Le 15 juillet, des centaines de millions de Chinois ont dû dire adieu à leurs petits amis virtuels. Face à la recrudescence des IA romantiques, Pékin a décidé de frapper fort, en règlementant drastiquement l’utilisation de ces technologies. Avec l’objectif assumé d’éviter les « dérives » et de relancer la natalité dans le pays, les géants de la tech ont désormais l’interdiction de proposer certains services d’intelligence artificielle mettant en scène des interactions amoureuses et sexuelles. « Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les risques de dérives éthiques et de perte de contrôle des technologies qui sont de plus en plus prégnants dans l’évolution actuelle. Si la gouvernance nécessaire ne suit pas le rythme, les conséquences pourraient être lourdes », expliquait récemment le Premier ministre chinois, Li Qiang, le 24 juin 2026 à l’occasion du Forum économique mondial de Dalian.
Rompre sur ordre de l’État
Du jour au lendemain, des millions de chatbots programmés pour se souvenir de tout, garder une personnalité stable et entretenir une relation qui ressemble, de très près, à une histoire d’amour ont cessé de fonctionner sur le territoire chinois, conformément aux Mesures provisoires pour l’encadrement des services d’interaction anthropomorphique par IA, un texte coécrit par l’Administration du cyberespace de Chine (CAC) et quatre autres agences, dont le ministère de l’Industrie et celui de la Sécurité publique. Publié le 10 avril, il est entré en vigueur après trois mois de sursis.
Le texte interdit purement et simplement les relations « virtuelles intimes » (amoureuses ou non) pour les moins de 18 ans, impose l’accord parental pour toute interaction anthropomorphique avant 14 ans, et oblige les plateformes à glisser un rappel toutes les deux heures de conversation ininterrompue pour rappeler aux internautes qu’ils discutent avec des machines. Détection en temps réel de la dépendance affective, bouton de sortie immédiate, dépôt obligatoire de l’algorithme dès qu’un service dépasse 1 million d’utilisateurs inscrits ou 100 000 utilisateurs actifs par mois : la liste des contraintes est longue, et visiblement incompatible avec l’architecture même de ces IA.
C’est en tout cas la conclusion à laquelle sont arrivés ByteDance et Alibaba. Plutôt que d’adapter leurs chatbots existants, les deux géants ont préféré tout arrêter net. Les utilisateurs de Doubao (l’IA romantique de Bytedance) peuvent consulter leurs conversations en lecture seule jusqu’au 15 octobre, avant que tout ne devienne définitivement inaccessible. Chez Alibaba, aucun sursis : les configurations et historiques de Qwen sont déjà supprimés, sans export possible.
Le réarmement démographique face à l’IA
Officiellement, Pékin justifie ce tour de vis par la protection psychologique des utilisateurs, en particulier des plus jeunes, face aux risques de manipulation émotionnelle et d’addiction. Mais l’arrière-plan démographique ne trompe personne. La population chinoise recule pour la quatrième année consécutive en 2025, avec un taux de natalité au plus bas de son histoire. Le pays compte environ 240 millions de célibataires selon un rapport officiel, et Pékin voit d’un mauvais œil des millions de jeunes qui préfèrent la compagnie d’un chatbot toujours disponible, jamais fatigué et réglé pour plaire, plutôt que celle d’un être humain.
La Chine devient ainsi le premier pays à se doter d’un cadre juridique aussi précis sur l’IA affective, une longueur d’avance qui n’a rien d’anodin. Aux États-Unis, Character.AI (233 millions d’utilisateurs inscrits en avril) et Replika reposent sur exactement la même mécanique de mémoire persistante et de personnalité stable, sans qu’aucune loi n’impose pour l’instant ce genre de garde-fous. L’Union européenne, de son côté, avance avec son AI Act et son approche par les risques, sans viser spécifiquement ce type de service.
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