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La Russie contrôle des pigeons avec des implants neuronaux

Oubliez les drones bourdonnants et les caméras bien visibles : en Russie, une start-up mise sur… des pigeons bardés d’électronique et d’implants cérébraux ! L’idée peut prêter à sourire, mais elle soulève des questions très sérieuses — sur la surveillance, la guerre et le sort réservé aux animaux.

Les pigeons ont longtemps rendu service aux humains : messagers, boussoles vivantes, parfois même espions. La société russe Neiry Group propose d’aller plus loin, beaucoup plus loin (trop ?). Son concept : transformer des oiseaux en « bio-drones » grâce à des implants neuronaux capables d’influencer directement leurs mouvements.

Des pigeons version « joystick »

Concrètement, des électrodes sont implantées dans des zones du cerveau liées à la locomotion. Reliées à un petit boîtier fixé sur le dos de l’animal — avec GPS, caméra et électronique alimentée en partie par l’énergie solaire — elles permettent d’envoyer des impulsions électriques qui incitent l’oiseau à tourner à gauche, à droite ou à suivre une trajectoire précise. Plus besoin de dressage, assure l’entreprise : après l’opération, « tout animal devient contrôlable à distance ».

Lors de tests menés à Moscou, plusieurs pigeons ont ainsi décollé d’un laboratoire, effectué un parcours prédéfini, puis regagné leur point de départ. Pour Alex Panov, le patron de Neiry, les oiseaux offrent des avantages évidents : ils savent se faufiler partout, voler longtemps et passer inaperçus là où les drones classiques sont interdits ou trop visibles. Les usages annoncés sont civils : inspection de lignes électriques, surveillance de l’environnement, recherche de personnes disparues ou contrôle d’infrastructures.

Sur le papier, le pigeon connecté ressemble à un outil polyvalent. Dans la réalité, l’idée est quelque peu dérangeante. Neiry affirme ne pas viser d’applications militaires, mais le contexte complique le message. L’entreprise a levé environ 50 millions de dollars auprès d’investisseurs exclusivement russes, dont une fondation liée à l’État. Et la Russie mise massivement sur les drones dans sa guerre en Ukraine.

Le risque est d’utiliser ces pigeons comme outils de surveillance clandestine. Ces animaux sont effectivement bien plus discrets qu’un engin métallique. Mais au-delà des considérations sécuritaires, c’est l’éthique qui préoccupe. Contrôler un animal via un implant cérébral donne un sérieux sentiment de malaise. Expérimenter sur des animaux pour améliorer la santé humaine peut se défendre, mais les transformer en outils sous contrôle neuronal, c’est tout autre chose.

Neiry, de son côté, balaie les critiques. Ses bioéthiciens internes estiment que l’atteinte à l’autonomie des animaux reste comparable à des pratiques agricoles courantes. Et l’entreprise voit déjà plus loin : elle teste des dispositifs similaires sur des vaches pour stimuler la production de lait, avec l’objectif d’équiper bien plus d’animaux d’ici à 2026.

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Source : Bloomberg

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