C’est dans un entretien accordé à nos confrères de Paris Match, publié le 22 juillet 2026, que Sébastien Lecornu a levé le voile sur l’une de ses pistes pour combler le trou de la Sécu. Si le Premier ministre ne s’avoue “pas très optimiste” quant à l’objectif de maintenir le déficit public à 5 % du PIB en 2026, sa solution prévoit des “réformes structurelles, même modestes“, pour un budget Santé qu’il espère faire adopter dans l’hiver. Parmi ces réformes, une mesure qui touche directement au portefeuille de millions de Français.
Les malades dans le viseur
Concrètement, Sébastien Lecornu veut “demander un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an ou vont plus de 25 fois chez le médecin par an, tout en protégeant les plus fragiles socialement“. En clair, il s’agit de rehausser les plafonds annuels des franchises médicales et de la participation forfaitaire, ces sommes laissées à la charge du patient sur chaque boîte de médicament et chaque consultation. Le Premier ministre propose également de “diminuer” le remboursement des médicaments jugés à “bénéfice thérapeutique faible“. Une manière, sur le papier, de cibler les dépenses jugées les moins utiles sans toucher au montant unitaire de chaque franchise, déjà doublé en 2024 pour les médicaments.
Un projet qui fait polémique
Le chiffre qui justifie cette urgence donne le vertige. Le déficit de la Sécurité sociale est passé de 10,8 milliards d’euros en 2023 à 21,6 milliards en 2025, la branche maladie concentrant à elle seule 15 milliards de ce trou. Selon les estimations de la commission des affaires sociales du Sénat, porter le reste à charge annuel à 100 €, comme le voulait François Bayrou, aurait permis à l’Assurance maladie de récupérer entre 430 et 530 millions d’euros par an. Un rapport de la Cour des comptes publié en mai 2026 confirme que franchises et participations forfaitaires “sont une source importante d’atténuation des dépenses de Sécurité sociale“.
Le problème, c’est que cette moyenne cache de fortes disparités. Sur le terrain, la mesure passe très mal auprès des patients chroniques, ceux-là mêmes que le dispositif est censé cibler en priorité. Pour les personnes atteintes de diabète, d’endométriose, ou de n’importe quelle autre affliction nécessitant un suivi et un traitement régulier, la pilule risque d’être très dure à avaler.
Les médicaments ne sont d’ailleurs pas les seuls dans le viseur côté patients. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoit de muscler en parallèle la fiscalité pesant sur l’industrie pharmaceutique, avec l’intégration de 1,6 milliard d’euros issus de la clause de sauvegarde dans un nouveau dispositif de contribution permanente assise sur le chiffre d’affaires des laboratoires. Reste à savoir si le gouvernement parviendra à faire passer cette double pression, sur les patients et sur les laboratoires, sans provoquer une nouvelle crise politique autour du budget de la Sécu.
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