On commence à connaître la musique avec notre cher Elon. Depuis une décennie maintenant, Musk nous vend le même rêve de la voiture Tesla complètement autonome qui est toujours censée arrivée « avant la fin d’année ». Et comme par hasard, chaque année, la deadline se décale mystérieusement de douze mois supplémentaires.
Cette fois, le milliardaire vient de se tirer une balle dans le pied. En début janvier 2026, Musk a lâché une nouvelle information plutôt le mettant dans l’embarras, Tesla aurait besoin d’environ 16 milliards de kilomètres de données pour proposer une conduite autonome véritablement sûre et sans supervision. Le souci ? Fin 2025, la firme d’Austin plafonnait à seulement 12 milliards de kilomètres accumulés.
Roughly 10 billion miles of training data is needed to achieve safe unsupervised self-driving. Reality has a super long tail of complexity.
— Elon Musk (@elonmusk) January 8, 2026
Quelques semaines à peine avant cette révélation, le patron de Tesla jurait a qui voulait bien l’entendre que les robotaxis sans conducteur débarqueraient au Texas avant la fin de l’année. Il n’a pas précisé quelle année, apparemment. Alors soit Musk ignorait ce seuil quand il faisait ses promesses (ce qui serait inquiétant pour le PDG d’une entreprise technologique de cette envergure), soit il le savait parfaitement et a quand même choisi de promettre l’impossible au grand public et surtout, à ses investisseurs.
Un calendrier qui arrange bien les affaires
Les projections actuelles estiment que Tesla franchira la barre symbolique des 16 milliards de kilomètres vers juillet 2026. Mais attention, collecter les données ne représente qu’une fraction du travail. Il faudra ensuite entraîner les modèles d’intelligence artificielle sur les supercalculateurs, effectuer des tonnes de tests de validation et débugger les millions de cas particuliers que ces milliards de kilomètres vont forcément révéler.
Dans le meilleur des cas, on parle donc d’encore un an supplémentaire avant d’espérer voir débarquer une véritable conduite autonome certifiée et approuvée par les régulateurs. Et encore, c’est sans compter le bilan absolument catastrophique de Musk en matière de prédictions sur le FSD. Dix ans qu’il se plante systématiquement sur les délais, dix ans que les échéances glissent.
Le timing n’est pas du tout étranger aux annonces de Musk. Tesla vit principalement de sa valorisation boursière stratosphérique, largement basée sur la promesse d’une révolution de la mobilité autonome. Chaque déclaration optimiste de Musk fait grimper le cours de l’action. Et bizarrement, les aveux d’échec ou les recadrages de timeline arrivent toujours après les périodes critiques pour l’entreprise.
On peut légitimement se demander si ces promesses impossibles à tenir ne servent pas avant tout à maintenir l’engouement des investisseurs et le prix de l’action à des niveaux irrationnels. D’ailleurs, la SEC (l’autorité des marchés financiers américaine) a déjà sanctionné Musk par le passé pour manipulation de cours via X (anciennement Twitter) le média racheté par l’homme qui est le plus riche de l’histoire.
Promettre la lune pour livrer un caillou
Cette nouvelle affaire à propos de la conduite autonome s’inscrit dans un schéma de communication de Musk qui le caractérise bien. Le Cybertruck devait révolutionner l’industrie du pickup en 2021, il est arrivé fin 2023 avec tellement de défauts de fabrication et des performances en deçà des annonces qu’il est devenu un véritable échec commercial. Le Tesla Semi promis pour 2019 n’est toujours pas produit en masse. Le Roadster nouvelle génération annoncé pour 2020 reste aux abonnés absents alors que Tesla continue de faire rentrer l’argent des précommandes à un tarif d’un peu moins de 50 000 euros, sans connaître ni sa date de sortie, ni son tarif final.
À chaque fois, c’est le même processus et les investisseurs tombent toujours dans le panneau. Des promesses grandioses accompagnées de dates précises, un battage médiatique intense, une montée du cours de bourse, puis un silence embarrassé quand les deadlines passent sans que rien ne se concrétise. Et finalement, des années plus tard, une livraison partielle qui ne correspond jamais vraiment aux engagements initiaux.
Le FSD pousse cette logique encore plus loin puisqu’il s’agit d’une fonctionnalité déjà facturée aux clients. Des dizaines de milliers d’acheteurs Tesla ont payé entre 7 000 et 15 000 dollars pour une option « Full Self-Driving » qui, sept ans après son lancement commercial, ne permet toujours pas de conduire sans supervision. D’un point de vue juridique, on frôle la publicité mensongère. Appeler un système de cette façon alors qu’il nécessite une attention constante du conducteur et ne peut légalement fonctionner sans supervision relève de la tromperie.
Les mensonges d’un génie ?
Le plus frustrant dans cette histoire, c’est que Tesla possède effectivement une avance technologique réelle dans le domaine de l’assistance à la conduite. Le système FSD, malgré tous ses défauts et ses limitations, reste impressionnant techniquement. Mais cette réalité se trouve systématiquement noyée sous un déluge de promesses impossibles et de mensonges par omission. Il aurait pu présenter le FSD comme un work in progress fascinant, en constante amélioration. Au lieu de ça, il a choisi la stratégie du toujours plus, du bientôt, du dans quelques mois maximum. Cette tactique fonctionne à court terme pour maintenir l’attention médiatique et gonfler artificiellement la valorisation de Tesla. Mais elle finit par miner la crédibilité de l’entreprise et de son dirigeant. Combien de fois peut-on crier au loup avant que plus personne ne vous écoute ? Apparemment un bon paquet de fois tout de même.
En attendant, Musk continue sa danse du chiffre . Après avoir promis l’autonomie pour 2018, puis 2019, puis 2020, 2021, 2022, 2023, 2024 et maintenant fin 2025, on nous annonce finalement que non, il faut encore attendre. Peut-être 2027 cette fois ? Ou 2028 ? À ce rythme-là, les voitures volantes arriveront probablement avant les Tesla vraiment autonomes.
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