Critique

[Critique] Artemis Fowl sur Disney+, une épopée désenchantée

Cinéma

Par Julie Hay le

À défaut d’avoir eu le droit à une sortie en salles, Artemis Fowl débarque sur Disney+. L’adaptation des romans éponymes était annoncée comme la digne héritière de la saga Harry Potter. Le film est-il à la hauteur de nos espérances ?

Crédits : Disney

Disney explore un nouveau monde avec Artemis Fowl. La plateforme diffuse depuis aujourd’hui le long-métrage adapté des romans de l’écrivain irlandais Eoin Colfer. Il suit les aventures d’Artemis, 12 ans, descendant d’une longue lignée de criminels et déjà doté d’une intelligence hors du commun. Alors que son père disparaît mystérieusement, le jeune garçon va découvrir que toutes les légendes et contes qu’il lui lisait petit sont réels. Son père est retenu prisonnier et Artemis va devoir s’emparer du grand pouvoir des fées pour le sauver. Adapter une saga littéraire n’est pas chose aisée et cette fois-ci Disney se prend les pieds dans le tapis. Si les fans attendaient ce long-métrage avec impatience, le résultat est loin d’être à la hauteur de nos espérances. Pourtant avec ce premier roman, largement acclamé par les lecteurs, il y avait de quoi faire. Dès les premières minutes, lorsque le scénariste fait le choix de présenter l’univers par le biais d’un narrateur incarné par Josh Gad, le film s’effondre comme un château de cartes. Tous les enjeux de l’intrigue sont balancés aux spectateurs qui n’ont d’autre choix que de raccrocher eux-même les wagons. Dans Artemis Fowl, tout va trop vite. On nous présente brièvement un monde où les fées côtoient les trolls et les nains, avant de nous embarquer dans une épopée frénétique qui donne le tournis. D’un claquement de doigt, une fée d’abord ennemie devient une alliée, comme un syndrome de Stockholm en accéléré. Le réalisateur tente de faire entrer son intrigue au chausse-pied, dans un film qui ne dure qu’une heure et trente minutes.

D’ailleurs, ce flot d’action ne laisse pas beaucoup de place pour explorer la psyché des personnages. Le majordome, incarné par Nonso Anozie, n’a le droit qu’à de rares séquences et est cantonné au rôle de faire-valoir. On l’imaginait plutôt comme une figure paternelle, forte pour le jeune garçon, l’intrigue ne s’attardera pas sur cette relation. Idem, pour la jeune fée Holly Short campée par Lara McDonnell. Même le personnage principal n’échappe à ce traitement sommaire et celui que l’on nous présentait comme un apprenti criminel est finalement un protagoniste comme on en a vu des milliers dans le genre. Finalement, ce qui manque à Artemis Fowl c’est cette folie douce qui faisait les romans. Enfin, qui dit univers fantastique, dit forcément effets spéciaux et là aussi le rendez-vous est raté. Le film se voulait le digne héritier d’Harry Potter, il n’arrive pas à la cheville du long-métrage de Chris Columbus. Artemis développe un monde à mi-chemin entre le Seigneur des Anneaux et Tron et le résultat n’est franchement pas du plus bel effet.

Un téléfilm à la sauce Disney+

Le développement d’Artemis Fowl semble avoir été chaotique. Le film devait d’abord sortir sur nos écrans en 2019, avant d’être reporté au printemps 2020, mais la fermeture des cinémas dans le monde aura poussé Disney à revoir ses plans.Au visionnage, on comprend finalement que la firme s’est épargné l’embarras de devoir le présenter dans les salles obscures et aura choisi la voie de la raison en le proposant sur sa plateforme. Le film de Kenneth Branagh n’est en fait qu’une « origin story » ratée, d’un personnage qui ne reviendra sûrement jamais sur nos écrans. Petits et grands passeront leur chemin et préféreront revoir d’autres productions du genre estampillées Disney. On pense notamment au film de Brad Bird, À la poursuite de demain, qui n’avait pourtant pas eu le droit à un succès en salle. Harry Potter peut dormir sur ses deux oreilles, la relève est loin d’être assurée. Artemis Fowl n’a pas l’étoffe d’une saga fantastique.

Notre avis

Dès les premières minutes, le film de Kenneth Branagh échoue dans son développement. Rapidement, ce qui s’annonçait comme une aventure fantastique réjouissante, tourne à la surenchère d’action. Le rythme effréné de l’intrigue donne le tournis et rien ne semble pouvoir sauver ce naufrage.

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