Nikola Tesla rêvait déjà de transmettre de l’électricité sans fil. Son idée n’a jamais vraiment pris forme sur Terre, mais elle pourrait éventuellement obtenir une seconde chance… sur la Lune. C’est du moins ce qu’espèrent des chercheurs de l’Institut de technologie de Harbin, en Chine.
Un réseau optimisé au mètre près
Dans une étude publiée fin avril dans le Journal of Deep Space Exploration, l’équipe propose d’installer des stations solaires sur les hauteurs du pôle Sud lunaire. Celles-ci produiraient de puissants faisceaux laser, dirigés vers des récepteurs placés sur des rovers. La lumière serait ensuite reconvertie en électricité.
Le dispositif viserait surtout les véhicules envoyés dans les cratères plongés dans une obscurité permanente. Ces zones intéressent fortement la Chine et les États-Unis, car elles pourraient contenir de la glace d’eau. Elles ont toutefois un inconvénient assez évident : les panneaux solaires n’y servent pas à grand-chose. Pour éviter d’alourdir les rovers avec de grandes batteries ou de dérouler des kilomètres de câbles, les chercheurs envisagent donc plusieurs stations interconnectées. Les véhicules pourraient passer d’une zone alimentée à une autre au cours de leur exploration.

L’équipe a testé son modèle autour du cratère Shackleton à partir de données topographiques recueillies par la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA. Plutôt que de placer les stations uniquement dans les secteurs les plus ensoleillés, elle a cherché à maximiser simultanément leur couverture et la continuité du réseau.
Selon les simulations, déplacer certains émetteurs d’une centaine de mètres permettrait d’augmenter la couverture effective de plus de 35 %. Celle-ci passerait d’environ 18 % à plus de 24 % de la région étudiée. La connectivité progresserait, elle, de moins de 40 % à presque 100 %. À une distance de cinq kilomètres, le système fournirait encore 371 watts de puissance optique. Une fois convertie, la production électrique atteindrait environ 98 watts, une quantité que les auteurs jugent suffisante pour certaines activités d’un rover.
Ces résultats doivent être pris pour ce qu’ils sont : ceux d’un modèle informatique. L’étude ne décrit ni un prototype testé dans des conditions lunaires ni un calendrier de construction. Elle ne répond pas non plus à toutes les questions techniques que poserait un tel système.
Il faudrait notamment maintenir un faisceau laser précisément orienté vers un véhicule en mouvement, gérer les pertes d’énergie, évacuer la chaleur et protéger les équipements contre les températures extrêmes et la poussière lunaire. Sans compter le coût et la masse des installations à déposer au préalable sur les reliefs. Autant dire qu’on n’y est pas encore : le projet ressemble encore davantage à un scénario de science-fiction qu’à un futur chantier lunaire.
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