La DNA Card de Biomemory renferme une minuscule capsule métallique contenant des brins d’ADN synthétique dérivés de bactéries E. coli. Ces brins, manipulés et séchés, encodent 1 Ko de données sous forme de séquences ACGT (adénine, cytosine, guanine, thymine). La densité annoncée est d’un bit pour quatre bases nucléiques.
Un gramme d’ADN = 215 pétaoctets
Le processus est tout sauf instantané. Le client transmet les données à archiver ; Biomemory les envoie au laboratoire Eurofins Genomics, en Allemagne, qui synthétise l’ADN correspondant, le sèche puis l’insère dans une capsule hermétique intégrée à la carte. L’opération est réalisée en double : deux cartes identiques sont expédiées au client. La promesse ? Une conservation d’au moins 150 ans.
Pour relire les données, il faut renvoyer la carte au laboratoire. L’ADN est extrait puis séquencé, ce qui détruit la capsule au passage. Les séquences ACGT sont ensuite transmises au client, qui doit les décoder via l’outil de traduction développé par Biomemory. Le débit d’entrée/sortie se compte en jours. À 1.000 € le kilooctet, la comparaison avec une simple feuille de papier conservée dans un coffre-fort peut faire sourire.
Erfane Arwani, cofondateur et directeur général, assume la dimension démo de sa carte : « Le lancement de nos DNA Cards représente une étape importante dans l’évolution du stockage des données. » Il y voit la concrétisation d’années de discussions autour du calcul moléculaire, et une vitrine du potentiel de cette technologie.
Derrière l’objet marketing, Biomemory a des ambitions industrielles. La société, fondée en 2021 et issue des travaux de la Sorbonne et du CNRS, a levé fin 2024 18 millions de dollars (environ 17,15 millions d’euros) en série A. Cet argent sert à développer un premier équipement destiné aux centres de données, nouer des partenariats avec des acteurs du cloud, recruter des spécialistes en biologie moléculaire et en ingénierie, et élargir la recherche sur des solutions fondées sur les molécules. Biomemory évoque déjà un produit « Prime » capable de stocker 100 pétaoctets, avec une disponibilité pour cette année. À plus long terme, la start-up veut atteindre l’échelle de l’exaoctet d’ici 2030.

La promesse théorique est folle : un gramme d’ADN pourrait contenir jusqu’à 215 pétaoctets. Biomemory affirme qu’un rack de 19 pouces pourrait, à terme, accueillir l’ensemble des données de l’humanité (!). Reste un obstacle de taille : réduire drastiquement les temps d’écriture (encodage) et de lecture (séquençage), aujourd’hui mesurés en jours, ainsi que le coût et l’encombrement des équipements.
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