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Overwatch lance son opération de la dernière chance

Quatre ans après une transition désastreuse vers un free-to-play controversé, Blizzard tente de sauver son hero-shooter. L’année 2026 et les promesses du studio marqueront-elles un véritable renouveau ou une ultime tentative pour regagner une communauté trahie ?

Retour en 2016. Blizzard, géant historique du jeu vidéo, sort son tout premier FPS. Dans un marché dominé par Call of Duty et Battlefield, le studio californien propose un hero-shooter coloré, inclusif, avec un roster de personnages charismatiques et un gameplay accessible, mais exigeant.

Un véritable phénomène

Le succès d’Overwatch est immédiat et phénoménal. Sept millions de joueurs la première semaine, un chiffre qui explosera pour atteindre 50 millions d’utilisateurs en 2020. Overwatch devient une référence et les personnages deviennent des icônes de la pop culture.

L’Overwatch League, la compétition e-sport officielle, attire des millions de spectateurs. Les cinématiques animées de Blizzard accumulent des centaines de millions de vues. Le jeu remporte le titre de « Jeu de l’année » aux Game Awards 2016. Overwatch n’est pas qu’un jeu, c’est un phénomène culturel.

Derrière cette réussite Jeff Kaplan, le game director emblématique, visage du jeu et lien direct avec la communauté. « Papa Jeff » incarne Overwatch. Ses Developer Updates sur YouTube sont attendus comme des événements, il écoute, il explique et rassure. Les joueurs lui font confiance.

Puis vient la BlizzCon de 2019

Crédits : Blizzard

Blizzard annonce Overwatch 2 lors de la BlizzCon de 2019. La salle explose, mais très vite, une question se pose. Pourquoi faire une suite quand le premier jeu fonctionne parfaitement et que la base de joueurs est massive ?

Le point central d’OW 2 sera le mode Player vs Environment (PvE). Le mode coopératif, les missions scénarisées, l’histoire d’Overwatch enfin racontée de manière approfondie. Des arbres de talents pour personnaliser chaque héros, de la progression, du lore et des cinématiques. Ce mode histoire avec le PvE, c’est LA justification de l’existence d’Overwatch 2. Sans lui, ce n’est rien de plus qu’une mise à jour déguisée non ? Si le PVE est à la hauteur des promesses, Overwatch 2 peut devenir quelque chose d’unique, un hero-shooter compétitif doublé d’une vraie expérience narrative. Le meilleur des deux mondes. La date de sortie ? Pas encore connue, mais une chose est sûre, l’attente sera longue, très longue.

Ah ben merci Jeff…

Le 20 avril 2021, un communiqué laconique sur le blog officiel d’Overwatch explique que Jeff Kaplan quitte Blizzard après 19 ans dans le studio. Pas d’explication, pas de détails, juste un message d’adieu poli et un départ aussi soudain que mystérieux.

McCree Cole Cassidy blizzard overwatch
Crédits : Blizzard

Pour la communauté, c’est un électrochoc. Jeff ne quitte pas Blizzard, Jeff abandonne son jeu, en plein développement d’Overwatch 2. Aaron Keller, vétéran de 18 ans chez Blizzard et co-fondateur de l’équipe Overwatch, prend la relève. À ce moment-là, Blizzard traverse une période sombre avec des scandales internes, licenciements massifs et globalement un climat toxique au sein du studio. Le départ de Kaplan s’ajoute à une longue liste de figures emblématiques qui quittent le navire. Le développement d’Overwatch 2 s’étire et pendant que les joueurs s’impatientent, certains commencent à douter de la qualité de ce prochain opus.

Et la catastrophe arriva

Le 4 octobre 2022, Overwatch 2 sort enfin, en remplaçant Overwatch 1, dont les serveurs ferment définitivement la veille. Les joueurs qui avaient payé 40 à 60 € pour le premier jeu n’ont plus le choix, c’est Overwatch 2 ou rien.

Les problèmes commencent immédiatement. Files d’attente interminables, serveurs qui crashent, comptes perdus, progression effacée. Mais au-delà des soucis techniques, c’est le modèle économique qui choque. Le passage en free-to-play transforme radicalement l’expérience. Là où Overwatch 1 proposait un achat unique avec tous les héros débloqués et des lootboxes gratuites, Overwatch 2 impose un Battle Pass à 10 € par saison pour accéder aux nouveaux héros. Les skins légendaires passent à 19 € pièce, les mythiques grimpent jusqu’à 40 €.

Les joueurs d’Overwatch 1 (moi le premier) se sentent trahis. Le jeu sur lequel je revenais quotidiennement a littéralement été effacé, remplacé par un free-to-play qui redemande de l’argent à chaque saison. Pire encore, les nouveaux héros sont désormais verrouillés au niveau 55 du Battle Pass, obligeant à des dizaines d’heures de grind ou à payer pour les débloquer immédiatement. Dans Overwatch 1, tous les héros étaient disponibles gratuitement dès le premier jour.

Le format 5v5 divise également la communauté. Blizzard supprime un tank par équipe pour casser la méta boucliers qui étouffait le jeu. Mais cette décision crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Le tank solo subit une pression énorme et devient le bouc émissaire automatique de chaque défaite. Plus de second tank pour protéger les supports des DPS mobiles comme Genji ou Tracer. Le gameplay devient plus simple, moins tactique, avec des synergies réduites.

Difficile de tomber plus bas pour Overwatch 2, non ?

Image d'un coffre de butins d'Overwatch avec un signe interdit rouge devant.
© Blizzard / Canva / JDG

En mai 2023, Aaron Keller et Jared Neuss, producteur exécutif, organisent un livestream pour parler de l’avenir d’Overwatch 2. Ils annoncent ici que le mode PvE, point central de cette suppression de notre Overwatch 1 bien aimé est annulé. Pas reporté, pas revu ou quoi hein, juste annulé. Tout ce qui justifiait l’existence d’Overwatch 2 disparaît. « Manque de ressources », « impossible d’atteindre la qualité Blizzard », expliquent-ils. Des sources révéleront plus tard que la décision avait été prise dès décembre 2022, six mois avant l’annonce publique.

La communauté explose de rage. Sur les forums, sur Reddit, sur Twitter, c’est un tsunami de colère. Les mots « arnaque », « mensonge », « trahison » reviennent en boucle à propos de cette annonce, où Overwatch 2 n’a plus aucune raison d’exister.

Blizzard finira par sortir « Invasion », son mode PvE de remplacement. Trois missions payantes de 15 à 20 minutes chacune, soit environ une heure de contenu au total pour 15 €. Pas d’arbres de talents, pas de progression, pas de rejouabilité. Juste trois missions basiques similaires aux événements temporaires d’Overwatch 1. Le producteur Jared Neuss confirme sur Twitter que chaque futur « chapitre » coûtera également 15 €. Si Blizzard sort 20 chapitres, le PVE coûtera 300 € au total. Pour un mode qui devait être inclus dans le jeu de base.

Le même mois, Overwatch 2 débarque sur Steam. Le résultat est sans appel : 91 % d’avis négatifs sur plus de 180 000 commentaires. Le jeu devient le titre le moins bien noté de toute la plateforme Steam.

Les Junkrats quittent le navire

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En octobre 2022, Overwatch 2 attire 25 millions de joueurs en dix jours, avec un pic à 45 millions d’utilisateurs actifs mensuels fin 2022. Trois mois plus tard, au premier trimestre 2023, le jeu ne compte plus que 27 millions de joueurs. Une perte de 18 millions d’utilisateurs en un trimestre. À la mi -2023, Activision Blizzard reconnaît officiellement dans son rapport financier du deuxième trimestre « la baisse de l’engagement et de l’investissement des joueurs » sur Overwatch 2.

Sur Twitch, l’audience s’effondre. De 400 000 viewers pendant la bêta en 2022, le jeu passe à 1 200 spectateurs en août 2023. En décembre 2024, le pic de joueurs simultanés sur Steam tombe à 16 919, son plus bas niveau historique depuis le lancement sur la plateforme.

Le 6 décembre 2024, NetEase sort Marvel Rivals, un hero-shooter gratuit avec les super-héros Marvel. Le jeu propose du 6v6 comme Overwatch 1, tous les héros sont gratuits dès le lancement et la monétisation est bien moins agressive. L’impact est immédiat et dévastateur. En une semaine, les connexions simultanées d’Overwatch 2 sur Steam passent de 51 000 à 17 500. 45 % des joueurs actifs migrent vers Marvel Rivals. En décembre, Marvel Rivals se hisse à la troisième place des jeux les plus joués sur Steam pendant qu’Overwatch 2 chute.

L’opération reconquête avec le spotlight de 2026

Dans une énorme opération pour fêter son anniversaire ainsi que ceux de ses licences, Blizzard vient de montrer son spotlight Overwatch.

Premier symbole fort, Overwatch 2 redevient simplement Overwatch. Blizzard abandonne le chiffre qui incarnait toutes les promesses brisées. Le jeu ne parle plus de « suite », mais de « nouvelle ère ». La sémantique ne se veut pas anodine. Aaron Keller l’explique dans le livestream : « Overwatch est plus qu’un chiffre. C’est un univers vivant qui continue de grandir et de rassembler des joueurs du monde entier. Cette année marque un tournant majeur dans notre vision du futur d’Overwatch. »

L’annonce la plus spectaculaire à retenir ici, cinq nouveaux héros arrivent le 10 février, tous en même temps, du jamais vu dans l’histoire du jeu. Puis un héros supplémentaire arrivera chaque saison, pour un total de dix personnages en 2026. Domina, héritière de Vishkar Industries, rejoint les tanks avec un kit basé sur les écrans photoformés et le contrôle de zone. Emre, ancien agent d’Overwatch passé à la Griffe, apporte un fusil à rafales et un pistolet drainant avec vol de vie. Mizuki, membre du clan Hashimoto, soigne avec son chapeau qui rebondit entre alliés. Anran, manieuse de feu, peut ressusciter après sa mort dans une explosion de flammes. Et enfin il y aura Jetpack Cat, le personnage attendu depuis des années par la communauté qui comme son nom l’indique est un chat avec un jetpack qui peut transporter des alliés en vol.

Blizzard promet également son « premier récit annuel entièrement connecté ». L’arc « Le Règne de la Griffe » se déroulera sur six saisons, de février à fin 2026, avec un début, un milieu et une fin. Sous l’impulsion de Vendetta, la Griffe bouleverse l’ordre mondial tandis qu’Overwatch peine à lutter. Les joueurs verront l’histoire progresser en temps réel via des événements en jeu avec choix de faction, des cinématiques, des bandes dessinées, et des cartes qui évoluent visuellement selon l’histoire. L’événement « Conquête », disponible dès la Saison 1, demandera aux joueurs de choisir leur camp chaque semaine pendant cinq semaines, avec à la clé des coffres, des skins et un modèle légendaire d’Écho aux couleurs de la faction choisie.

Overwatch 2
© Blizzard

Le jeu bénéficiera aussi de la plus grosse refonte d’interface de son histoire, avec un nouveau salon 3D, un centre de notifications repensé et une navigation entièrement restructurée. Les accolades post-match, présentes dans Overwatch 1, font leur retour.

Overwatch sortira également sur Switch 2 dès la Saison 2 au printemps 2026. L’Overwatch Championship Series démarre à Séoul et se termine en Chine. Et la Coupe du Monde d’Overwatch revient lors de la BlizzCon 2026, après des années d’absence. Du 10 au 23 février, une collaboration surprise avec Sanrio apportera six skins Hello Kitty and Friends, dont Juno en Hello Kitty, Kiriko en Cinnamoroll, et D.Va en My Melody.

Est-ce suffisant pour reconquérir les joueurs ?

Le Spotlight 2026 est impressionnant sur le papier. Dix héros en un an contre deux ou trois habituellement, un arc narratif structuré, des événements communautaires, une refonte complète de l’interface… Blizzard met le paquet. Mais après quatre ans de promesses brisées, la communauté reste méfiante. Sur Reddit, sur Twitter, les réactions sont partagées. Certains parlent de « nouvelle chance », d’autres de « trop peu, trop tard ».

Le PvE annulé reste une plaie ouverte. Blizzard n’en parle plus, mais les joueurs n’oublient pas. La promesse centrale d’Overwatch 2 a été trahie et aucune annonce de 2026 ne la remplace vraiment. La monétisation agressive continue également.

Le format 5v5 divise toujours. Blizzard a testé le retour du 6v6 en décembre 2024 et les joueurs ont adoré. Les joueurs qui sont partis chez Marvel Rivals ne reviendront pas facilement. Personnellement, je rêve d’un mode Classic permanent du premier Overwatch comme l’a déjà fait Blizzard avec World of Wacraft, mais ça ne semble pas vraiment être à l’ordre du jour.

Le pari de la dernière chance

Blizzard joue la survie de la franchise. Overwatch 1 était un phénomène culturel. Overwatch 2 est devenu un symbole d’échec, de promesses brisées et de monétisation abusive. La Saison 1 démarre le 10 février et les joueurs vont probablement vouloir tester les nouveautés prochainement, mais cette fois, on doute qu’Overwatch ait une troisième chance en cas d’échec.

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