C’est quoi Toutatis ?
Toutatis est un drone à courte portée conçue pour les conflits de haute intensité. Polyvalente, il peut être mise en œuvre par un soldat débarqué et déployée depuis plusieurs plateformes : véhicule de combat, aéronef ou plateforme navale.
Les specs sont celles d’un drone portable, pas d’un engin lourd. Toutatis pèse 4 kilos, mesure 1 mètre de long pour 60 cm d’envergure, emporte une tête militaire interchangeable de 1 kg, dispose de 30 minutes d’autonomie et d’une portée de 30 km. Il peut être déployé en moins de 5 minutes. Un soldat peut le transporter dans son sac, le sortir, le lancer, et reprendre sa progression.
Résistant au brouillage électromagnétique, équipé d’une tête militaire interchangeable selon la mission, Toutatis est capable de neutraliser des véhicules de combat tout en maintenant l’homme dans la boucle de décision. Il peut opérer au sein d’un essaim de drones. Ce dernier point est important car il ne s’agit pas d’un drone isolé, mais d’un système pensé pour fonctionner en coordination avec d’autres appareils.
Pourquoi ça change tout ?
Toutatis n’est pas une création ex nihilo, mais un prototype de Thales, présenté au salon du Bourget, qui attendait un industriel capable de le produire en masse. Renault s’est positionné comme cet industriel, puisque la logique est la même que pour le Chorus avec les cadences automobiles, les coûts automobiles, appliqués à la défense.
L’objectif de production est de 1 000 unités par mois dès la première année, avec un démarrage en 2027. La capacité peut monter à 10 000 unités par mois si la demande le justifie. C’est cette scalabilité qui intéresse les armées européennes : non pas un fournisseur qui livre quelques centaines d’unités par an après des délais de qualification de plusieurs années, mais une ligne industrielle qui peut monter en cadence comme une usine de voitures.
Pour qui, concrètement ?
Toutatis n’est pas prévu pour la France à court terme, même s’il y sera produit. Le drone est destiné à l’export, pour couvrir la demande actuelle en Europe de l’Est. Le patron de Thales, Patrice Caine, cité par Les Échos, parle de besoins “importants en volume et surtout assez immédiats, dans les pays dont le niveau de conflictualité est potentiellement élevé en Europe de l’Est“. Une façon mesurée de désigner l’Ukraine et les pays qui se réarment en anticipant un conflit avec la Russie.
Toutatis est le quatrième projet défense de Renault en moins d’un an. Chorus, le grand drone kamikaze lourd développé avec Turgis Gaillard, sort en production au Mans cette année à 600 unités par mois. Le 4 TROOP, le véhicule tactique développé avec Thales, a été présenté à Eurosatory lundi. Un drone terrestre développé avec John Cockerill, filiale liée à Arquus, l’ancien Renault Truck Défense, est également en cours de développement.
François Provost, directeur général du groupe Renault, n’exclut pas de “créer une organisation structurée pour répondre à l’ensemble des projets et opportunités” d’ici la fin de l’année. Ce serait la création d’une division défense formalisée, distincte de l’activité automobile. Renault n’a plus de division défense depuis la cession de Renault Trucks Defense à Volvo en 2001. Elle est en train d’en reconstruire une, discrètement, sous la pression du réarmement européen et des commandes qui s’accumulent.
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