À l’heure des compagnons IA et des chatbots, peut-on encore considérer les assistants virtuels comme de simples outils ? Non, si l’on en croit cette récente étude de l’Ifop menée pour Gleeden. L’effet Tamagotchi, qui consiste à humaniser une IA parce qu’elle nous renvoie un simulacre de vie, est mesuré depuis déjà des années par les sociologues. Tandis que de plus en plus de gens développent des sentiments (bien réels) pour une intelligence artificielle, la question de la sexualité est au premier plan.
Sextoy, porno ou amant ?
Selon l’étude menée par l’IFOP en novembre 2025, 49% des Français estiment qu’échanger des messages ambigus avec un personnage généré par IA relève de l’infidélité. Chez les femmes, le chiffre grimpe à 54%, contre 44% chez les hommes. 23% d’entre eux y verraient même un motif de rupture, avec un taux à 28% chez les femmes en couple exclusif. Ce chiffre prolonge une conception ancrée de l’amour et la sexualité en France : en 2016, 60% des Français voyaient déjà la pornographie VR comme une trahison. Aujourd’hui, avec Candy.ai ou Replika qui simulent câlins et orgasmes vocaux, le flou s’épaissit.
Reste à s’interroger sur la manière dont nous considérons ces IA. Car c’est bien là toute la distinction entre masturbation “aidée” et infidélité. Si l’utilisation d’un sextoy ou d’un support pornographique n’est pas considérée comme une tromperie, comment expliquer la distinction qui est faite avec l’intelligence artificielle ?
L’intime comme clé de voûte
Si la moitié des Françaises et des Français considèrent l’IA comme un concurrent amoureux potentiel, il faut peut-être s’éloigner de l’aspect sexuel pour chercher du côté de l’émotionnel. C’est là que les chabots se distingue des vibromasseurs et des contenus érotico-pornographiques. L’IA n’est pas juste un fantasme, “elle matérialise l’intime sans risque réel, mais heurte l’exclusivité émotionnelle”, analyse Solène Picaud de Gleeden. Ce n’est pas l’infidélité physique qui est en cause ici, mais bien l’infidélité émotionnelle. Humain ou pas, développer des sentiments amoureux ou romantiques pour quelqu’un (ou en l’occurence quelque chose) d’autre semble être le point culminant de l’infidélité moderne.
Disponibles à toute heure du jour et de la nuit, toujours bienveillants, jamais toxiques, mal lunés ou fatigués… Pour beaucoup, ces compagnons virtuels apportent une réassurance, un sentiment de soutien et d’écoute permanent, que ne pourrait pas assurer un partenaire humain. Le chiffre grimpe logiquement dans le cas d’un couple exclusif et monogame.
Questionner la fidélité au sens large
C’est là qu’intervient un autre principe fondamental, mais souvent mal défini dans notre société : la fidélité. La tromperie peut prendre de nombreuses formes en fonction des attentes et de la conception de chacun. De manière générale, on peut estimer qu’elle commence là où le “contrat” tacite d’une relation n’est plus respecté. “L’infidélité commence quand l’émotion fuit vers le virtuel“, analyse François Kraus, directeur du pôle Politique/Actualité de l’IFOP. Dans le cas de l’IA, “c’est un palliatif à l’insatisfaction, mais ça érode le lien réel“.
Plus concrètement estime Gleeden dans son étude, l’IA est en passe de s’imposer dans les habitudes sexuelles des Français. Sans parler de la pornographie générée artificiellement, les chatbots et autres plateformes de discussion virtuelle vont sans doute devenir des exutoires érotiques et romantiques pour beaucoup. De quoi redéfinir les contrats amoureux chez certains ?
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