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Drones : avec Damocles, l’armée française passe enfin à la vitesse supérieure

Après des années de prototypes et de tergiversations, l’armée de Terre commence à recevoir ses premiers drones kamikazes FPV conçus et produits en France. Le MX-10 « Damocles » n’est pas un monstre de technologie futuriste, mais c’est une entrée très concrète des forces françaises dans un domaine incontournable sur les champs de bataille modernes.

Cette fois, ce n’est plus un concept ni une maquette de salon. En décembre dernier, la Direction générale de l’armement a livré au Service interarmées des munitions les premiers exemplaires du MX-10 Damocles, un drone FPV de frappe désormais officiellement en service. L’appareil avait été codifié quelques semaines plus tôt, en novembre, ce qui a permis sa diffusion dans les unités.

Un drone modeste mais enfin opérationnel

Le MX-10 Damocles est issu du programme Colibri, mené par la branche française de KNDS et le spécialiste du drone Delair. Il appartient à la famille de drones d’attaque « Mataris », pensée pour donner aux forces françaises une capacité offensive souveraine opérée à distance.

Sur le plan technique, rien d’extravagant, mais des caractéristiques cohérentes avec les usages observés ces dernières années : un quadricoptère capable de voler environ 40 minutes, d’emporter une charge militaire de 550 grammes, d’opérer jusqu’à 10 kilomètres, y compris sous brouillage, et d’embarquer des caméras jour et nuit. Bref, un outil simple, pensé pour le terrain, et surtout disponible.

Au total, 460 exemplaires doivent être livrés d’ici l’été 2026, à un rythme industriel évalué à deux ou trois drones par jour. Dix-huit mois se sont écoulés entre le lancement du développement et les premières livraisons. À l’échelle des grands programmes d’armement, c’est presque de la science-fiction. Mais à l’échelle de la guerre des drones, c’est plutôt le strict minimum.

La surprise vient surtout des volumes commandés. Le ministère des Armées ne prévoit pas d’inonder ses dépôts de drones kamikazes. D’ici 2030, la commande totale pour l’ensemble de la famille Mataris devrait plafonner à environ 1.800 unités. Un chiffre pour le moins modeste quand on sait que certains conflits récents se comptent en dizaines de milliers de drones.

Ce choix n’est pourtant pas un oubli. Paris assume une stratégie très pragmatique : inutile de stocker massivement des systèmes qui risquent d’être dépassés en quelques mois. Dans un domaine où l’innovation avance plus vite que les lois de programmation militaire, accumuler serait surtout une manière efficace de fabriquer de l’obsolescence.

L’objectif est donc ailleurs : former les militaires à l’utilisation de ces munitions opérées à distance, et maintenir des chaînes industrielles capables de monter en cadence rapidement si nécessaire. Cette approche tranche avec les années précédentes, longtemps marquées par des démonstrateurs élégants, mais inadaptés à des combats saturés de drones bon marché.

La France a récemment commandé d’autres drones d’attaque, notamment le modèle OWE développé par MBDA, et multiplié les partenariats pour accélérer les cadences. Des livraisons antérieures du drone Colibri, rebaptisé MV-25, auraient même eu lieu, y compris à destination de l’Ukraine, mais sans communication publique sur leur emploi réel.

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