Depuis plusieurs années, Washington presse Bruxelles pour un partage renforcé de ses données biométriques. La demande, baptisée Enhanced Border Security Partnerships et formulée dans le cadre du programme Visa Waiver Program (VWP) qui permet à 42 pays, dont la France, de voyager aux USA sans visa pour un séjour de 90 jours viserait à octroyer aux agences frontalières américaines un accès direct et automatisé aux données biométriques européennes.
Sans accord rapide entre l’Europe et les États-Unis, le pays de l’Oncle Sam prévoit de révoquer l’exemption de visa pour les pays récalcitrants, forçant les voyageurs à passer par l’ESTA renforcé ou un visa classique. La Commission européenne, consciente de l’urgence, pousse pour une finalisation en 2026, malgré les tensions post-électorales et le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Pourquoi c’est très problématique ?
L’EBSP ne se limite pas à un échange bilatéral ponctuel : il s’agit d’un cadre global autorisant le Département de la Sécurité intérieure américain à interroger en temps réel les bases nationales des États membres, comme le système VIS (Visa Information System) ou Entry/Exit System (EES). En contrepartie, l’UE obtiendrait un accès réciproque aux données américaines.
Si l’accord aboutit, les 25 millions d’Européens se rendant annuellement aux USA pourraient voir leurs données biométriques scrutées automatiquement par les autorités fédérales avant même l’embarquement. Un sacré coup dur pour la vie privée. Sur le plan juridique, la Commission européenne invoque le RGPD et la Charte des droits fondamentaux pour encadrer ces transferts, avec des limites sur la durée de rétention et l’usage des données. Pourtant, le Contrôleur européen de la protection des données alerte déjà sur les risques que pourrait avoir un tel dispositif : profilage massif, absence de recours effectif pour les citoyens, et précédent dangereux pour la souveraineté numérique européenne.
L’Europe n’a plus beaucoup de temps pour réagir
Les ministres européens ont approuvé en décembre 2025 le mandat de négociation sans grand débat, signe d’un consensus large malgré les divergences nationales. Des pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Croatie, déjà intégrés à des programmes similaires, sont déjà acquis à la cause. La France, plus frileuse, traîne des pieds sur l’extraterritorialité des données. Le Rassemblement National dénonce une “cession de souveraineté”, tandis que des ONG comme Statewatch pointent les failles en matière de protection des données ethniques ou génétiques potentiellement incluses.
Alors que Trump durcit sa politique migratoires, l’Union risque de céder sur l’essentiel pour préserver un privilège voyageur jugé acquis. À terme, l’EBSP pourrait ouvrir la porte à des échanges similaires avec d’autres puissances, questionnant la centralisation des bases de données biométriques au niveau mondial.
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