Trois semaines à peine après avoir fait plier Bercy, puis revendiqué une intrusion dans les systèmes de l’Éducation nationale, le groupe de pirates ZeroBytes récidive. Et cette fois, 48 millions de contribuables sont concernés, soit la quasi-totalité des propriétaires immobiliers du pays.
Un service public dont personne n’avait entendu parler
La cible s’appelle Zéro Logement Vacant, et il y a fort à parier que vous n’en avez jamais entendu parler. Lancée en 2020 par la Fabrique numérique de l’Écologie et rattachée au ministère de la Transition écologique, cette plateforme permet aux collectivités de repérer les propriétaires de logements vacants, environ 1,35 million de biens en France, pour les inciter à les remettre sur le marché. Pour identifier les logements vides, la plateforme s’appuyait logiquement sur les fichiers fonciers de la DGFiP et de DataFoncier, soit un annuaire quasi exhaustif du patrimoine immobilier français, relié aux identités des propriétaires. C’est précisément ce fichier qui vient d’être dérobé.
Dans sa publication du 29 août, le groupe pirate détaille son butin : environ 82 millions d’enregistrements de propriétaires issus des fichiers fonciers, et près de 67 millions de données sensibles. Au total, le fichier représenterait 47,9 millions de victimes potentielles, sans doute un peu plus. Les échantillons publiés confirment déjà la présence de noms, dates de naissance, adresses postales, informations liées aux droits de propriété, mais aussi d’adresses e-mail, de numéros de téléphone et de comptes d’agents publics et de prestataires, avec leurs mots de passe masqués.
Si la plateforme a été débranchée aussitôt l’intrusion détectée, le mode opératoire a de quoi faire grincer des dents. Selon ZeroBytes, aucune faille n’a été exploitée : le groupe affirme avoir simplement exploité une session valide sur l’instance Metabase, l’outil de statistiques de la plateforme. Un scénario qui rappelle celui du fisc, où l’usurpation des identifiants d’un agent avait suffi.
Comment faire si vous êtes concernés ?
C’est précisément là que le bât blesse. Croisées entre elles, ces données permettent de dresser des profils détaillés, matière première idéale pour des arnaques sur mesure : faux courriers des impôts, faux appels de ville au sujet d’un logement vacant, fraude immobilière, phishing… Les perspectives sont nombreuses pour les pirates. Les victimes potentielles quant à elles, vont devoir redoubler de prudence. Pour peu que vous soyez propriétaire de votre logement, vous êtes sans doute concernés. Attention donc aux mails et appels que vous recevrez dans les semaines à venir. Il peut s’agir d’une tentative d’arnaque. Et à ce jeu, les pirates sont de mieux en mieux équipés pour vider votre compte bancaire.