L’intelligence artificielle continue de s’imposer dans tous les secteurs artistiques, y compris le cinéma (surtout le cinéma). Mais, lorsqu’on parle de ce sujet, alors que beaucoup imaginent des films entièrement générés par des algorithmes plus ou moins complexes, Steven Spielberg vient de rappeler que l’IA peut être un outil précieux, mais elle ne doit pas devenir l’auteur. C’est une distinction de plus en plus importante aujourd’hui, à une époque où les abus sont nombreux.
Invité du podcast IMO, animé par Michelle Obama et Craig Robinson, le réalisateur de Jurassic Park, La Liste de Schindler ou encore Ready Player One s’est montré plus nuancé que certains de ses confrères. Contrairement à l’image parfois véhiculée pzr de nombreux grands cinéastes, Spielberg n’est pas opposé à l’intelligence artificielle. Au contraire, il estime qu’elle peut rendre de précieux services aux créateurs. Il place cependant une limite très claire :
“Mais ne me dis pas que je n’ai pas trouvé le bon antagoniste pour ce film. Ne me dis pas comment écrire les répliques de ce personnage. Ne me dis pas où la caméra doit se placer. Et ne me dis pas non plus à quoi doit ressembler le décor. Utilisez l’IA comme un outil, mais ne la considérez pas comme le dernier mot en matière de créativité.”
Une industrie très vite
Depuis deux ans, l’intelligence artificielle s’invite progressivement (ou avec les pieds dans le plat) dans la production audiovisuelle. Les studios utilisent déjà des outils spécifiques pour accélérer le storyboard, les effets visuels, le repérage de décors ou encore certaines tâches de postproduction.
Netflix a d’ailleurs reconnu avoir utilisé des technologies d’IA pour produire certaines séquences qui auraient été impossibles à financer avec les budgets prévus. De leur côté, Google, OpenAI, Runway ou encore Pika dévoilent chaque mois des générateurs vidéo toujours plus impressionnants. L’objectif est évidemment de produire des images crédibles de moins en moins cher, soit pour rentabiliser les productions plus vite, soit pour allouer le budget à d’autres départements. Mais cette révolution technologique a également provoqué l’une des plus grandes crises qu’Hollywood ait connues récemment.
En effet, lors des grèves historiques de 2023, les acteurs et scénaristes américains ont fait de l’intelligence artificielle leur principal cheval de bataille. Les membres du syndicat SAG-AFTRA craignaient notamment que leurs visages, leurs voix ou leurs performances puissent être reproduits numériquement sans leur consentement.
Les accords finalement signés imposent désormais plusieurs garanties pour les acteurs. Les studios doivent obtenir leur autorisation explicite avant de créer un double numérique ou d’utiliser leur image/voix générée par IA. Une compensation financière est également prévue dans la plupart des cas parce qu’il faut bien que chacune de leur apparition à l’écran soit rémunérée.
Ces protections rassurent partiellement les professionnels, mais les inquiétudes persistent. De nombreux artistes, techniciens ou créatifs redoutent que certaines fonctions disparaissent progressivement au profit d’outils automatisés.
Les films 100 % IA sont déjà là
La théorie est d’ailleurs en train de devenir réalité. Le réalisateur Philippe Shangti a récemment présenté l’un des premiers longs-métrages entièrement produits grâce à l’intelligence artificielle générative. D’autres projets similaires émergent déjà partout dans le monde. Ces expérimentations restent encore limitées, mais elles montrent à quel point la technologie progresse vite.
C’est précisément pour cette raison que la prise de parole de Spielberg résonne aujourd’hui. L’enjeu n’est plus de savoir si l’IA sera utilisée dans le cinéma puisque c’est déjà le cas. La vraie question est désormais de déterminer jusqu’où elle pourra aller sans remplacer ce qui fait encore la force d’un film.
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