L’annonce a de quoi surprendre ceux qui rangent encore les logiciels de sécurité dans des cases bien nettes : NordVPN, le champion mondial des VPN né en Lituanie, ne veut plus être présenté comme un simple VPN. Avec le lancement de son antivirus nouvelle génération, l’éditeur se rebaptise “solution de sécurité numérique tout-en-un”. “Vous vous appelez toujours NordVPN, mais c’est plus qu’un VPN”, résume Domininkas Virbickas, directeur produit de la marque, lors d’une visio-conférence avec les équipes du Journal du Geek.
Le mouvement peut sembler opportuniste mais il est en réalité l’aboutissement logique d’une tendance de fond : depuis des années, antivirus et VPN convergent vers un même point. Les premiers se sont mis à vendre du tunnel chiffré, les seconds à filtrer les menaces. NordVPN ne fait que franchir le dernier pas (le plus symbolique) puisqu’il consiste à s’approprier le mot “antivirus” lui-même.
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Quand les antivirus se sont mis au VPN
Le premier rapprochement est venu du camp des antivirus. Aujourd’hui, il est devenu presque impossible d’acheter une suite de sécurité grand public sans qu’un VPN y soit glissé. Chez Norton, propriété du géant Gen Digital qui possède aussi Avast, AVG et Avira, le VPN est intégré à partir de la formule 360 Standard et jusqu’au haut de gamme Advanced, qui pousse la couverture à dix appareils.
Avast One a opté pour une logique modulaire : on part d’un antivirus gratuit et l’on greffe à la demande le VPN SecureLine, un nettoyeur de disque ou un outil anti-traçage, sans changer d’application. Bitdefender, de son côté, livre un VPN (trop) bridé à 200 Mo par jour dans ses formules de base et un VPN illimité dans ses offres Premium et Ultimate.
La mécanique est partout la même : l’antivirus est le produit d’appel, le VPN devient l’argument de montée en gamme. Pour ces éditeurs, l’enjeu est moins technique que commercial puisqu’il fidélise un abonné en lui vendant un bouquet plutôt qu’une simple licence annuelle.
Quand les VPN se sont mis à la sécurité
Le mouvement inverse est plus discret mais tout aussi profond : les VPN dits “pure-players” ont passé la dernière décennie à empiler des fonctionnalités qui n’avaient plus grand-chose à voir avec le simple masquage d’adresse IP. Par exemple, Surfshark est allé très loin avec son module CleanWeb inclus dans tous les abonnements et qui bloque la publicité, les traqueurs et les logiciels malveillants depuis une seule extension ou application. La marque, qui appartient au groupe de NordVPN depuis 2022, propose désormais aussi un forfait Surfshark One qui ajoute un véritable antivirus, des alertes de fuite de données et un moteur de recherche privé par-dessus le VPN.
ExpressVPN regroupe quant à lui ses outils sous le nom d’Advanced Protection : un bloqueur de publicités et un bloqueur de sites malveillants disponibles sur toutes les formules, complétés par un bloqueur de traqueurs et un contrôle parental sur les abonnements supérieurs. L’éditeur va jusqu’à vendre son propre routeur, Aircove, pour étendre cette protection à toute la maison.
Le cas le plus révélateur est CyberGhost : le VPN roumain commercialise une suite de sécurité sur Windows qui embarque carrément un antivirus qui a été développé par un spécialiste en cybersécurité (qui appartient au même groupe) : le moteur provient d’Intego, une marque d’antivirus établie et connue sur macOS, accompagnée d’un gestionnaire de mises à jour applicatives et d’un outil de confidentialité système. Autrement dit, pour se transformer en suite de sécurité, un VPN est allé chercher la brique manquante… chez un éditeur d’antivirus.
NordVPN choisit de tout construire en interne
Plutôt que de revendre la technologie d’un tiers, NordVPN a développé son antivirus en interne en réutilisant les briques de son ancienne suite Protection Anti-menaces Pro : anti-malware, anti-phishing, anti-tracking, filtre anti-arnaque et filtrage des appels frauduleux, le tout animé par plusieurs modèles d’intelligence artificielle, dont l’un spécialisé dans la détection de l’ingénierie sociale.
Surtout, NordVPN assume un positionnement à contre-courant des antivirus historiques. “Nous ne voulons pas rivaliser avec les antivirus classiques sur la protection contre les malwares anciens”, explique Domininkas Virbickas. “Nous voulons rivaliser sur le phishing, les arnaques et les faux sites marchands.” Là où un antivirus traditionnel attend qu’un fichier infecté atterrisse sur la machine, NordVPN dit vouloir intercepter la menace en amont avant même que l’utilisateur ait livré un mot de passe.
Pour accompagner ce virage, la grille tarifaire est repensée autour d’une nouvelle formule Standard combinant VPN et antivirus, à partir de 3,19 euros par mois ; l’offre Basique qui est la plus populaire reste cantonnée au seul VPN à 2,56 euros par mois (avec le code JDGMEDIA) tandis que les formules Plus (3,49 euros) et Ultime (6,19 euros) ajoutent gestionnaire de mots de passe, stockage cloud et assurance cyber-risques.
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