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Majorité numérique : voilà comment TikTok et Instagram vont vérifier votre âge (et pourquoi c’est déjà un fiasco)

Derrière l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans en France se cache un chantier technique colossal. Toutes les plateformes vont devoir mettre en place un système de vérification d’âge d’ici janvier 2027, sans savoir si l’outil censé les y aider tiendra la route.

Un jeton numérique, généré par un tiers de confiance, sans transmission de données personnelles aux plateformes concernées. Sur le papier, la solution retenue par le gouvernement pour vérifier l’âge de millions d’internautes a tout de l’équation parfaite entre efficacité et respect de la vie privée. Dans les faits, l’expérience récente d’un outil européen quasi identique invite à sérieusement tempérer les ardeurs générales.

Le principe du « jeton d’âge anonymisé »

Le texte adopté en commission mixte paritaire ne détaille volontairement pas la mécanique technique de la vérification. A priori, la solution privilégiée reposera sur un principe déjà bien connu des gendarmes numériques et des internautes, celui du jeton d’âge anonymisé, ou ZKP pour Zero Knowledge Proof. Concrètement, chaque utilisateur devra prouver son identité auprès d’un tiers de confiance, qu’il soit public ou privé. Ce prestataire générera ensuite un laissez-passer numérique attestant de l’âge de la personne, sans jamais transmettre aux plateformes son nom, sa date de naissance précise ou tout autre document d’identité. En théorie, TikTok ou Instagram ne sauront donc rien de plus que votre droit, ou non à accéder à leur algorithme, sans rien connaître de votre identité.

Le déploiement s’annonce en deux temps. Dès l’entrée en vigueur du texte, prévue pour la rentrée de septembre, la création de nouveaux comptes sera bloquée pour les internautes n’ayant pas l’âge requis. Suivra ensuite une campagne bien plus ambitieuse, celle de la vérification de l’ensemble des comptes déjà existants, avec une échéance fixée au 1ᵉʳ janvier 2027 pour l’ensemble des plateformes concernées.

Un périmètre qui dépasse largement les sites habituels

Si TikTok, Instagram, Facebook et Snapchat sont évidemment en première ligne, le champ d’application du texte va bien au-delà des réseaux sociaux traditionnels. YouTube tombe également sous le coup de la loi, tout comme les fonctionnalités sociales intégrées à certains jeux vidéo, à commencer par les espaces de discussion et de rencontre au sein de Roblox. Quelques exceptions notables subsistent : WhatsApp échappe au dispositif, de même que les applications à vocation strictement éducative comme les encyclopédies en ligne ou les outils d’apprentissage.

Pour les équipes techniques de ces plateformes, l’enjeu est de taille. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter un simple champ de saisie de date de naissance, facilement contournable, mais d’intégrer un système de vérification robuste capable de dialoguer avec des tiers de confiance externes, tout en gérant les cas particuliers, les recours en cas d’erreur et la migration de comptes existants sans provoquer une vague de départs massifs. La même chose existe déjà avec les sites pornographiques, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est loin d’avoir été éprouvée.

Le précédent qui inquiète

Reste la question de la fiabilité. En avril dernier, la Commission européenne dévoilait en grande pompe sa propre application de vérification d’âge, présentée par Ursula von der Leyen comme respectant les normes de confidentialité les plus élevées au monde. Moins de 24 heures plus tard, un consultant en cybersécurité britannique parvenait à contourner le système. Les données sensibles de l’application, dont des photos d’identité, s’étaient révélées stockées en clair.

Cet épisode n’est pas anodin puisque cette application est justement pensée comme le prototype du futur portefeuille numérique européen, celui-là même sur lequel pourrait s’appuyer une partie du dispositif français. D’autres pistes techniques existent pourtant, testées ailleurs avec des résultats mitigés. En Australie, premier pays à avoir imposé une interdiction similaire, Snapchat s’appuie sur le prestataire singapourien k-ID, qui permet de prouver son âge via un compte bancaire local ou l’envoi de papiers d’identité. Meta, de son côté, a confié à la start-up londonienne Yoti l’analyse de selfies pour estimer l’âge des utilisateurs par intelligence artificielle en moins d’une minute. Une méthode rapide, mais dont la fiabilité reste sujette à caution pour les profils situés juste autour du seuil des 15 ans.

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