c’est qu’elle n’est pas restée théorique. Lors du CES, des essais ont été réalisés à San Francisco dans une Mercedes-Benz CLA équipée du système (baptisé chez Mercedes MB.DRIVE ASSIST PRO), où des journalistes ont parcouru près de 40 minutes de circulation dense sous les yeux bienveillants mais distants d’un conducteur qui, pour l’essai, ne faisait que regarder. Dans des rues ordinairement difficiles, camions de livraison, cyclistes, passages étroits, arrêts imprévus, le système s’en sort avec une aisance telle qu’un testeur de The Verge juge la technologie très proche du FSD de Tesla, parfois même à égalité sur le nombre de prises de contrôle nécessaires par le conducteur.
Tesla, pour sa part, dispose de son système Full Self-Driving depuis plusieurs années, souvent présenté comme la référence en matière d’assistance avancée. Mais cette comparaison n’est pas anodine car Nvidia aurait réussi en moins d’un an ce que Tesla a mis près de huit ans à accomplir, c’est à dire développer des capacités semblables de conduite urbaine automatisée.
Mais l’enjeu dépasse largement cette Mercedes CLA. Nvidia n’est pas un constructeur automobile, mais un fournisseur de technologies IA et hardware, ce qui signifie que son ambition est d’être au cœur de toutes les futures voitures autonomes, quelle que soit la marque. Sa stratégie est de commencer avec des systèmes avancés d’assistance (L2) et, à mesure que la réglementation et l’acceptation sociale évoluent, monter progressivement vers des niveaux supérieurs d’autonomie.
Selon les responsables de Nvidia, des mises à jour over-the-air (OTA) permettront d’enrichir les fonctions de la plate-forme au fil du temps, ce qui transformera chaque véhicule en une plateforme logicielle vivante et évolutive.
Quand les constructeurs et les acteurs de la tech parlent de conduite autonome, ils se réfèrent presque toujours à une classification établie par la SAE International (Society of Automotive Engineers). Elle définit six niveaux d’automatisation, de 0 à 5. Dans les annonces récentes de NVIDIA, Mercedes-Benz ou Tesla, ce sont surtout les niveaux 2, 3 et 4 qui entrent en jeu.
Niveau 2 (L2) – Assistance avancée, mais conducteur responsable
C’est le niveau le plus répandu aujourd’hui. Le véhicule peut gérer simultanément la direction et la vitesse, par exemple avec un régulateur adaptatif couplé au maintien dans la voie. En revanche, le conducteur doit rester attentif en permanence, les mains prêtes à reprendre le volant, et il est juridiquement responsable à 100 %. Le FSD de Tesla (dans sa version actuelle), la plupart des systèmes “Autopilot” ou “Drive Assist” du marché se situent ici, même si leur sophistication logicielle peut donner l’illusion d’aller plus loin.
Niveau 3 (L3) – Le système conduit… sous conditions
C’est le premier vrai saut conceptuel. En L3, le système peut conduire seul dans des situations bien définies (autoroute, trafic fluide, météo favorable). Le conducteur n’a plus besoin de surveiller en continu la route, mais doit être capable de reprendre le contrôle si la voiture le lui demande. A noter que pendant que le système est actif, la responsabilité légale bascule vers le constructeur. C’est précisément ce niveau que vise Mercedes-Benz avec son Drive Pilot, et que NVIDIA cherche à industrialiser via sa plateforme DRIVE AV.
Niveau 4 (L4) – Autonomie élevée, sans filet humain
Ici, le véhicule est capable de gérer seul l’intégralité de la conduite dans un périmètre précis : zones géographiques limitées, itinéraires définis, conditions connues. S’il sort de ce cadre, il peut s’arrêter en sécurité sans intervention humaine.
Le conducteur n’est plus nécessaire pendant le trajet concerné. On parle alors de robotaxis, de navettes autonomes ou de véhicules privés capables de rouler seuls dans certaines villes. NVIDIA, comme d’autres acteurs, présente le L4 comme l’objectif industriel à moyen terme, mais encore très encadré réglementairement.
Sécurité, IA et personnalisation : le triptyque gagnant
La technologie DRIVE AV repose sur deux piliers : des modèles d’IA end-to-end capables de comprendre les situations de conduite d’une manière holistique, et des systèmes de sécurité classiques pour assurer la redondance nécessaire en cas de scénario imprévu. L’IA, formée sur des milliards de kilomètres de données réelles et simulées, permet de naviguer intuitivement dans des rues inconnues, anticiper des comportements humains imprévisibles (piétons, cyclistes…), et même gérer des manœuvres comme le stationnement automatisé ou les changements de voie sous supervision. Mercedes, pour sa part, a travaillé avec Nvidia pour intégrer au mieux la personnalité de conduite de ses véhicules, offrant des réglages personnalisables qui permettent aux constructeurs d’exprimer leur propre style de conduite assistée.
Si la technologie est prometteuse, son succès dépendra aussi et surtout de l’acceptation réglementaire et de la confiance des automobilistes. À ce stade, l’autonomie complète (Level 5) reste hors d’atteinte pour les véhicules de série et est fortement limitée par les règles de sécurité actuelles. Nvidia et Mercedes misent d’abord sur des niveaux 2 et 3, où le conducteur doit rester vigilant, avant de viser des essais de Level 4 à l’horizon des prochaines années.
Avec DRIVE AV, Nvidia signe peut-être le premier concurrent sérieux à Tesla dans la course à la conduite autonome. Ce n’est pas simplement une technologie de plus, c’est une plateforme logicielle complète, évolutive et poussée par l’IA, qui pourrait, si elle est adoptée à grande échelle, remodeler la manière dont nous concevons la voiture elle-même, pas seulement comme un produit mécanique, mais comme une machine numérique en constante évolution.
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